Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 17:01

Entretien avec Fred Beraud Dufour, réalisateur chez AB Productions

 

 

Alors que les sitcomologues erraient sur le net à la recherche de vidéos d'Anthony Dupray, nous avons fait la connaissance de Fred Beraud Dufour, un ancien d'AB Productions dont nous ignorions l'existence ! Retrouvé sur facebook, il a accepté très gentiment de répondre à nos questions dans le cadre d'une interview téléphonique, en toute franchise : « Ça m'intéresse de répondre pour une fois assez clairement et assez sincèrement. Je n'ai pas d'enjeux, je n'ai plus besoin de JLA pour vivre. Si je travaille avec lui ce sera avec plaisir et énormément de respect comme ça c'est toujours passé. »

 

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Fred Beraud Dufour.

 

« J'étais relativement atypique parmi les gens qui travaillaient chez AB Productions à l'époque »

Les sitcomologues : On vous a découvert avec un clip que vous avez posté sur youtube, celui de la chanson « Toute la Nuit à te regarder » d'Anthony Dupray. On peut y lire que c'est votre premier clip.

Fred Beraud Dufour : Oui, je pense qu'en tant que réalisateur, c'était le premier, la première fois qu'on me faisait une commande de A à Z.

 

 

 

LS : Ce sont Rémy et Ariane qui vous ont proposé de le faire ?

FBD : Absolument, c'est Ariane que j'avais souvent croisé parce que je travaillais sur des émissions. En fait moi j'étais monteur et truquiste à l'époque pour AB productions. Je travaillais beaucoup avec Pat Le Guen, Dorothée ou encore Ariane. Et un jour Ariane, je sais pas pourquoi, est venue me proposer de faire ce clip. Donc c'était une première expérience de réalisateur un peu plus formelle même si j'avais déjà réalisé des trucs à mon initiative personnelle.

LS : On vous avait donné des consignes particulières pour faire ce clip ?

FBD : Non pas vraiment, on m'avait fait écouter la chanson. Bon Ariane m'avait quand même suggéré la fille qui apparaît dans le clip. C'était une fille qu'Anthony et elle avaient choisi.

LS : D'ailleurs c'était Isabelle Bouysse ? Parce qu'on s'est posé la question...

FBD : Non pas du tout, c'était une jeune fille qu'ils connaissaient eux. Mais comme Anthony était très populaire à l'époque auprès des filles, j'avais une consigne assez précise : on ne devait pas voir son visage. Je pense que l'idée était de ne pas attacher le visage d'une jeune femme auprès d'Anthony, d'avoir une femme un peu générique, histoire qu'on puisse imaginer tout un tas de chose.
Par contre il y avait des idées d'Ariane assez précises. En particulier il y a un plan dans ce clip où la fille est nue, recouverte de pétales de roses. Ça c'était une idée d'Ariane. On a aussi tourné dans sa maison de campagne !

 

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Anthony interprétant "Toute la nuit à te regarder" sur le plateau du Club Do.

 

LS : C'était quand même osé ça ! Le clip est-il passé à l'époque, parce qu'il est assez différent du reste des productions de l'époque, comme les clips de Christophe Rippert par exemple ?

FBD : Oui il est passé régulièrement. Je pense qu'elle m'avait demandé de réaliser ce clip parce que j'étais relativement atypique parmi les gens qui travaillaient chez AB Productions à l'époque.

LS : D'ailleurs vous êtes chez AB Production depuis mars 1988 c'est bien ça ? Comment êtes-vous entré dans la « Maison du Bonheur » ?

FBD : Oui je suis à ce jour un des plus anciens collaborateurs de Jean-Luc Azoulay. En fait à l'époque j'ai rencontré tout à fait par hasard le directeur d'exploitation, qui s'appelait Frédéric Le Bel, dans un stage technique chez Sony et on a tout de suite sympathisé. A la fin de ce stage il m'a demandé de venir travailler chez AB Productions, ce que j'ai refusé parce que j'avais un très bon travail à l'époque. On est quand même devenu ami. Un jour alors qu'on déjeunait ensemble, il a eu un problème car un monteur est tombé malade. Il m'a demandé de le remplacer, pour lui rendre service.
Le réalisateur avec qui j'ai travaillé ce jour là était Pat Le Guen, qui a été enchanté de travailler avec moi. Du coup ils m'ont mis une pression d'enfer pour que j'aille travailler avec eux et c'est comme ça que ça c'est fait.

