Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 07:47

Une sitcom de théâtreux

 

L'Ecole des Passions est donc une sitcom tournée vers l'univers du théâtre. Dès le générique, on peut cerner les rôles symboliques des personnages, envisagés dans une perspective théâtrale d'entrée de jeu, puisqu’ils apparaissent en costume (sauf les profs, les vieux et l’inénarrable Momo)
Le costume au théâtre est un outil sémiologique : il est langage signifiant à lui tout seul. Autant dire que dans le générique de l'
Ecole des Passions, il y a à boire et à manger.

 

 

 

« Ici l’ambiance est plus Académie Française que Merguez Party »


Tout d’abord, les comédiens apparaissent en troupe (cliché numéro Un). Le méchant se fait un peu chahuter, c'est de sa faute aussi, il avait qu'à pas téléphoner tout seul dans son coin et s'isoler (cliché numéro Deux).

Le duo comique de la série (comprenez les deux débiles légers au physique disgracieux qui espèrent vainement pécho grâce à leurs facéties) « joue » littéralement devant une affiche d'opéra de Mozart (une mise en abîme, un petit spectacle -navrant- devant une affiche de spectacle) montrant ainsi au spectateur de base que le théâtre c'est avant tout une interaction (cliché numéro Trois).

 

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Youhou, on a l'air con, mais on s'en fout, on vit le théâtre à fond !

 

Puis, tout le monde se retrouve à la terrasse d'un café (toujours en costume) et l'intello/méchant/goth torturé logiquement en noir (cliché numéro Quatre) montre à ses camarades ses bouquins, parce que c'est bien connu, l'apprenti comédien se balade toujours avec des paquets de bouquins sur lui (cliché numéro Cinq).

Enfin, tout le monde se trémousse avec ses habits civils autour de Momo, qui visiblement est en train d'improviser un rap (rappelons la douloureuse relation entre le rap et AB) puisque tout le monde agite les bras de façon significative (significative pour les créateurs de la série s'entend). On conclut donc avec un beau gros cliché et pas des moindres sur les djeunes de banlieue, qui sous des dehors un peu frustes, sont gentils au fond.
Penchons nous donc un peu sur ces costumes.


Julie, incarne
« la provinciale tout droit débarquée d’un roman de Balzac ». C'est elle-même qui le dit, offrant à l'occasion une référence à la littérature histoire de bien faire comprendre au téléspectateur qu'ici l'ambiance est plus Académie Française que Merguez Party. Notre bouseuse pleine de talent est une relecture moderne des personnages d’ingénues, syncrétisme d'Agnès de l'Ecole des Femmes, de la Silvia de Marivaux ou encore des héroïnes de Musset. C'est sans doute pour cela qu'elle déambule dans une robe rose vichy faite en torchons de cuisine.

 

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Dur de garder son sérieux quand c'est la trogne de Benoit Sorgues qui vous fixe.

 

Elle est accompagnée de Benoit (l'homme qui provoque la narcolepsie par un simple mouvement de brushing) qui lui est vêtu dans un style de jeune premier de drame bourgeois du XIXe siècle, à différencier du drame romantique, qui met souvent en scène des personnages antiques ou historiques. Pour les rares psychotiques qui connaissent le drame bourgeois, il est donc relativement évident que le personnage de Benoit sera dévolu aux histoires d’amour dévorantes, forcément tragiques, et tout ça avec des cheveux brillants et sans fourche au bout. Benoit est un mélange -grossier- des héros de Schiller, du jeune Werther (datant du siècle précédent, le romantisme est apparu en Allemagne au XVIIIe, c'est toujours bon à savoir), de Julien Sorel, de Frédéric de l’Education Sentimentale, bref un jeune homme faisant montre d’un romantisme échevelé, que la vie se charge d'éduquer à grands coups de pieds dans ses illusions qu’il perd peu à peu. On notera que pour les créateurs de la série, cela se traduit par le port permanent du tricot de peau Thermolactyl Damart avec gilet et futal en cuir style Tom Jones.

 

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"Mon fut' en cuir me manque" semble se demander intérieurement Benoit.

 

Marie fait son apparition plus tard au générique. La gentille garce porte un costume hispanisant, non sans évoquer la Carmen de Mérimée adaptée en opéra par Bizet (toujours le XIXe !) ou les femmes fatales des délires d’Offenbach. Bref, un moyen toujours subtil de bien signifier qu'on a affaire à une roulure. Et soulignons que la tradition du roman populaire de faire de la femme fatale une étrangère à l'exotisme caricatural a perduré, puisque l'actrice est Suisse, son personnage de vilaine-mais-pas-que est donc représenté de façon exotique.
 

