Biographie de Fabien Remblier (2/2)
« Fan de David Bowie et de Noir Désir, je rêvais d'une musique un peu sombre et de paroles mélancoliques, loin des guimauves que chanterait Christophe Rippert »
Heureusement pour un comédien AB de l'époque, il existe d'autres façons de s'occuper que de jouer dans Premiers Baisers. La plus évidente est la musique. En effet, une grande partie des comédiens de Premiers Baisers vont se lancer avec plus ou moins de succès (et de talent) dans la chanson. Fabien Remblier à son tour tente sa chance. Toutefois il va vite déchanter : « Mon rêve était de chanter du rock. Fan de Noir Désir, de Bowie et de tant d'autres références dans le monde du rock français et international, je ne me voyais pas chanter des bluettes pour adolescentes. J'avais envie de créer l'image de Fabien, à des années lumières de celle de Jérôme. Je rêvais d'une musique un peu sombre et de paroles mélancoliques, loin des guimauves que chanterait Christophe Rippert. »
Fabien Remblier, vrai passionné de musique, est aussi un modeste musicien : « J'eus une fois l'occasion de monter sur la scène de Bercy avec les autres comédiens de quelques séries, lors de la dernière d'un concert de Dorothée à Bercy. Sébastien Roch avait pris la place de Minet à la batterie. Je me retrouvais à la basse. Quel plaisir de jouer devant mille personnes. J'avais donc moi aussi l'envie de faire quelque chose dans la chanson. »
Ces belles aspirations vont être cependant rapidement freinées par les producteurs, pas vraiment branchés par David Bowie et le rock indé en général. Comme nous l'avons déjà raconté dans notre chronique sur l'album Juste ses Mots de Christophe Rippert, Fabien Remblier n'a pas été séduit à l'idée de chanter sous l'égide du duo Azoulay/Salesses.
Il décide alors de se lancer lui-même dans la chanson, par son propre réseau : « Daniel, un ami suisse, me présenta Eric Lee, grand gaillard chauve au look très personnel. Eric était musicien. Nous avons donc parlé musique toute la soirée, échangeant nos opinions et parlant de nos goûts musicaux. J'appris le lendemain, qu'Eric était à la recherche de quelqu'un à produire et Daniel, connaissant le succès de Premiers Baisers, lui avait parlé de moi. Le feeling avait été bon. Eric demanda à me revoir pour me proposer de travailler avec lui. »
« Utiliser la ligne de basse de Premiers Baisers pour chanter une chanson... plus qu'osée ! »
Attitude courageuse, à des années lumières des comédiens-chanteurs d'AB couvés par JLA, Fabien et sa connexion suisse s'éclatent et écrivent plusieurs chansons. Mais l'univers AB n'est jamais loin encore à cette époque : « Le premier titre, intitulé Poopetipoo était un défi : utiliser la ligne de basse de Premiers Baisers pour chanter une chanson... plus qu'osée ! »
Le nom de l'album est lui-même inspiré des désillusions de Fabien vis-à-vis de ses employeurs : « L'album était intitulé Sign Here, suite à une soirée assez arrosée durant laquelle nous imaginions Eric entrer, tel Zorro dans le bureau de Jean-Luc Azoulay avec les contrats de distribution et lui crier SIGN HERE ! »
Car oui, Fabien est bien conscient que son album ne rentrera pas dans le monde imaginé par Jean-Luc Azoulay. Pourtant il se donne à 100% dans la réalisation de cet album : « Afin de préparer les rendez-vous avec les maisons de disque, un pré-clip fût même tourné sur l'un des titres les plus « rock » que les autres. Il me mettait en scène aux prises avec une jeune femme particulièrement hystérique qui me foutait dehors. Je partais alors tel un poor lonesome cowboy sur ma Harley arpenter les routes suisses. Un grand moment de télévision que je sors de temps en temps pour donner un fou rire à mes amis. »

Et si c'était lui le vrai rocker d'AB ?
