« Cette sitcom est une véritable bible pour moi. Au fur et à mesure des années, son message mystique est devenu de plus en plus évident à chaque visionnage. Les trois Apôtres ont su réveiller en moi une fibre de foi transcendante. »
Kobal de Nanarland, docteur en toubifrisme.
POUR ETRE LIBRE, le nanar ultime d'AB Productions
En 1997, l'épopée des sitcoms AB se termine laborieusement. Alors que la série ensoleillée des Vacances de l'Amour s'impose progressivement comme la nouvelle référence des créations de Jean-Luc Azoulay, c'est Ariane Carletti qui prend les commandes avec deux sitcoms diamétralement opposées mais au thème commun : suivre les aventures d'« artistes » dans un univers typiquement AB. La première sitcom est l'underground Ecole des Passions, que les sitcomologues ont déjà largement étudiée sur ce blog. Si cette série reste culte pour avoir fait découvrir l'excellent Benoit Solès, les histoires des jeunes théâtreux ne trouvent jamais leur public et la sitcom finit sur France 2, dans l'anonymat le plus total.
Pas minés par cet échec, Ariane Carletti et Jean-Luc Azoulay se lancent dans un autre projet : celui de raconter la vie du groupe le plus hype du moment, les 2be3. La rencontre entre le phénomène des « boys band » et la maison de production la plus cheap de France est sans aucun doute le projet le plus dingue des années 90. Décryptage de l'univers toubifriste par les sitcomologues.
Plongée au cœur des nineties
L'histoire musicale du début des années 90 a vu l'émergence de courants importants et la naissance de nombreux groupes : le Grunge avec l'éphémère Nirvana, la Fusion de Rage Against The Machine, le rock industriel de Nine Inch Nails, la Brit Pop d'Oasis et Blur, l'électro-dance de Portishead à Ace of Base ainsi que la déferlante hip hop, qui explose les charts avec Dr Dre, 2 Pac, NTM...etc.
Mais le vrai phénomène des années 90, c'est le retour des « Boys Band », ce « genre » revenu des années 80 qui va écraser les ventes et contaminer toute une génération.
Comme toujours en matière de musique, c'est avec un peu de retard que la France se met aux boys band. Et pour ne pas faire comme tout le monde, c'est avec un groupe déjà à part que les Français découvre les joies des chorégraphies musclées sous fond de dance musique : les 2be3. Ce trio au nom philosophico-comique va connaître un succès fou avec le titre Partir un jour qui dépasse les 800 000 ventes. Le groupe entraine dans son sillon les mythiques Alliage et Gsquad dans une orgie de clips aux chorés cheap et de concerts dégoulinant de muscles sous les hurlements de jeunes vagins hystériques.
Comment, dans un tel contexte, l'univers d'AB et celui des boys band ont-ils pu se rencontrer, et produire la série la plus nanardesque de tous les temps ?
Tout n'avait pas bien commencé pourtant puisque comme le rappelait une ancienne journaliste de Télé Club Plus aux sitcomologues, Jean-Luc Azoulay n'avait pas pris en compte immédiatement le phénomène boys band : « On parlait des séries AB et des chanteurs AB. On a eu du mal à parler d'autre chose et on a même failli louper la vague des boys bands parce qu'ils préféraient mettre Christophe Rippert sur 4 pages voire 8 plutôt que de faire un papier sur les Words Appart ou n'importe qui d'autre. »
Il faut donc attendre l'année 1997 pour que JLA et son équipe comprennent que les « stars AB » ne font plus recette. Les albums de Christophe Rippert et d'Anthony Dupray ne se vendent plus. Hélène est à bout de souffle. Il faut donc du sang neuf, et quoi de mieux que les sympathiques 2be3, dont l'histoire semble avoir été conçue par un scénariste d'AB Prod' sous prozac : « Les 2Be3 grandissent à Longjumeau, dans l'Essonne. C'est pendant son enfance que Frank Delay rencontre Adel Kachermi. Plus tard, au collège Louis Pasteur de Longjumeau, ils font tous les deux la connaissance de Filip Nikolic. Passionnés tous les trois de sport et de danse, ils deviennent inséparables. C'est à cette période qu'ils ont le projet de réussir ensemble en créant un groupe de musique et de danse. Ils ne se doutent pas, alors, du succès qui les attend. »
Une histoire... de potes.