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Difficile de saisir la vraie personnalité de Marie. La seule chose de sur est qu'il y a du monde au balcon.

 

Les couples sont chiants dès le générique. Néanmoins, leurs emplois respectifs peuvent être décryptés.

Le couple Sam/Rita, en tenue masculine du XVIIIe évoque le travestissement courant dans le théâtre de Marivaux, ainsi qu'une certaine légèreté : on a affaire à des personnages comiques, mais pas ridicules. Rita, l'étrangère de service, représente à elle seule la tradition de la Commedia dell’arte: comédie de gestes, de situation, le duo qu'elle forme avec Sam emprunte aussi au genre de la farce. Si elle porte un costume masculin dans le générique, c'est parce que son emploi est celui d’Arlequin, de Sganarelle, un rôle malicieux, parfois colérique, mais jamais méchant, bref un bon moyen d’imposer avec la délicatesse d’un Monster Truck tous les clichés italiens.

 

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En fait dans la réalité, il s'appelle Samuel Jouy.

 

Sam joué par Samuel Hamelet (ironie onomastique !) est aussi expressif que Steven Seagal, et sa présence semble justifiée uniquement par le duo qu'il forme avec Rita. Si le générique nous les montre en plein marivaudage, sur un pied d'égalité, dans la série, le personnage de Sam fait figure de béquille, de valet de comédie plus dans le style de Molière que celui de Marivaux.


Il n'y a rien à dire ou presque sur Eric et Christelle. On peut éventuellement les voir comme une sorte de Figaro et Suzanne, (en se référant à leurs costumes foireux style larbins de comédie du XVIIIe, mais plus miteux que les deux autres précités) donc un couple indéboulonnable et heureux de vivre, à la fois amoureux, entremetteurs, drôles (ou du moins essayant de l’être), à l'instar des deux personnages de Beaumarchais, sauf qu'eux, ils sont résolument chiants.

 

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Plutôt que de s'imposer une nouvelle fois Dietrich, on lui a préféré ce joli plan.

 

Les deux moches, Guillaume et Jérémy, sont quant à eux habillés dans un style de comédie de boulevard du XIXe siècle et se livrent à de nombreuses pantomimes sensées faire rire. En plus d'être affligeants en tant qu’acteurs, Cédric Léger et Frédéric Vaysse ont l'incroyable capacité de faire tomber à plat n'importe quelle vanne.

 

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Le duo très "lol"

 

« Christian est shakespearien-Roméo quand il tombe amoureux de la grognasse de Ferrand, Othello quand il est jaloux de Benoit, Puck quand il est d'humeur taquine, et Hamlet la plupart du temps, habité et sans aucun second degré-du moins quand il est question de théâtre »


Enfin,
the last but not least, le méchant Christian, le gotho-vilain-torturé. Manifestement, Benoît Solès est le seul à avoir réellement pris des cours de comédie, car il donne une interprétation de très grande qualité (comparée aux autres) de son rôle de méchant au cœur brisé. Il est alors logique que le générique mette en exergue la profondeur (à l'échelle « sitcom AB »…) de son personnage.
Christian apparaît en Hamlet : il porte la tenue noire de style Renaissance des mises en scènes traditionnelles de la pièce éponyme. Tout comme le Prince danois amateur de crânes humains, Christian passe pour un fou, fait le fou au point de plus vraiment savoir s'il l'est ou non, et s'habille en noir :
« ce n'est pas seulement ce manteau noir comme de l’encre (…) ni ce costume obligé d’un deuil solennel, (…) qui peuvent révéler ce que j’éprouve. Ce sont là des semblants, des actions qu’un homme peut jouer. Mais ce que j’ai en moi, rien ne peut l’exprimer. Le reste n’est que le vêtement et le harnais de la douleur »dit Hamlet, qui est en deuil permanent, une sorte d’oiseau de mauvaise augure qui hantera la littérature anglaise jusqu'au célèbre Raven allégorique d’E.A. Poe.

 

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Christian conscient d'être largement au dessus du lot.

 

Christian s'inscrit tout à fait dans sa continuité. Lui aussi soliloque longuement, mais face caméra avec une bière et une salade. Dès le générique, il est facile de comprendre qu'il est nettement supérieur aux autres. Oui Christian sera là pour détruire le bonheur des autres.

 


 Tout le monde en prend pour son grade avec Christian.