Mais comme prévu, l'album laisse perplexe Jean-Luc Azoulay, contrarié de voir un de ses poulains s'écarter de la ligne dictée par le maître : « De retour à Paris, je pris rendez-vous avec Jean-Luc afin de lui faire écouter les titres. Chantés en anglais, dans un style très différent de ce qu'il se faisait chez AB, ils ne collaient pas avec l'image que Jean-Luc avait de moi, toujours trop proche à mon goût de l'image de Jérôme. Il me dit qu'il préférerait m'entendre chanter en français, ce à quoi je rétorquais que je n'étais pas de son avis. Ces titres avaient une consonance anglo-saxonne, pas française du tout. »
Fabien et JLA restent donc sur leurs position. Devant l'impossibilité de trouver un consensus, Fabien tente de démarcher d'autres maisons de disque. Mais il semble qu'à cette époque personne ne souhaite ou n'ose s'occuper d'un comédien marqué du fer AB : « Personne ne voulait prendre le risque de distribuer un artiste AB de peur des réactions de Jean-Luc et Claude Berda. L'influence du groupe AB était telle que tenter de sortir de la sphère était pratiquement impossible. »
Fabien tente une dernière fois de convaincre les producteurs d'AB, sans espoir : « Jean-Michel Fava du label Pense à Moi, ne me montra pas un débordement d'enthousiasme à l'idée de distribuer mon album. Un début de discussion s'engagea, mais aucun accord n'en sorti. Il resta très vague quant à la possibilité de distribuer Sign Here. »
« Je me demande même si ce n'est pas encore plus ringard qu'un Amour de Vacances »
Ce nouvel échec signe la mort de ce projet mort-né. Malgré une petite promo dans Télé Club Plus, personne à l'époque ne connaitra cet album : « Je préférais ne rien sortir plutôt que de risquer de me planter. Je n'avais pas envie, comme nombre de mes camarades des séries, de sortir un titre juste pour le plaisir de le sortir »
Et l'album au final, que vaut-il ? C'est en 2005 sur son propre forum que Fabien déballe ses vieux cartons. Il nous donne la possibilité d'écouter (enfin !) SIGN HERE. Et quel bonheur ! Certes, le son est daté, l'accent de Fabien catastrophique, mais quelle fraicheur, quelle sincérité ! Il a fait ce qu'il aimait, sans se soucier du marketing AB. Fabien ne sera décidément « pas dans le moule » comme il le dit lui même.
Aujourd'hui, on a encore la possibilité d'écouter quelques titres sur le myspace officiel de SIGN HERE . Toutefois, Fabien est lucide sur ce projet qu'il qualifie de « premier projet raté »: « Moi maintenant j'ai du mal à les écouter tant le son a vieilli... Je me demande même si ce n'est pas encore plus ringard qu'un Amour de Vacances... »
Fabien Remblier, le David Bowie d'AB ?
Rapide chronique des chansons phares de l'album :
One Way Friendship : Ouverture de l'album. Immédiatement, on a envie de taper des pieds. Ça swingue, la basse jazzy résonne et les solos de guitares et de synthés s'enchainent. La voix de Fabien est ouvertement reconnaissable, accent frenchy en prime.
Mama Never Told Me : Chanson de rocker. Fabien a la fièvre, il est énervé. Grosses guitares, voix d'écorché vif. Fabien voudrait tout plaquer : AB, Premiers Baisers, Justine, toutes ces conneries et avoir une vie de rock'n'roller.
Poopetipoo : Comme Fabien l'explique, cette chanson est le gros foutage de gueule de l'album. La basse de Premiers Baisers, la voix suave et sensuelle de Fabien nous entraine dans ce slow improbable. A la fois kitch et irrésistible, l'apothéose reste le « I looooooooooooooove you » balancé en fin de morceau . Merci Fabien.
Came Down To See You : Notre David Bowie français tient son tube ici. D'ailleurs c'est la fameuse chanson dont le clip fut tourné en suisse. Il y avait de quoi faire un succès, dommage que JLA n'ait pas cru en lui. Pourtant, « To always do it wraïte » comme le chante si bien Fabien. Parce que les sitcomologues le martèleront jusqu'à leur mort : ça groove bien SIGN HERE.
No Money To Pay : Dernier titre présent sur le myspace(on aimerait bien avoir les autres...), c'est la chanson la plus mal chantée par Fabien (et Eric Lee). Mais on s'en fout, car la magie de SIGN HERE marche toujours, Fabien est un putain de rockeur incompris. Et tant pis si il n'avait pris que Anglais en LV2.