C'est pourquoi JLA et sa collaboratrice Ariane contactent les 2be3 afin de réécrire l'histoire des 2be3 sous le prisme du modèle AB. Dans une interview accordée à un membre du forum de Nanarland, Adel raconte le making-off de la sitcom : « Jean-Luc Azoulay nous a dit : je veux faire un sitcom avec vous sur TF1 et je voudrais qu'on écrive ensemble. Je veux m'inspirer de votre histoire, de votre parcours. Du coup on s'est vu pendant une semaine tous les jours, on a raconté pendant les déjeunes, les diners, tout notre parcours. Les scénaristes prenaient des notes. »
Mais que vont-ils bien pouvoir raconter sur moi ces gens ?
« Dans la sitcom, il y a 70% de vrai et le reste c'est de la fiction... d'ailleurs ces salopards, ils ont fait venir des ex à nous pour jouer »
Imaginons un instant la scène : Adel, Filip et Franck racontant les anecdotes de leur vie en banlieue, à Longjumeau, devant l'équipe des scénaristes d'AB Prod'. C'est de cette matière brute transformée, torturée par l'esprit de JLA que nait Pour Etre Libre, l'histoire de la création du plus grand boy band français. Et d'après Adel : « Dans la sitcom, il y a 70% de vrai et le reste c'est de la fiction. »
Pourtant, Pour Etre Libre est bien davantage un défouloir pour l'imagination de JLA et de ses sbires qu'un docu-fiction. Une sorte de best-of de ce qu'ont pu donner les sitcoms AB : recyclage de scénarios, de comédiens, de décors... mais avec une fraicheur inédite. Les 2be3 appliquent sans le savoir à la lettre la théorie du bon comédien made in AB : de la naïveté, du naturel et un « physique ». Franck, Filip et Adel, malléables à souhait, vont ainsi parfaitement s'acclimater au style sitcom AB, tout en subissant les conséquences parfois néfastes : « Pour enjoliver nos vies, ils ont inventé les histoires avec les filles... d'ailleurs ces salopards, ils ont fait venir des ex à nous pour jouer. »
Dans quelle galère je me suis fourré moi...
Car là est le revers de la médaille avec JLA : il est capable de tout offrir à ses comédiens, mais en retour il faut accepter que sa vie soit profanée, maltraitée et carrément portée à l'écran.
Toutefois, Adel raconte que JLA n'avait pas forcément pensé aux 2be3 pour sa sitcom : « JLA voulait absolument faire une sitcom autour de boys band, et il a pas pensé à nous tout de suite. Il voulait prendre des vrais comédiens et voulait faire un truc à la Fame, à la Un dos tres. On s'est rencontré par hasard, et il nous a fait quand même des essais. Et pour TF1 c'était génial : du coup on était tous les soirs à la télé, ça nous a fait une promo d'enfer. »
Ce dernier argument a donc probablement scellé le destin des 2be3 : le salut (et la promo) passera par TF1 et son sous-traitant AB Productions : Christophe Rippert est mort, vive les 2be3!
De Longjumeau à la Seine-Saint-Denis
Dans les divers biographies qui pullulent encore sur le net, tout semble commencer par une histoire d'amitié : « To be free,"être libre", est la première pensée fédératrice entre Adel, Frank et Filip. Les trois garçons qui traînent dans les rues de Longjumeau se réunissent autour de cette idée qui devient le nom de leur groupe. Tout a pourtant plutôt mal commencé, car si Frank et Adel sont déjà amis de longue date, la rencontre avec Filip a été on ne peut plus mouvementée et a faillit tourner à la bagarre. Elle a lieu au collège Pasteur où Filip fait les quatre cent coups et a une réputation de bagarreur. Il s'en prend un jour à Adel, essayant de faire tomber celui-ci tandis qu'il descend les escaliers. Furieux, Adel va voir Filip le lendemain et veut le corriger, mais des copains interviennent et les séparent. Comme bien souvent dans ce genre de situation, le respect mutuel échangé par ceux qui ne se laissent pas faire se transforme en amitié. Quelques temps plus tard, Adel présente Frank à Filip, le trio est né. »
Là on comprend immédiatement que c'est la connerie de Filip qui a provoqué le début de l'histoire du trio. On retiendra par la suite que ce sont les affres du Serbe qui rythmeront la vie médiatique du groupe.
Combien de temps je vais devoir tenir avec ces deux abrutis avant de faire ma carrière solo ?