 

A vrai dire, Christian est shakespearien-Roméo quand il tombe amoureux de la grognasse de Ferrand, Othello quand il est jaloux de Benoit l'homme-bulot qui lui a soulevé sa gonzesse, Puck quand il est d'humeur taquine, et Hamlet la plupart du temps, habité, (d'aucuns diront cyclothymique) les yeux exorbités, tapi dans l’ombre et sans aucun second degré-du moins quand il est question de théâtre. Hamlet aussi aime le théâtre. Il fait d'ailleurs jouer le meurtre de son père par des comédiens pour punir sa mère et son oncle. Christian avoue « jouer un rôle dans la vie », et en jouer un autre sur scène. Comme pour le personnage de Shakespeare, la scène et la réalité s'entrechoquent.

 

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Jouer un personnage à plein temps fait que l'on n'a même pas de pause déjeuner...

 

Dernier mot sur le générique : la musique. C'est une combinaison maladroite mais amusante de classicisme et de jeunisme. Le crossover de Gérard Salesses additionne violon et beat hip hop. Thème qui est présent tout au long de la série, à l'instar de la sitcom Elisa un Roman Photo. De même, Christian a droit à son gimmick musical personnel, annonçant son arrivée ou sa bonne phrase. Pour le coup une réussite à signaler.

 

Le langage

 

« Le théâtre est au centre. Honoré, adulé, décortiqué, mis en perspective, il est aussi incroyablement malmené »

 

Dès les premiers épisodes, la série apparait comme bouffie de prétention, et à la fois d’une telle naïveté que l'on ne peut qu'être touché de la bonne volonté des scénaristes d'insérer des morceaux classiques (Brecht, Ionesco, Cocteau... ces beatniks, sont soigneusement ignorés, on aura soin de s'arrêter au XIXe siècle), morceaux pompeusement cités au générique de fin.
Le théâtre est au centre. Honoré, adulé, décortiqué, mis en perspective, il est aussi incroyablement malmené.
Car si l'on peut déceler chez les sbires d'Azoulay une certaine ironie, au sens où l'entend le théoricien Lukacs, c'est-à-dire comme distance avec sa propre création, notamment dans le choix d'acteurs débarqués de sitcoms décriées comme
Premiers Baisers ou Hélène et les Garçons, force est de constater que l’ironie s'arrête là.

 


 Les premiers épisodes sont effectivement très pédants.

 

Le parti pris est clairement énoncé dès le premier épisode : il s’agit de montrer de jeunes comédiens, encore novices, qui jouent à la fois sur scène et dans le grand théâtre de la vie. Les comédiens jouant les élèves théâtralisent donc leur texte à outrance. Contrairement à l'acting « traditionnel » de sitcom azouléen, qui veut que l’on soit le plus naturel possible, quitte à être mauvais comme un cochon, l’exigence scénaristique de l’Ecole des Passions fait figure de « morsure concrète »pour reprendre les termes d’Antonin Artaud.

Sébastien Courivaud lui-même explique le but de la série : « C'est l'histoire de la rencontre entre deux mondes : d'un côté de la rue, il y a la pension de famille tenue par Madame Arlette et où vivent de jeunes apprentis comédiens. Juste en face, se trouve l'école d'art dramatique, avec sa salle de répétition, ses professeurs, son directeur. Ces deux univers se croisent et se retrouvent de l'un ou de l'autre côté de la rue du bar d'à côté. »

Ainsi cette dichotomie s'affirme dans le langage : tantôt on s'exprime comme des djeunes avec la caution culture urbaine « Momo », tantôt comme des personnages habités déclamant de longues tirades sur la vie, l'amour, le dur métier de comédien, et la même passion qui les anime. Tous, lors des passages déclamatoires, réhabilitent le style Sarah Bernhardt du pauvre : un style boursouflé, extrêmement solennel, laissant peu de place à un second degré de lecture. De plus, ces jeunes gens sont tous persuadés qu'un texte classique ou qu’une tirade singeant un texte connu se doit d'être déversée avec emphase.

 


 On se prend pas mal au sérieux dans cette sitcom.


C'est pourquoi, entre deux rebondissements tragiques (tentative de suicide, amour impossible, catharsis de l’homme-bulot : Être ou ne pas être un gros loser, telle est la question, fatalité racinienne qui pèse lourdement sur tout le monde sauf le duo infernal de moches, mais c’est normal, ils sont là pour faire rire) se trouve le texte, déclamé, cité, marmonné, voire écorché : il occupe une place centrale dans la série.