Fabien veut de l'argent, bordel, mais que faisiez-vous Monsieur Azoulay ?
« Nous représentions à leurs yeux ce qu'il peut y avoir de pire dans les métiers du spectacle et de plus, nous monopolisions l'attention »
Une autre occupation hors plateaux pour un comédien d'AB est le festival. Fabien en est pendant toutes les années sitcoms un habitué. Mais là encore, la vie n'est pas simple pour un comédien de Premiers Baisers. On y retrouve les mêmes tensions dues au succès d'AB : « Nous fîmes une forte impression sur les festivals et son public, mais pas du tout auprès des professionnels français. Après tout, nous n'étions « que » des comédiens de sitcom, et ces braves gens, très à cheval sur leurs privilèges de « cinéastes », se demandaient comment nous avions pu être également invités. »
Ainsi Fabien et ses camarades vivent parfois des moments difficiles et humiliants, face à des « collègues » dont l'hypocrisie est sans limite : « J'ai le souvenir extrêmement désagréable d'avoir rencontré Romane Bohringer et Emmanuelle Seigner qui ne supportaient pas de voir le public nous réclamer et pire encore, de voir que les professionnels américains sympathisaient également avec nous. Emmanuelle avait dû certainement oublier que sa soeur, Mathilde, avait débuté dans un épisode des Musclés... Nous représentions à leurs yeux ce qu'il peut y avoir de pire dans les métiers du spectacle et de plus, nous monopolisions l'attention. »
Une autre anecdote de ce type prouve bien à quel point la vie de ces comédiens a pu être délicate au sein de cette micro profession : « Un soir, je me retrouvais attablé avec Laly Meignan. Clotide Courau et Tom Novembre firent un geste de dégout en découvrant qu'ils devraient partager leur déjeuner avec nous. Clotilde Courau, qui était encore loin d'être une princesse, essayait à l'époque de se donner une image de rebelle en ponctuant ses phrases de "merde" et de "putain", crachant sur la "bourgeoisie de province" ».
Clotilde, la "princesse anarchiste", méchante avec Fabien. Garce.
Néanmoins, Fabien admet qu'il a pu faire aussi de bonnes rencontres, avec des producteurs américains notamment, forcément insensible à l'étiquette AB. Alain Delon est aussi mentionné pour sa gentillesse et son absence du préjugé (bien qu'on se doute que Monsieur Delon soit prêt à parler avec n'importe qui, tant qu'il puisse parler de lui...)
« Nous avons bu dix-sept bouteilles à cinq, sans compter tout ce que nous avions bu dans la journée »
Toujours aussi piquant, Fabien se moque des festivaliers et de leur comportement : « Ceux qui vous diront qu'ils vont dans un festival pour voir des films sont des menteurs. Dormir pendant la projection, à la rigueur, mais voir des films...car le festivalier a deux préoccupations principales dans la journée : boire et manger. Boire et manger à un niveau phénoménal, quelque chose de gargantuesque, bien au-delà du sens commun... »
C'est que Fabien a lui aussi ses anecdotes digne de Rabelais : « En 1996, alors que je me retrouvais avec Renaud Roussel et François Rocquelin à Gérardmer, nous avions sympathisé avec le gérant de l'une des boîtes de nuit qui devait avoir sensiblement le même âge que nous. Il nous recevait tous les soirs dans son établissement et nous offrait le Champagne. Les coups succédaient aux coupes et lors d'une des soirées, nous avons bu dix-sept bouteilles à cinq, sans compter tout ce que nous avions bu dans la journée. »
Enfin la dernière occupation pour un comédien d'AB est la promo. Et il ne faut pas la sous-estimer. En effet, combien de fois a t-on pu voir les comédiens des sitcoms présents sur les plateaux du Club Dorothée, chantant, dansant, acceptant sans broncher les innombrables interviews sans intérêts ou encore les pitreries des animateurs.