Dans l'histoire des 2be3 un lieu tient une place primordiale : « Longjumeau n'est pas une ville très stimulante, Filip la décrit comme une "banlieue pourrie". Faire du sport, se défouler en salle de gym, écouter de la musique, sortir entre copains, courir les filles restent leurs principales occupations. Ils ont quinze ans lorsqu'ils découvrent l'association " Concept of Art " qui encourage les jeunes en mal de vivre à ne pas choisir la voix de la délinquance mais à s'investir dans des activités artistiques. Les trois amis y adhèrent et font ce qui leur semble le plus naturel : chanter. C'est ainsi que naît To be Free qui est alors composé de cinq membres : Adel, Filip, Frank, mais aussi Judy et Sammy, deux copains danseurs qui abandonneront bientôt le groupe pour tenter leur chance en solitaires. La perte est dure à digérer pour nos trois héros, mais ils décident de continuer. A force de travail et de volonté, ils parviennent à monter un spectacle unissant le chant et la danse (rap, street, break, danse acrobatique). La formule est bonne et la mairie de Longjumeau les encourage en organisant des concerts en France, en Allemagne et au Portugal réunissant plusieurs milliers de personnes. »
« La win attitude des 2be3 va s'entendre à la perfection avec l'esprit d'AB prod »
L'histoire est belle et va plaire aux producteurs parisiens : des jeunes de banlieues qui préfèrent chanter, danser plutôt que de sombrer dans la délinquance. Mieux que le socialisme mitterandien désuet de la sitcom Seconde B, c'est la win attitude des 2be3 qui va s'entendre à la perfection avec l'esprit d'AB prod. Le succès pour le jeune trio est presque immédiat : « En 1996, Julien Courbet et son émission, "Si on chantait", organise un concours de mannequin sur TF1. Adel et Filip y participent et se font immédiatement remarquer par un chorégraphe ayant ses entrées dans le monde du spectacle. Frappé par leur beauté et leur talent, il leur confie que la maison de disques EMI cherche des garçons pour monter un groupe qui pourrait faire concurrence au Worlds Apart. Emballés par l'idée de se faire entendre, Adel et Filip en parlent à Frank et prennent le chemin du bureau du directeur artistique d'EMI. Ils sont prêt à faire des concessions, et n'ont qu'une seule condition face à cet homme qui représente leur avenir : ils veulent rester ensemble. Cette amitié qui sait rester fidèle et pure en toutes circonstances est aussi l'une des clés de leur succès parce qu'elle les rend authentiques. Quelques signatures plus tard, les To be Free sont devenus les 2be3. L'aventure commence. »
Voilà la clé du succès : l'authenticité du groupe. Alors que les boys band sont des créations artificielles de producteurs par des castings, les 2be3 sont de vrais amis (et pour imposer Franck à un producteur, il faut une belle dose d'amitié).
Un groupe de gens comme vous et moi. Enfin presque.
Selon les hagiographes du groupe (en langage commun les attachés de presse), les raisons de la création de la sitcom sont à chercher dans la demande du public : « Les 2be3 se dressent comme le plus adulé des boys band français. Le grandissant courrier qu'ils reçoivent en est aussi une preuve. Pour se rapprocher un peu plus de leurs admiratrices, le groupe a sorti une cassette vidéo intitulée "En coulisses avec les 2be3" les montrant en dehors de la scène. Mais cela ne suffit pas. Les fans veulent tout savoir de ces garçons bien dans leur peau qui représentent pour la jeunesse le modèle idéal de trois amis qui ont voulu réussir ensemble et y sont arrivés à force de volonté et de travail. Bien qu'ils préparent leur prochain album, pour répondre à la demande des fans, les 2be3 ont décidé de raconter leur histoire à travers un sitcom de quarante épisodes les mettant en scène dans leurs propres rôles. »
Un modèle de vie pour la jeunesse de France.
Il est vrai que le contexte des années 90 est à prendre en compte. L'état d'esprit du public n'est plus le même que celui d'aujourd'hui. A l'heure d'internet, de facebook, de la real-tv et de tweeter on peut tout savoir sur un artiste, un groupe. Mais en 1996, les infos sur ses idoles sont rares. On peut lire la presse, acheter la VHS officielle, coller des vignettes sur les mythiques albums Panini. Mais pour connaître ses stars, quoi de mieux qu'une série ? JLA a encore une fois compris son époque et lance son projet sur la première chaine à une heure de grande écoute : « 40 épisodes diffusés sur TF1 du lundi au vendredi à 18 heures. Le sujet : la vie des trois chanteurs-danseurs légèrement romancée. C'est le carton immédiat avec une moyenne de 33 % de parts de marché (soit le meilleur score d'audience des programmes français de l'après-midi de TF1) et 2,7 millions de fans scotché(e)s devant la télé cinq jours sur sept. »
« Les bases de la série sont posées avec cette première scène : Filip ne pense qu'à baiser... »
Pour Etre Libreest une sitcom estivale. Tout commence dans la salle de la MJC, alors que nos trois héros, bac en poche, se préparent à passer des vacances : « On part ensemble en Angleterre, on pourra répéter là bas. »
Car oui dès le début les choses sont claires, Adel, Filip et Franck ont des ambitions : « Devenir des stars », en référence à la célèbre formule du Cricri d'Amour d'Hélène et les Garçons.