LS : Nous avons déjà interviewé ici Laurent Perriot, technicien chez AB qui a gardé un excellent souvenir de Pat Le Guen...

FBD : Moi aussi ! J'adore Pat Le Guen, qui est encore un ami et avec qui je travaille encore aujourd'hui.

LS : C'est un maitre pour vous ? Il vous a appris les ficelles du métier ?

FBD : C'est la seule personne qui m'a appris quelque chose dans ce métier et c'est une des rares personnes avec Ariane et Dorothée qui m'ont facilité les choses.

« Une époque assez incroyable »

LS : Pouvez-vous nous décrire la période de la fin des années 80, le début du Club Dorothée ?

FBD : C'était un truc assez surprenant parce que moi à l'époque où j'ai commencé à travailler pour AB, on était pas encore dans les locaux 144 Avenue du Président Wilson à la Seine-Saint-Denis. On était dans des locaux situés plus bas dans l'avenue. En fait quand ils les ont acheté, il y avait juste une espèce de gros hangar, pas de bureaux, juste de quoi à peine faire un studio. Et les premières fois où j'ai travaillé là je me souviens très bien des bureaux des secrétaires qui étaient situés sur le parking, dans des Algécos, des trucs préfabriqués. C'était une époque assez incroyable, surtout qu'on est passé en quelques mois d'une petite société où on était environ une quarantaine à un truc où il y avait plus d'un millier de personnes par mois qui venaient bosser.

LS : AB c'était un peu du bricolage donc...

FBD : Oui c'est ça. Au début c'était une société qui fonctionnait grâce à des prestataires extérieurs et je pense que l'idée de génie de Jean-Luc Azoulay et de Claude Berda, c'est d'être devenus propriétaire de leur outil de production à 100%. C'est de là qu'est né tout ce truc de sitcoms, d'émissions. Sans ça, ils n'auraient jamais pu avoir une telle ampleur.

 

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Bonheur City, une enclave dans la Plaine Saint-Denis.

 

LS : Abordons l'ère sitcoms : quelle a été votre première fonction au sein d'AB ?

FBD : Sur les sitcoms, j'ai fait du montage. On m'a proposé plusieurs fois d'en réaliser mais j'étais pas très chaud car c'était un format qui ne me plaisait pas. Quand c'est devenu des fictions, comme les Vacances de l'Amour, là ça m'intéressait beaucoup plus.

LS : Qu'est-ce qui ne vous plaisait pas dans le format sitcom ?

FBD : Je n'aimais pas l'aspect répétitif, aussi bien dans le scénario que par la façon de faire. Et puis bon moi c'était pas mon truc d'être enfermé toute une journée dans un studio. Moi je préfère les espaces plus... vastes !

LS : Fabien Remblier dans son livre Les Années sitcom parle lui « d'éclairage de vitrine de supermarché... » pour qualifier la lumière dans les sitcoms.

FBD :  Alors ça c'était vraiment une décision assumée de JLA. C'était une référence qu'il prenait sur les sitcoms américaines de l'époque.

LS : Et la fameuse question des rires enregistrés, que Remblier traite également en pointant le débat entre techniciens et comédiens sur cette question ? Il n'aurait pas été possible de faire venir un public, comme pour le tournage de Friends par exemple ?

FBD : Alors nous on était plutôt contre le principe de rajouter des rires, parce qu'on disait que si on rajoutait des rires, ça voulait dire que c'était pas drôle. JLA et les réalisateurs avaient un autre point de vue : pour eux c'était une façon de renforcer l'effet comique. Encore une fois c'était un vrai choix de production que je ne partageais pas tout en le respectant. Aux Guignols ils mettent bien des rires et ça ne choque personne ?
Pour ce qui concerne le public, ça aurait été extrêmement compliqué car les sitcoms américaines comme Friends étaient faites de manière complètement différentes : cinq jours de répétition pour un épisode alors que pour AB on tournait pratiquement en temps réel, avec les aléas que cela pouvait entrainer. Il faut que le truc soit super carré pour intégrer un public à un tournage.