« Paparazzi, Lemler, Classe Mannequin... »
Pour les comédiens les plus adulés du public, ajoutons la presse. Même Fabien Remblier a droit aux joies des paparazzades. Son couple avec Christine Lemler fait parler, pendant un temps. En effet, Lemler connait un petit succès avec la sitcom concurrente d'M6, Classe Mannequin. Mais le couple vit mal cette situation. Fabien apprend que Lemler ne souhaite plus s'afficher avec lui, à cause de cette étiquette AB.
AB devient une véritable malédiction pour Remblier. Le reportage que Télé Club Plus consacre au couple lors d'un voyage à New-York en 1993 met le feu aux poudres : « Seule la rédactrice en chef de "Salut !" réussit à faire changer d'avis Christine. Elle nous proposait un reportage à New-York pendant quatre jours, dans lequel aucune allusion à notre vie commune ne serait faite. L'article serait tourné de telle sorte que l'on aurait l'impression qu'elle était partie avec le journal à New York et que l'on se serait croisé par hasard au pied de la Statue de la Liberté. Je jugeais le procédé ridicule, d'autant plus que d'autres propositions de voyages me tentaient plus, mais ce fût le seul moyen que la rédactrice du magasine trouva pour la faire plier. »

Le couple TF1 versus M6.
Situation merdique qui empire quand Fabien découvre la vérité, forcément dure à avaler : « Je compris plus tard qu'elle ne voulait pas que nous soyons assimilés l'un à l'autre, tant elle espérait protéger sa célébrité naissante. »
Le couple ne survivra pas à cette hypocrisie sous fond de concurrence entre sitcom. L'ironie de l'histoire est que Christine Lemler ne deviendra jamais une star, pas même dans Classe Mannequin puisque c'est la belle Vanessa Demouy qui restera comme l'icône de la sitcom culte d'M6.
« Le début des Années Fac, fut surtout pour mon personnage, le début de la fin »
L'année 1995 marque un tournant dans les « Années Sitcom » de Fabien Remblier. La sitcom Premiers Baisers s'achève que commence les Années Fac, dans laquelle Jérôme perd son leadership : « Avec les Années Fac, certains personnages qui n'étaient qu'annexes vont prendre de l'importance avec la création de nouveaux décors. Jérôme perd sa chambre au profit d'un studio qu'il partage avec Justine, Luc et Anthony, bientôt rejoints par Daniel, occupent également un studio. »
Certes, les Années Fac ne marquent pas une nette rupture pour Jérôme. Il est toujours le pépère étudiant portant ses éternels pulls rayés, quasiment marié avec Justine.
Mais lorsque Justine le quitte pour Anthony, c'est à une véritable passation de pouvoir à laquelle on assiste : « Le début des Années Fac est également le début d'un gigantesque chassé-croisé sentimental entre les personnages, assorti du même chassé-croisé concernant l'occupation des studios (…), mais le début des Années Fac, fut surtout pour mon personnage, le début de la fin. »
Effectivement, c'est le personnage d'Anthony qui va peu à peu prendre la place de Jérôme, en tant que meilleur pote de Luc, petit ami de Justine et comme le grand séducteur de la sitcom : « Lors de leur arrivée, Anthony et Daniel n'avaient pas de statut particulier. Leurs personnages, finalement assez insignifiants étaient à peine plus importants que les guests qui se succédaient au fur et à mesure des épisodes. Les Années Fac leur apportèrent une certaine consistance et assez rapidement, leurs deux rôles prirent de l'importance. »

Passation de pouvoir avec les Années Fac.
Pour Fabien, la responsable de ce changement est toute trouvée : c'est bien entendue Ariane, qui avec son mari de l'époque Rémy Sarrazin, pratique un lobbying tout puissant pour son poulain : « Premiers Baisers avait tourné autour de quelques personnages dont l'importance était plus ou moins égale, mais dans les Années fac, la multiplication des rôles allait donner lieu à des changements subtilement orchestrés par JLA et par Ariane qui défendait son poulain : Anthony. Ce fut à partir de ce moment que mon personnage prit de moins en moins d'importance, ce qui, au fond, me convenait parfaitement après presque cinq années de tournage sans interruption (…), suite à cette bagarre, les apparitions de mon personnage se limitèrent pendant des semaines à un seul décor : la chambre d'hôpital. JLA ayant installé Anthony avec Justine, cela lui permettait de me garder sans trop se poser de questions : pas besoin d'appartement pour Jérôme, il est hospitalisé... »

Hare Krishna, Remblier peut enfin tourner allongé. Feignasse.