Mais alors que Filip compte bien passer du bon temps en Angleterre, il apprend que Franck souhaite emmener sa copine Aurélie avec lui. Le Yougoslave n'est pas très emballé : « Je trouve ça bête de se trainer une fille avec nous pendant les vacances alors qu'il y en a une centaine qui nous attendent. »Franck tente alors de recadrer son ami, non sans lui faire remarquer que les plages à Londres c'est comme à Paris, ça n'existe pas en 1997 : « Attends Filip, je te préviens tout de suite, on va pas passer notre temps sur la plage. Il y a plein d'endroit à visiter en Angleterre : Oxford, Cambridge, et puis The British Museum. »
The British Museum... oui Franck, bien sur.
Puis c'est au tour d'Adel d'arriver, pour annoncer une terrible nouvelle qui va changer la vie du groupe : « Il n'y a pas de solution, je reste ici. Jusqu'à aujourd'hui, je ne réalisais pas l'effort que ça représentait pour les miens. Pour moi c'est clair, si pour que je parte en vacances, mes parents doivent se priver, je ne pars pas. »
Les bases de la série sont posées avec cette première scène : Filip ne pense qu'à baiser. La petite amie de Franck est un boulet. Franck est censé être l'intello de la bande. Quant à Adel, il sera la caution morale et sociale : l'arabe a des valeurs familiales, il doit bosser, quitte à énerver un Filip ultra excité.
Adel, un bon gars.
Finalement, aucun des garçons ne pourra partir des vacances. C'est Franck qui abandonne le premier, dans une conversion toubifriste fondatrice :
-Franck :Aurélie a foiré ses exams, et elle est obligée de rester pour réviser, mais j'peux pas la laisser.
-Filip : Attends, c'est quoi cette variante (sic) Franck ? Rêver aussi longtemps des vacances, pour que quelques heures avant le départ... tout foire, tout tombe à l'eau... j'halluciiiine.
-Franck : Qu'est-ce que tu veux. C'est le destin. Personne allait prévoir qu'Aurélie allait louper ses exams.
-Filip : Les filles en Angleterre il y en a au moins 30 millions. Alors si t'enlèves, les vieilles, les moches et celles qui sont déjà prises, elle en reste au moins un million, alors j'vais dire, on a de quoi occuper nos vacances. T'es prêt à sacrifier tes vacances pour une fille... et puis vous êtes pas vraiment pas ensemble (comprendre, vous ne couchez pas, ndlr)
-Franck : Aurélie et moi on prend notre temps.
-Filip : Bon ok on part pas en vacances mais on va en profiter pour faire des chorégraphies en béton. On va faire parler de nous, on va devenir des stars !!!
On ne plaisante pas avec la célébrité pour Filip.
« Ça s'enchainait continuellement. La promo, des émissions télé le soir... Souvent on apprenait le scénario le matin... »
Dans ce premier épisode, le non départ en vacances pousse le groupe de la MJC de Longjumeau à quitter l'univers de l'adolescence pour se lancer dans une carrière de danseurs. De son côté Adel doit trouver un job : ce sera celui du garagiste chez Monsieur Laplace. Ce nom si familier pour les amateurs de sitcoms AB est pour la première fois un personnage à part entière (pensons au fameux Monsieur Laplace des Filles d'à Côté, le patron de Gérard). Adel décroche le taf grâce à l'échec de Bruno, son pote gros et loser absolu qui a déjà écumé les sitcoms d'Hélèneet de Premiers Baisers. Mais c'est surtout grâce à Laurence, sa petite amie incarnée par la plantureuse Carole Dechantre, que Adel a l'immense honneur de bosser pour Monsieur Laplace, alias Eddie, ancien chanteur des « Chaussettes Rouges », groupe de rock dans les années 60.