 

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Pas toujours évident de faire rire sans les rires enregistrés...

 

« Philippe Vasseur est revenu. JLA a eu l'intelligence de l'accueillir mais il l'a payé assez cher dans les scénarios »

LS : Pouvez-vous nous parler de Jean-Luc Azoulay ? A t-il changé depuis que vous l'avez connu à la fin des 80's ?

FBD : Alors bon... la relation que j'ai avec JLA c'est quelque chose d'un peu complexe. C'est à dire que personnellement je le considère comme un ami sur lequel j'ai toujours pu compter. J'ai beaucoup de respect pour lui.
Ensuite comme producteur je trouve que c'est un bon producteur, ses succès peuvent en attester.
A t-il changé ? J'aurais tendance à dire pas tellement ! C'est surtout quelqu'un de très intelligent, qui a une force de persuasion incroyable, qui arrive souvent à obtenir des gens des choses qu'ils ont promis de ne jamais faire !

LS : On dit souvent de lui que c'est un grand manipulateur...

FBD : Oui ! Mais ça ne me choque pas ! Je pense que tous les producteurs sont manipulateurs... c'est le métier qui veut ça aussi. Un producteur peut difficilement obtenir frontalement tout ce qu'il veut du premier coup.

LS : JLA pouvait être aussi dur parfois avec ses comédiens ?

FBD : Il avait un profond attachement à ses comédiens, ce qui rendaient parfois les relations assez passionnées. Je me souviens un jour d'une interview de Philippe Vasseur que JLA avait assez mal vécue, qui était une critique assez virulente des Vacances de l'Amour. Deux ans après Philippe est revenu. JLA a eu l'intelligence de l'accueillir mais il l'a payé assez cher dans les scénarios. Il a répété pendant des mois dans la série assez souvent « Je suis un con, j'ai merdé, j'ai fait n'importe quoi dans la vie ». Il s'est en fait excusé dans les épisodes ce qu'il a fait dans la vie réelle. En même temps je pense que ça ne le gênait pas de le faire, c'était un comédien professionnel...

 

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Philippe Vasseur, le martyr d'AB.

 

LS : Sur votre CV, nous avons lu que vous êtes crédités sur la réalisation d'un épisode d'Hélène et les Garçons. Encore une persuasion de JLA ?

FBD : Alors en fait j'ai toujours refusé d'en réaliser, et je sais qu'ils m'ont mis aussi sur un épisode du Groupe, que je n'ai jamais fait ! Par contre ce qui est vrai c'est que pour les pilotes que Pat Le Guen tournait, j'étais son monteur attitré. C'est pourquoi sur toutes les sitcoms j'ai au moins monté les premiers épisodes à chaque fois. Mais ce que vous pouvez lire sur le net est faux. Cela n'a pas empêché JLA de mettre mon nom dans la fiche de presse d'un épisode d'Hélène et les Garçons ou du Groupe en tant que réalisateur. Je me souviens lui avoir dit que cela n'était pas correct. Il m'avait alors rétorqué que je finirais bien par accepter un jour...

 

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Ariane et ses protégés du Groupe, sitcom à étudier un jour, pour la science.

 

LS : Et Jean-Luc Azoulay, il participait aux montages ?

FBD : JLA a commencé à s'impliquer dans les montages à partir des Vacances de l'Amour, quand on est passé aux fictions. Avec les sitcoms, c'était du tourné-monté, il n'y avait pas vraiment de montage mais plutôt de l'assemblage de séquences. Avec LVDLA, ils ont tourné les premiers épisodes en Jamaïque, là c'était une vraie fiction. Les plans étaient tournés un par un, il fallait les monter et pas seulement les assembler.

LS : Quelle était l'ambiance au sein des différentes équipes techniques de tournages chez AB ?

FBD : J'étais ami avec la plupart des techniciens. Je pense à un de mes meilleurs amis, Yves Pirès, le chef décorateur, probablement la personne la plus talentueuse que j'ai rencontré dans ma vie. Je suis d'ailleurs en train de faire un documentaire sur une de ses sculptures et sur sa façon de travailler.
J'ai bien connu aussi tous les techniciens de l'image et du son, des cadreurs. Beaucoup de gens très talentueux.