 

« On peut officiellement dire que Rimbaud est mort une deuxième fois en 1996 »


Intrinsèquement lié à l'histoire, le langage prend une dimension tout à fait particulière.
Il est bien entendu question de réconcilier les jeunes et les anciens : pas de bataille d'Hernani, ici les classiques et les modernes cohabitent en harmonie, comme il se doit au Pays des Bisounours théâtreux.
Christian (le seul à savoir dire un texte) déclame un extrait de Ruy Blas quand il est amoureux de sa prof, les habitants de la pension citent régulièrement les « grands auteurs », Julie massacre Bérénice, et plus généralement tous les monologues qu'on lui confie, sous l'œil esbaudi de Ferrand qui lui a déjà bien du mal avec le langage courant qu'il assène d’un ton engageant de contrôleur fiscal.
Les élèves récitent des poèmes -on peut officiellement dire que Rimbaud est mort une deuxième fois en 1996- et jouent parfois à deux des petites scènes, comme Christelle qui rame avec son partenaire lors d'une répétition de Feydeau. Beaumarchais, Marivaux, Racine, Corneille et bien entendu Molière sont de passage dans l’
Ecole des Passions. Mais cet amour du beau langage s'étend (malheureusement) au texte « normal » des personnages. Ainsi, lorsqu'ils interagissent entre eux, les personnages s’expriment normalement.

Observons maintenant un curieux phénomène langagier : dès lors qu’il est question d’amour, les personnages se lancent dans de longs monologues déclamatoires façon tirade du Cid ou Phèdre mais en beaucoup moins bien. Exemple : Benoît trouve que Julie s'encroûte et que sa vie sentimentale est à peu près aussi passionnante que celle de l'oursin adulte. « Bon, on va se boire un café ?/Ben j’suis en pyjama…/Tu vois, tu ne te laisses pas emporter par la grandeur des sentiments, tu fermes ton âme à la passion, aimes, vis, bla bla bla bla… »

En général on décroche assez vite parce que Benoit Sorgues qui parle d’amour c’est à peu près aussi excitant que de changer un sac d'aspirateur. Ceci s'appliquant à tous les acteurs. Ils dissertent souvent sur un ton pontifiant des choses de la vie, comme si les passions du titre les obligeaient à singer les grands personnages tragiques qui ont succombé à ces passions : d'où leur destin tragique, parce que dans la tragédie classique et dans la tragédie antique, lorsque l'on s’abandonne à la passion au détriment de la raison, la catastrophe est inévitable.

 


 Benoit, un acteur très "contemporain"

 

Une école où la passion dicte sa loi

 

Les cours ont lieu dans la salle « Beaumarchais » où Rémy Ferrand enseigne l'art dramatique. C'est là où tout se passe : règlements de compte, humiliation, regards amoureux échangés...

Julie qui arrive en première année, est immédiatement remarquée par Ferrand. Celui-ci se dit impressionné par le « talent »de Julie. Mais il est évident qu'il est surtout sous le charme de la blonde : « Julie, c'est jolie », dit-il sans rire.

 

 
 Le studio des artistes forme des comédiens... polyvalents.
 

« Vivière (sic) de petites pisseuses »

 

Lors d' une discussion dans le café situé en face du Studio des Artistes, c'est un Rémy hagard, pull à l'envers, qui se confie à sa collègue (qui disparaît au bout de quelques épisodes) : « C'est étrange j'ai l'impression de déjà la connaître, comme si je l'avais déjà vu dans un rêve. »
Rémy devient vite son mentor. Grâce à son influent lobbying, Julie passe de la première à la deuxième année. Il lui suffit de réciter (platement) un monologue de Bérénice pour franchir ce pallier. Chez les élèves, seul Christian semble trouver la situation suspecte :
« C'est bien, tu as bien manœuvré. Mais sache qu'il s'intéresse surtout à ton petit derrière. »

 

 

Christian met une pression salutaire à Julie...

 

Cependant, c'est Agnès qui va vite se rendre compte du petit jeu auquel joue son mari. Elle passe rapidement à l'attaque. Ce sera la première de la longue série de crise conjugale qu'Agnès inflige à son mari. Au directeur du Studio, elle se permet de le traiter de « vieil hibou » et insulte son établissement de « vivière (sic) de petites pisseuses ».