Dès les premiers épisodes, le style 2be3 s'impose : dans la lignée d' Elisa un Roman Photo , la sitcom est accompagnée d'une sélection de musiques électro censées appuyer les scènes, selon qu'elles soient sous tension ou de nature comique. Le rythme est ultra rapide, les gags s'enchainent dans une ambiance qui fleure bon le surréalisme et le psychédélisme. Les rires enregistrés sont bien présents et utiles pour accompagner certaines scènes mais restent assez discrets.
Les 2be3 connaissent ainsi les joies du tournage industriel propre à AB Productions. Adel se souvient encore de cet aspect pénible du sitcomédien : « Le script je m'en rappellerais toute ma vie.... c'était infernal. Le rythme ? On tournait la série pendant qu'on était en train d'enregistrer le deuxième album. A coté de ça, quand moi je ne tournais pas une scène, il y avait toujours un journaliste ou un photographe pour faire des interviews, prendre des photos. Ça s'enchainait continuellement. La promo, des émissions télé le soir... Souvent on apprenait le scénario le matin même. »
Dur les réveils des 2be3.
Le fan de sitcoms AB de base ne sera toutefois pas dépaysé par l'effet toubifree : tous les ingrédients de l'univers AB sont bien présents. Ainsi les aventures du trio semblent irréelles, comme plongées dans un univers intemporel dans lequel Jean-François Porry est le Dieu créateur et absolu. Seule grande nouveauté, la MJC, décor inédit mais obligatoire : c'est l'élément primordial de la création du groupe. Du coup, chose rare chez AB, la population de figurants et de personnages secondaires présente dans la MJC est cosmopolite, avec des noirs et des beurs. Adel, seul arabe d'AB avec Momo, confie d'ailleurs que beaucoup de monde présent sur le tournage appartient à l'entourage des 2be3 : « Absolument tous nos copains ont tourné dans la série. Il y a aussi le frère de Filip. Il est rentré parce qu'il faisait parti de dans notre histoire. Il était danseur hip hop. Comme on dansait beaucoup il est intervenu. On avait un copain Rachid, l'épicier. Lui c'était un vrai épicier. David qui faisait du Viet Vo Dao avec Franck, du coup on l'a pris. C'est des petits détails comme ça. »
La MJC de Longjumeau. Son figurant noir, son baby et son serbe torse nu.
« Avec les parpaings et les planches, on se fait une bibliothèque »
Pour monter leur groupe, provisoirement nommé « Pour Etre Libre », les garçons doivent trouver un appart. Dans le monde merveilleux de Bonheur City, on trouve toujours des gentils propriétaires qui offrent un bas loyer. La règle ne fait pas exception ici et c'est encore grâce à Laurence que les garçons peuvent prendre un gros appart. Franck en est tout joyeux : « 2000 balles par mois, charges comprises... Oh la la, avec les économies des vacances, ça va le faire. Avec les parpaings et les planches, on se fait une bibliothèque. »
Oui vous avez bien lu, une bibliothèque pour les 2be3. Le foutage de gueule des scénaristes n'est jamais bien loin quand Franck déclame son texte.
Franck, l'intello du groupe.
Dans le trio infernal c'est Filip qui s'impose comme le leader, dans la vie comme dans la série. Il est impératif de prendre en compte les origines serbes pour saisir l'homme, qui n'a d'ailleurs jamais cherché à franciser son prénom : « Arrivés dans les années 70 en France, le père de Filip, Codé, et sa mère, Salinka, s'installent à Longjumeau. Malgré cette migration, Filip connaît parfaitement ses racines, puisque à neuf ans, en ayant assez de la France, il passe deux ans chez sa grand-mère, à une centaine de kilomètres de Belgrade. Il y obtient l'équivalent du CP et du CE1 et s'inscrit dans une école de folklore slave. Filip maîtrise d'ailleurs parfaitement le serbo-croate et le roumain, et comprend le russe. »
Dans son enfance Filip est le seul de la bande à ne pas avoir grandit dans un milieu modeste comme il l'admet lui même dans une vieille interview : « J'ai toujours eu tout ce que je voulais, en particulier grâce à mon oncle avocat. Aujourd'hui j'entends partout les gens dire que je suis un frimeur qui dépense beaucoup d'argent, mais j'ai toujours été comme ca ! J'avais déjà eu droit à une grosse voiture avant les 2be3 ».