LS : Tous ces techniciens, ils ont eu la fameuse « étiquette AB » dans le milieu ?

FBD : Non, il faut savoir que pour les techniciens, l'étiquette AB ce n'était pas quelque chose de négatif. AB était très critiqué à l'époque comme aujourd'hui d'ailleurs, mais pas sur la qualité technique. La logique de JLA était : « Je veux les meilleurs techniciens, peu importe le prix que je dois les payer. »

« Avec Ariane, on a été fouillé dans les vieilles affaires personnelles d'Ingrid Chauvin »

LS : Du côté des comédiens « AB », vous aviez des relations avec certains d'entre eux ?

FBD : Oui, il y avait une sitcom sur le milieu du théâtre dont je ne me souviens plus le nom (le Studio des Artistes , NDLR) sur laquelle j'ai créé le générique début, à base de photos des comédiens enfants puis adultes. Ainsi je les ai pas mal rencontré chez eux, dans leur intimité. Il y avait d'ailleurs cette comédienne qui est devenue très populaire (Ingrid Chauvin, NDLR) chez qui avec Ariane on a été fouillé dans ses vieilles affaires personnelles pour trouver une photo ! Ça a été une recherche assez laborieuse de trouver pour chaque comédien une photo d'eux enfant.
Quand j'ai travaillé sur LVDLA, j'ai rencontré tous les comédiens de l'équipe, mais après l'euphorie sitcom. C'est d'ailleurs assez curieux car eux ne me connaissaient pas, puisque j'étais au montage, alors que moi je les connaissais par cœur, dans le moindre de leurs défauts. C'était une situation assez comique !

 

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On s'amuse comme on peut chez les sitcomologues...

 

LS : Quand vous parlez de défauts, vous pensez à des défauts de comédiens ? Le niveau était mauvais selon vous ?

FBD : Oui je connaissais bien leurs petits tics, leurs défauts de comédiens. Je pense que parmi ceux qui étaient vraiment comédiens, il y avait des gens vraiment talentueux. Ceux qui en avaient réellement ont ainsi pu quitter le carcan « AB » et faire une belle carrière.

LS : Nous on pense immédiatement à Benoit Solès, présent sur la sitcom de l'Ecole des Passions...

FBD : Tout à fait, j'ai eu l'honneur de travailler avec lui et je considère que c'est un très bon comédien.

LS : C'est vous qui avez eu cette idée folle de mixer du hip hop et une musique « théâtreuse » pour cette sitcom ?

FBD : Non tout ça c'était Ariane. Cette série a été géré que ce soit d'un point de vue artistique ou littéraire par Ariane Carletti. Pour ma part c'est un des meilleurs sitcoms AB (pour nous aussi, NDLR).
Pour en revenir aux comédiennes récurrentes des productions AB, je tiens à dire que j'apprécie énormément Laly Meignan et Rochelle Redfield. Rochelle parce que avant de venir chez AB elle était déjà comédienne, elle était déjà en avance sur les autres. Laly parce qu'elle avait une fraicheur... quand j'ai commencé à faire LVDLA, j'étais content de tourner avec elle, je trouvais que c'était un personnage vraiment intéressant. Et dans la vie c'est un personne que j'apprécie énormément. Un très bon souvenir.

 

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Rochelle, la chouchoute de Fred Beraud Dufour.

 

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Laly et ses cheveux blonds.

 

« Jean-Luc, qu'est-ce qu'il s'est passé avec son sida ? »

LS : Les Vacances de l'Amour semblent tenir une place tout particulière sur votre expérience au sein d'AB. Pour aborder le sujet, nous allons citer Fabien Remblier, qui décrit le contexte du tournage après son seul et unique épisode pour la série : « Plaque tournante de la drogue aux Caraïbes, l'île est le théâtre de tous les excès. Les comédiens qui vivaient presque à plein temps sur place ne rêvaient que de rentrer en métropole et m'accueillirent dans la joie, ravis de voir enfin une tête amie. Je logeais dans un hôtel en bord de plage dans lequel une maquilleuse s'était fait braquer quelques semaines plus tôt par un habitant de la ville voisine. Je suivais donc la double recommandation de ne rien laisser dans ma chambre et de vérifier plusieurs fois qu'il n'y avait personne sur le parking avant de sortir de ma chambre le soir. »