La situation devient vite embarrassante pour Rémy quand Agnès remplace Alice, sa collègue. Dès son premier cours, elle démonte une pauvre élève et se moque de la diction de Julie. Pour cette dernière, ce sera le début d'une longue série d'humiliation de ce type, qui la fera douter à juste titre de son avenir dans cette profession.

 


Ne pas empieter sur le terrain d'Ingrid Chauvin...

 

Mais Agnès perd du terrain face à la jeune pucelle. Elle décide donc de se venger en utilisant Christian pour rendre jaloux Rémy. Cette relation finit par rendre vulnérable pour la première fois Christian, qui se laisse charmer par la femme de Ferrand. Cette tension sexuelle, largement visible à l'écran, trouve sa source dans la vraie attirance qu'à éprouvée Benoit Soles : « Les flirts entre acteurs étaient peu courants mais j'ai eu le mien. Alors que mon personnage se rapprochait de celui d'Agnès, encouragés peut-être par les auteurs ou poussés par l'instinct de JLA, et surtout séduits l'un par l'autre, j'ai été très amoureux d'Ingrid. Je peux vous dire que la scène de baiser dans le bureau de Charvet était un vrai baiser ! »

Toutefois, Agnès et Rémy restent ensemble à la fin de la série, car Rémy n'ose pas franchir le rubicon avec Julie.

 

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Avec AB, la réalité dépasse souvent la fiction...

 

« Lis les grands auteurs... »

 

C'est la même situation que vit un certain Jean-François Rédillon avec une autre élève, Christelle. Célèbre producteur et ami de Rémy Ferrand, il revient faire un casting dans le Studio des Artistes. Ce n'est pas le premier pour lui dans cette école puisqu'il est déjà venu faire ses « courses », en couchant au passage avec Marie, afin d'obtenir un rôle (par ailleurs qu'elle n'obtiendra pas...)

Mais cette fois-ci, Rédillon tombe réellement amoureux de la petite brune : « J'ai le coup de foudre (...), je perds tous mes moyens ». En bon russe, il l'invite au restaurant « boire des vodkas et débiter des âneries tout droit venues d'un roman de Toltsoï ».

 

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Les entretiens d'embauche ont ici le charme des vieux pornos sordides des années 70.


L'homme aux rouflaquettes craque et met Christelle dans une situation délicate. En effet Eric, son petit copain, devient vite mort de jalousie quand Christian répand la rumeur de coucheries entre la jeune comédienne et le producteur. Les commérages vont bon train ce qui a le don de casser la bonne ambiance des débuts dans la pension.

 


 Sam Hamelet dans une scène d'anthologie, s'insurge contre les ragots de l'Ecole des Passions.


De son côté Rédillon, désemparé, tente d'expliquer sa situation à son ami Ferrand... entre pédophiles, on se comprend.

Mais alors que faire ? Pour Rémi Ferrand : « On ne peut rien contre ses sentiments ». A ce moment, même le plus abruti des figurants de Premiers Baisers pourrait le comprendre, il parle de lui. En expliquant le problème à Julie, il tente même une comparaison plus que douteuse : « Même Molière exprime ce que Rédillon ressent vis-à-vis de Christelle... »

Ah ce fétichisme des « grands auteurs »...

 

Attention : un producteur, qui se nomme Jean-François et qui tombe amoureux d'une jeune comédienne... et si JLA parlait de lui encore une fois ?

 

Finalement Eric, en vrai « bad boy », va lui-même voir Rédillon dans son bureau. Non pas pour lui casser la gueule. Il préfère venir se pâmer devant lui. « Elle ne vous aime pas », répète t-il en boucle, avec son immonde sourire colgate. Du coup Rédillon s'énerve : « dis donc espèce de petit... »

Mais Rédillon le sait, il a perdu. « Je le sais bien qu'elle ne m'aime pas », marmonne t-il quand Eric quitte son bureau.

Au final, Christelle n'aura pas le rôle souhaité mais « trois jours de tournage. »

Mais surtout, elle retourne avec son homme. Quant à Rédillon, humilié, il quitte son métier pour disparaitre loin : « Allez, à bientôt, sous de meilleurs cieux ! »

 

Si l'on en croit l'Encyclopédie, la passion vient du latin Passio, issu du verbe ''patior'' signifiant « souffrir, éprouver, endurer »autrement dit un ensemble d'états dans lesquels un individu est« passif », par opposition aux états dont il est lui-même la cause.
Cette définition colle parfaitement avec ce que vit Benoit dans la série : son amour impossible avec Julie. Jaloux, Benoit l'est de Rémy Ferrand mais aussi de Christian. Même au théâtre, Benoit est mauvais, à l'unanimité de ses professeurs et de ses amis. Ainsi, même Sam et Eric sont affligés par leur pathétique ami :
« Tu dois enlever ton armure (…), un comédien doit s'offrir, au théâtre comme dans la vie. »

 

 
 Benoit écrasé par le jeu d'acteur de Christian.