« Un jour, il tombe dans la cuve des toilettes en jouant à cache-cache »
Personnage assez bling bling, vantard et excessif, il semble l'avoir été bien avant le succès des 2be3 : « Durant son adolescence, Filip se montre turbulent. A tel point qu'un jour, il tombe dans la cuve des toilettes en jouant à cache-cache. Sa forte personnalité va cependant lui servir à savoir exactement ce qu'il veut. Adolescent, il collectionne les titres honorifiques et s'habitue à la scène puisqu'il est champion de danse acrobatique puis, en 1994, champion de France de gymnastique par équipe en Nationale 2, et 13e aux championnats de France individuels. Ces réussites lui ont donné une certaine confiance en soi et l'envie d'atteindre des sommets plus escarpés. Sachant voir plus loin, Filip démarche les discothèques et finit par connaître beaucoup de gens naviguant dans ces milieux. Ces contacts et son physique lui permettent de devenir mannequin, puis de participer au concours de Monsieur France 1996. Filip l'emporte devant Frank et Adel. Un chorégraphe lui conseille d'aller se présenter chez EMI, qui cherche à monter un groupe de garçons. »
Putain de cuvette des chiottes.
Dans la sitcom, Filip est effectivement le plus turbulent. Véritable playboy, il est capable de coucher avec plusieurs filles dans la même journée tout en s'entrainant comme un diable à danser sur des chorégraphies en « béton ». C'est un battant qui n'hésite pas à haranguer ses deux potes, surtout Franck, maillon faible du groupe : « Tu sais combien y a de mecs comme nous qui rêvent d'être des vedettes ? Il y a en des millions. Oui on est les meilleurs mais si on bosse pas on est foutu. »
Mais Filip a ses faiblesses. Les femmes tout d'abord, qui l'épuisent et le mettent dans des situations intenables. Mais surtout Filip est un feignant. Nullement motivé pour bosser, il a le culot de faire culpabiliser ses potes de gagner leur vie par le travail manuel. Adel en fait les frais quand il se lance dans le métier de garagiste, empêchant de fait les répétitions le matin : « T'aurais pu trouver un boulot où tu commences pas à neuf heures du matin. », ose Filip.
« Filip s'est embrouillé grave avec une comédienne, une petite blonde... Du coup elle a pleuré, ça a cassé l'ambiance, c'était chaud »
Mais ce qui fait de Filip un personnage aussi charismatique est son naturel. Dans la série il se donne à 100%. Il saute, gesticule, grimace, court, transpire, hurle. Sa voix part souvent dans les aigües, surtout lors de ses mythiques « non mais j'halluciiiiiine ». Mais parfois son dynamisme agace sur le plateau, comme l'expliquait ses camarades dans la VHS officielle des 2be3. Le spécialiste Kobal ne dit pas autre chose : « Sur cette vidéo, on comprend mieux l'expression de chien fou utilisée par Ariane pour qualifier Filip, qui fait vraiment n'importe quoi, embrassant tout le monde, voire papouillant avec insistance Sévy (future femme de Franck, je vous le rappelle), ou bien se la jouant Bruce Lee en hurlant et courant dans tous les sens alors que les gens semblent essayer de bosser. »
Pire encore, Filip semble avoir parfois pété les plombs sur le tournage comme le confie Adel : « Filip s'est embrouillé grave avec une comédienne, une petite blonde. Je crois qu'il y a une scène ou ils s'embrassent, et Filip a peut être un peu déconné, elle a commencé à l'insulter. Non, il a commencé à l'insulter, Filip... Du coup elle a pleuré, ça a cassé l'ambiance, c'était chaud. »
Filip le roi de l'embrouille.
Mais malgré son caractère de merde, Filip est clairement le moins mauvais des comédiens. C'est peut être aussi pour ça qu'il sera le seul à connaître une honnête carrière.
(Pour être plus complet sur le personnage, on vous invite à consulter l'article post-mortem de Filip dans ce blog.)
« Franck, mais qu'est-ce qu'il est abruti celui-là. Je me demande où ses parents ont pris le modèle. Il est grave »
Autre 2be3, autre caractère, celui de Franck Delay. Alors que Filip semble être sous coke à longueur de temps, Franck est l'incarnation de la lenteur. De là à dire qu'il ne sert à rien... c'est un pas que les sitcomologues ne franchiront pas. Car Franck est un effet comique à lui seul. Ses pantalons en attestent. Doté de peu de charisme, Franck ne s'impose jamais face à Filip, qui semble le mépriser ouvertement : « Franck, mais qu'est-ce qu'il est abruti celui-là. Je me demande où ses parents ont pris le modèle. Il est grave. », s'exclame t-il alors que Franck donne l'adresse de l'appart aux filles.