FBD : Alors je dirais qu'il y a plusieurs étapes car le tournage a eu lieu dans différents endroits. Les premiers épisodes ont été tourné en Jamaïque. Là je crois que ça n'a pas duré car il y avait des difficultés d'ordres logistiques et culturelles. Ensuite il y a eu une étape en Martinique, à laquelle je n'ai pas participé mais où il y a eu je crois pas mal de problèmes de drogues. Ensuite on est arrivé à Saint-Martin qui est effectivement une des plaques tournantes des trafics de stupéfiants. Alors oui ça existe mais moi je n'ai pas eu l'impression que c'est quelque chose qui a perturbé le tournage. Je ne dis pas qu'on ne voyait pas ça, que tel ou tel de l'équipe n'en n'a pas profité, mais ça n'a pas affecté le contenu.

LS : D'accord... les Vacances de l'Amour vous en pensez quoi qualitativement parlant ? Nous on a noté une sacrée évolution entre les saisons, avec une saison 2 par exemple assez affreuse niveau réalisation pour se stabiliser par la suite.

FBD : Alors moi le premier épisode que j'ai réalisé c'est l'épisode n°66, qui s'appelle « Samourai » avec une ambiance un peu japonaise. A l'époque j'ai eu la chance que la fiction soit plus posée, avec des guests, des moyens assez importantes. On avait cinq jours pour faire un épisode. C'était plutôt confortable. Dans cette période là, j'ai fait à peu près huit épisodes, jusqu'au retour d'Hélène. Quand elle est revenue, on a changé de format. On est repassé d'une série à un feuilleton, dans le genre télénovelas. On a arrêté de tourner les épisodes un à un, pour les faire quatre par quatre. Et là, ça a tout changé, les comédiens étaient un peu perdus. Le réalisateur aussi puisqu'il était obligé d'intégrer quatre scénars dans le même tournage. Ça impliquait une réduction des coûts, faire quatre épisodes en douze jours contre un en cinq, ce n'était plus les mêmes conditions. Moi j'ai trouvé ça moins passionnant.

 

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Episode mythique de LVDLA.

 

LS : Vous en tant que réalisateur, vous avez une connaissance assez pointue du scénario depuis les débuts d'Hélène et les Garçons en 1992 ?

FBD : Oui oui, complètement ! Il y avait d'ailleurs de sacrées incohérences ahurissantes, que évidemment on signalait systématiquement à JLA. Il en riait beaucoup ! Il y avait par exemple un personnage joué par Ludovic Van Dorm qui à une période dans l'histoire était atteint du sida. Il disparaît pendant une saison, puis revient sans qu'on le mentionne une seule fois ! On pose donc la question : « Jean-Luc, qu'est-ce qu'il s'est passé avec son sida ? ». Après plusieurs semaines de tergiversations, on en a finalement reparlé dans la série. Il y avait même des personnages qui revenaient et qui changeaient de prénoms. C'était assez... surprenant !

 

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Un comédien tellement peu charismatique qu'ils en ont oublié son sida.

 

« TF1 a aussi censuré pas mal d'histoires de drogues dans LVDLA »

LS : L'univers que JLA a créé lui a échappé en quelque sorte ? Il y a tellement d'intrigues, d'épisodes, on est parfois perdu devant l'ampleur de l'œuvre.

FBD : Non, moi je pense que rien ne lui a échappé. Je pense que de temps en temps, il a fait l'impasse sur certaines choses pour des convenances, personnelles ou professionnelles. Quand il y avait quelque chose d'incohérent, il était le premier à en être conscient. J'ai parfois tendance à penser que c'était aussi une façon de nous tester (rires). En réalité, rien ne lui a échappé, son univers qu'on ne peut pas toujours suivre reste très cohérent.

LS : Cet univers justement, est resté longtemps policé, jusqu'aux Vacances de l'Amour, dont les thèmes évocateurs semblent être une réponse aux multiples moqueries qu'ont nourri les médias pendant des années : la drogue, les prises d'otages, les meurtres... On avait déjà eu quelques prémisses avec le space cake d'Hélène, censuré par TF1...