 

Mais Benoit n'y comprend rien. Lui compte sur sa spontanéité, son naturel alors qu'on lui demande de jouer, de créer son personnage. C'est pourquoi il ne peut jouer efficacement Roméo et Juliette avec Julie, surclassé par Christian dans une scène d'anthologie.

Humilié, honteux de ses crises de jalousies à répétition, benoit abandonne. Il se rabat sur Marie alors qu'il confie à Rémy Ferrand qu'il a toujours des sentiments pour Julie. En effet, Marie vient de faire une tentative de suicide et Benoit prend pitié d'elle. Néanmoins, leur relation va vite s'entacher d'une certaine forme de sadomasochisme, avec un Benoit très loin de son image de romantique. C'est pourquoi, lorsqu'il apprend que Marie s'est déjà offerte à Rédillon pour obtenir un rôle, il la rejette violemment. Réaction typiquement « zemmourienne » du mâle offensé, puisque Benoit ne supporte pas qu'une femme puisse agir ainsi de la sorte : «Mais Marie ce que tu as fait, c'est de la prostitution, c'est un fait. »

Après ce triste épisode, Marie sent que Benoit lui échappe. Avec Christian, elle élabore un plan pour mettre Rémy et Julie ensemble. Toutefois leur stratégie échoue lamentablement. Christian réussit à obtenir un baiser d'Agnès mais cette dernière réalise que Christian n'est pas honnête. Quant à Benoit, il finit avec Marie sans grande conviction. Loser jusqu'au bout.

 

Christian, roi de la conspiration. Il y a quelque chose de pourri dans l'Ecole des Passions...

 

 

« Tragédie, une pièce qui porte bien son nom »

 

A la fin de la série, un événement rassemble tous les personnages du Studio des Artistes. En effet, à la suite à la réouverture de l'espace Montjoie, Monsieur Taquet, le nouveau directeur, offre une semaine de représentations aux élèves qui auront écrit le meilleur scénario.

C'est bien sur le duo composé de Guillaume et Jérémy qui obtient de faire jouer sa pièce. Celle-ci porte d'ailleurs terriblement bien son nom : « Tragédie ».

 

Chaque élève de la bande obtient son rôle. Évidement, le prétentieux Eric s'improvise metteur en scène et Julie se voit offrir le premier rôle, le tout sous la houlette de Rémy Ferrand, superviseur bienveillant. C'est aussi l'occasion d'assister à de nombreuses et interminables scènes de doute et de questionnement d'une Julie totalement paumée et rongée par la peur de ne pas être à la hauteur. Mais Rémy réussit à convaincre l'apprentie comédienne d'assumer son rôle. Il va même jusqu'à la serrer dans ses bras pour la réconforter... mais point de baiser. Le téléspectateur qui veut du cul devra repasser.

 

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Encore en pleine réflexion sur sa vie. Zzz zzz zzz...


Christian gagne lui aussi le droit de jouer, puisque c'est Monsieur Charvet en personne qui impose le « meilleur comédien de l'école. »

Ainsi tout ce beau monde répète après les cours et le travail (certains bossent dans un fast-food).

De plus, persévérante, la troupe réussit après une interminable partie de poker  à arnaquer Tonio et gagner le droit de répéter dans la pension. Cette chance leur est offerte puisque Madame Arlette déserte son travail pour partir en week end à Rome avec Monsieur Charvet.

La fine équipe finit par offrir une avant-première à Monsieur Taquet dans le Studio des Artistes. C'est apparemment une réussite, bien que les téléspectateurs ne puissent pas en profiter. Peut être valait-il mieux...

 

 

L'Ecole des Passions se termine sur cette joyeuse note. Mais on ne peut que rester sur sa faim. Quid de Julie et Ferrand ? Christian trouvera t-il la paix intérieure ? Benoit acceptera t-il enfin un relooking total ? Momo va t-il enfin pécho un vrai taf ?

Heureusement, contrairement à Elisa un Roman Photo qui n'a pas de fin, il existe une deuxième saison, nommée tout simplement Studio des Artistes.

A suivre donc...

Par Les sitcomologues - Publié dans : Sitcom AB - Communauté : Sitcom AB
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