Pourtant, Franck est présenté dans la série comme un véritable intello. C'est en lisant sa bio que l'on comprend (un peu) pourquoi Franck est présenté ainsi : « C'est Frank qui, après avoir eu son BAC, abandonne ses études et fréquente le théâtre et les milieux artistiques. Il rejoint bientôt une compagnie qui met sur pied une comédie musicale. Il s'embarque avec elle direction le festival d'Avignon »
Franck intellectuel parfois incompris.
Notre hypothèse sur le pourquoi du Franck « intello » se basera sur cette petite phrase de cette biographie oubliée d'un site oublié du net. Parce que dans les faits, Franck ne semble pas avoir la lumière à tous les étages. Du moins, il est reconnu en arts martiaux puisqu'il devient champion d'Europe de Viet Vo Dao en 1992. Discipline qu'il se plait à montrer dans la sitcom ainsi que dans les chorégraphies. Néanmoins, les sitcomologues se demanderont toujours comment Franck a pu devenir danseur, étant donné son manque de grâce et tout simplement de talent dans ce domaine.
Franck, un mythe tout simplement.
On se foutrait pas un peu de ma gueule des fois quand même ?
« Une fois on m'avait prêté une Twingo. Le soir en rentrant j'étais tellement fatigué que je me suis endormi au volant. Je suis rentré dans un abris bus, la voiture était pliée »
Enfin Adel Kachermi est la force tranquille du groupe. D'origine tunisienne, il a cependant grandi comme ses compères à Longjumeau. Comme eux, Adel est un sportif : « Pour passer le temps, Adel s'adonne à tout un tas d'activités sportives. Il pratique les arts martiaux, la gym, la street dance, le hip hop et le break danse. Contrairement à ses amis, il préfère essayer un peu de tout plutôt que de se spécialiser dans un domaine. A seize ans, grâce à toute cette énergie dépensée, Adel est souple comme un chat et arrive déjà à faire le grand écart. Ces aptitudes physiques vont bientôt lui servir au sein des 2Be3. En attendant, Adel achève sa scolarité. Il se montre très doué en dessin et plutôt bon élève dans les autres matières. A la fin de ses études, il est doté d'un BTS force de vente. »
Adel a beaucoup travaillé pour en arriver là.
Dans la série, Adel est le plus calme et le plus travailleur. Quand on lui demande si c'est bien le vrai Adel qu'on voit à l'écran, il explique : « Le personnage ? Oui c'était vraiment moi. Mais c'était le moi de 15, 16 ans. Moi je suis assez sérieux, peut être trop. Mais je pète des câbles des fois. »
Concernant le job d'été de garagiste, Adel certifie n'avoir « jamais fait du garage. »
Sur le tournage, Adel a des difficultés à enchainer. Peut être moins habitué à faire la fête et enchainer le boulot que son camarade Filip, Adel a failli finir en James Dean du pauvre : « JLA avait sa maison au dessus des studios AB production. Il a vraiment une villa sur le toit des studios. Souvent j'ai dormi chez lui parce que le matin c'était l'enfer. On devait être à sept heures du matin sur le plateau pour se faire maquiller et des fois je voulais pas rentrer. Une fois on m'avait prêté une Twingo. Le soir en rentrant j'étais tellement fatigué que je me suis endormi au volant. Je suis rentré dans un abris bus, la voiture était pliée. Mais je n'ai rien eu de grave. On était vraiment cassé par le rythme mais heureusement c'était de la super bonne fatigue. »
J'ai failli mourir en Twingo. Tu te rends compte Franck, en TWINGO.
La sitcom ne se repose pas uniquement sur les 2be3. Toute une galerie de personnages apporte à la sitcom sa vraie valeur.
Tout d'abord ce sont les filles qui rythment les aventures des héros. Il y a deux catégories de nanas : les petites amies et les danseuses.
On passera rapidement sur les petites amies « officielles » de Filip : l'insipide Julia, la fantomatique Karine, la blonde Vanessa et une certaine Magalie (qui ?) Ces filles seront constamment maltraitées par le Casanova Serbe, qui aura au moins la décence de n'en contaminer aucune, même si personne n'en aura jamais réellement la preuve.
Filip entouré de ses pouffes.
« Pire encore, on apprend que Franck lit de la poésie. De la POESIE, un 2be3... »
Plus intéressante est le personnage d'Aurélie, jouée par l'insupportable Barbara Lardoeyt. La petite amie de Franck semble avoir pour mission d'incarner la petite amie chiante par excellence. Celle qui est jalouse, renfermée, frigide, bref celle qui fout la merde dans un groupe de potes. C'est à se demander si Franck Delay n'aurait pas eu une petite amie de ce genre par le passé.