FBD : (il coupe) Mais TF1 a aussi censuré pas mal d'histoires de drogues dans LVDLA ! De toutes façons pour JLA la série (très populaire, dès ses débuts) était un espace pour exprimer tout un tas de chose, une autre facette de son univers, un peu plus sombre. Et quand on tourne dans les Caraïbes, c'était aussi un autre contexte. Il faut comprendre que certains comédiens vivaient sur place, comme Patrick Puydebat. Pour nous mêmes, le tournage a été assez intense. On a tous été affecté d'une façon ou d'une autre par la réalité du lieu. A Saint-Martin il se passait des choses assez terribles : drogue, prostitution organisée. D'ailleurs on a tourné dans des bordels, dans des endroits vraiment durs !

 

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LVDLA regorge de "méchants" charismatiques comme Monsieur Foster.

 

LS : Dans LVDLA, une sitcomologue a remarqué que vous avez joué un petit personnage, un marin latino qui repêche Hélène de la mer ?!

FBD :  Oui c'est vrai ! C'est marrant parce que peu de monde le sait ça ! C'était en fait une idée de Pat le Guen, lors d'une série d'épisodes un peu spéciale pour laquelle on m'avait demandé de remplacer exceptionnellement le producteur exécutif. J'étais là bas et il avait besoin d'un marin hispano. Comme j'ai habité longtemps en Colombie, pour lui c'était logique de me demander de faire ça. Je l'ai fait avec beaucoup de plaisir ! On était sur un pétrolier équatorien.
C'est un de mes meilleurs souvenirs de tournage même si j'ai horreur d'être devant la caméra ! En plus je sauve Hélène !

 

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Fred Beraud Dufour, son bob et une Hélène ravie d'être de retour chez JLA Productions.

 

« On a du arroser Hélène Rollès avec des bouteilles d'eau minérale »


LS : C'est d'ailleurs assez étonnant cette idée de faire tomber Hélène dans la mer...

FBD : Oui, en plus c'était très compliqué à tourner. On avait tourné ça dans l'urgence. Hélène n'avait pas tourné depuis longtemps et d'un coup elle revenait dans la série. Je me souviens entre autres que pour cette scène (où elle était censée avoir passé des jours et des jours dans l'eau) d'avoir eu beaucoup de mal à la convaincre de se mouiller vraiment. On a du l'arroser avec des bouteilles d'eau minérale (rires). Nous mêmes les marins avons du nous enduire d'huile de pétrole. Un grand souvenir de tournage !

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LS : Vous en avez d'autres des anecdotes de tournage des Vacances de l'Amour ? (Il faudrait un DVD avec des bonus...)

FBD : Derrière chaque épisode, il y a une petite histoire qui était au moins aussi intéressante que celle montrée à l'écran, parfois même bien plus incroyable. Quand parfois la nuit en zappant il m'arrive de tomber sur un vieil épisode de LVDLA que j'ai réalisé, derrière chaque plan je revis des histoires.
Je me rappelle d'un jour à Saint-Martin, il y avait un cyclone et on avait des scènes à tourner en extérieur. On était toute l'équipe (30-35 personnes) sous un parasol, tous collés les uns aux autres, en attendant que l'orage passe pour essayer de terminer la scène. J'appelais JLA pour lui dire que je ne savais pas comment faire pour terminer mon épisode à temps. Je sentais qu'il n'était pas content alors que j'essayais de le convaincre que ce n'était pas de ma faute. Alors il est allé sur internet (à une époque où les gens n'y avaient pas accès comme aujourd'hui) et s'est rendu compte qu'il y avait bien un cyclone qui arrivait sur nous. C'est alors qu'il m'a dit : « Quand on a pas de chance, c'est qu'on a pas de talent. » Je trouvais ça très injuste mais finalement ça a été assez positif puisqu'on a réécrit le scénario, avec un autre dénouement pour l'épisode qui s'appelait « La Puce et les deux cerveaux ».
Avec JLA j'ai appris qu'être trop préparé n'était pas forcément synonyme de réussite. Il faut garder une certaine forme de souplesse et d'adapter.

 

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Pour l'éternité.

Par Les sitcomologues - Publié dans : interview - Communauté : Sitcom AB
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