Peu appréciée du reste du groupe, Franck passe son temps à tenter de défendre sa bien aimée, non sans rappeler le Jean-François de Premiers Baisersépris d'Isabelle : « Mais Filip, Aurélie n'est pas une fille comme les autres. »
L'emmerdeuse de la sitcom. Putain d'intellos...
Aurélie est d'autant plus imbuvable qu'elle participe à cette incroyable tentative de faire passer Franck pour un intello avec des petites phrases à la con comme : « Moi ce que je trouve bien, c'est que avec toi Franck, je peux parler de tout. » Pire encore, on apprend que Franck ne regarde que des films japonais en V.O non sous-titrée (Kenzo Mashira, vous connaissez ? Nous non plus, c'est normal) et qu'il lit de la poésie. De la POESIE, un 2be3...
Mais le plus grave pour un Filip, c'est l'absence de sexe entre les deux amoureux. Alors que ce diable de serbe demande lourdement à Aurélie d'être « sympa » avec Franck, c'est-à-dire au moins pratiquer le sexe oral, elle se défend : « J'ai pas envie d'être comme toutes ces filles qui font n'importe quoi, de toutes façons c'est pas mon style. »
Filip et son légendaire tact avec les copines des potes.
Certes, Aurélie est un glaçon sexuellement parlant, mais elle refuse que la moindre fille s'approche de son homme. En proie à une jalousie maladive rarement atteinte dans une série AB, elle pourrit la vie de ce pauvre Franck. La garce en profite pour le mettre dans des situations impossibles. Lorsque Franck doit choisir entre rater un show de danse et un tournoi d'arts martiaux au Vietnam, Aurélie tente d'imposer à Franck de devenir un sportif en lieu et place d'une carrière hasardeuse de danseur. Finalement Franck, aidé par ses potes, impose son rêve, et fait le concours. Il déclare alors euphorique : « Aurélie a compris qu'elle pouvait pas m'empêcher de vivre ma légende personnelle, c'est à dire devenir un artiste quoi (sic). »
Aurélie et Franck, le couple improbable donc, sert aux 2be3 à vilipender cette caste honnie, les intellos. D'où les nombreuses remarques, moqueries sur leur supposée intelligence : « Qu'est-ce que tu veux, c'est ça les intellos ! »
« Des fois j'avais une semi-érection. Parce qu'elle embrassait super bien en plus. Mais elle était pas mal, j'étais content car je crois que j'avais la plus jolie. Elle avait des beaux cheveux, des beaux yeux aussi »
Adel lui a eu l'immense honneur d'avoir la bombe sexuelle Carole Dechantre en petite amie. L'ancienne Emilie Soustal joue ici Laurence, la gentille et douce amoureuse du 2be3. Du coup, c'est probablement son personnage le plus ennuyeux de sa carrière AB, bien loin derrière celui de la garce de la Philo selon Philippe.Dommage. Mais cela ne semble pas avoir posé de problèmes à Adel, qui raconte ses beaux souvenirs de tournages : « Moi je faisais que de rouler des pelles à Laurence. Moi je savais pas, les acteurs au cinéma ils mettent pas la langue. Mais moi j'arrêtais pas et elle aussi. Et c'était chaud. Des fois j'avais une semi-érection. Parce qu'elle embrassait super bien en plus. Mais elle était pas mal, j'étais content car je crois que j'avais la plus jolie. Elle avait des beaux cheveux, des beaux yeux aussi. »
Les sitcomologues n'ont bien sur pas pu s'empêcher de rapporter les propos d'Adel à Carole Dechantre dans le cadre de son interview pour le blog : « Je dois dire que ce personnage m’a un peu emmerdé. Mais la relation avec les 2be3 était amicale. Concernant Adel, je m'entendais très bien avec lui, mais je pense qu'il s'est fait des films tout seul ! Ça ne m’a heureusement pas perturbé. Mais si je l’avais su sur le moment ça m’aurait choquée ! (rires) Je crois qu'il a confondu réalité et fiction. Je ne suis même pas sûre qu'il sache que je m'appelle Carole... »
Après de nombreux visionnages, les sitcomologues peuvent confirmer que les scènes entre Carole et Adel ne sont pas du même ordre que les classiques embrassades chez AB : la tension sexuelle y est palpable et les langues sont de sorties...
La preuve par l'image.