« J'étais devenu un expert du fauteuil roulant, capable de traverser les 1000 mètres carrés du studio sur lequel nous tournions en ne roulant que sur les roues arrières »
Pour les sitcomologues, c'est la véritable rupture de la série, ce fameux épisode « Le Coup Mortel ». Moment clé puisque Anthony, en mettant au tapis Jérôme, le met aussi hors jeu de la sitcom. Certes il faut nuancer puisque Jérôme réussira à remettre la main sur Justine, deux fois. Mais le gagnant reste le karatéka excité, débarrassé de son rival dans la vie comme dans la série. Fabien nous confiera sans rire que lui et Anthony « ne se sont plus parlés depuis 1995 (sic). »
Pour Fabien, les épisodes suivant la bagarre furent ceux de la lose. Heureusement il réussit à en rire et à nous faire rire : « Il est difficile de garder un personnage à l'hôpital, qui plus est paralysé, sans trop plomber l'ambiance de la série et surtout sans tourner en rond. Les scènes de visite des copains dans la chambre s'épuisaient vite, il fallait donc faire sortir Jérôme de là. JLA avait l'idée de génie : la chaise roulante. Jérôme encore un peu paralysé, mais déjà beaucoup moins, allait-il pour voir se déplacer et reprendre sa place ? En partie seulement. Avoir un personnage en fauteuil roulant limite les possibilités, même si en quelques jours j'étais devenu un expert du fauteuil, capable de traverser les 1000 mètres carrés du studio sur lequel nous tournions en ne roulant que sur les roues arrières. Le fauteuil ne me déplaisait pas. Il me permettait de tourner assis l'intégralité de mes séquences ce qui était le plus souvent considéré comme une chance. Personne n'aimait tourner debout. Il faut croire que nous étions tous devenus fainéants ! »
Quelle décadence pour ce pauvre Jérôme. C'est pourquoi JLA tente de sauver la face de son vieux personnage, non sans perversité : « Jean-Luc fit une tentative pour sauver mon personnage en lui jetant Sandra, jouée par Aurore Brunel (…), mais qui devint la fille à abattre, la croqueuse d'homme, celle qui se complait dans la luxure, la multiplicité des partenaires et une sorte de sadomasochisme chez à Jean-Luc. En n'y réfléchissant, elle n'eut pas plus de partenaires que Justine, mais contrairement à Justine, éternellement amoureuse, Sandra consommait les hommes sans les aimer. »
Oui Jean-Luc met le doigt là où ça fait mal. Fin psychologue, il nous montre un Jérôme blasé, faible, bouffi parce que le Fabien de l'époque n'était pas au mieux. C'est pourquoi Jérôme finit par disparaître de la série sans que l'on puisse s'en apercevoir : « Jérôme, après avoir été le séducteur, n'en était plus à une rupture prêt. Après avoir perdu Justine, il perdit Sandra avant de perdre son rôle qui disparut pratiquement jusqu'à la fin de la série. »

Le calvaire de Jérôme continue : après le fauteuil, les béquilles.
La situation a beau être hypocrite, elle satisfait tant Fabien que les scénaristes de la sitcom : « Pendant plusieurs semaines, le rythme des tournages devint moins régulier pour moi. Les assistants me téléphonaient la veille du tournage, en général en tout fin de journée, pour m'annoncer que je n'étais pas dans le texte (…), JLA essayait, d'après ce que les assistants me disaient, de trouver une nouvelle fiancée à Jérôme, mais il ne devait pas y mettre une volonté farouche, trop occupé à jouer avec le tandem Christophe-Anthony qu'il tenait à ses ordres, d'une main de fer.
« Lorsqu'on tourne dans des nanars, il ne faut pas faire preuve d'une intelligence extrême pour savoir que cela risque de s'arrêter très vite »
De retour pour les deux derniers épisodes des Années Fac, Jérôme finit par demander la main de Justine à Monsieur Girard. Clap de fin, pour ce final convenu. Remblier n'apparaitra pas dans la suite les Années Bleues, qu'il juge (à tort) comme étant une pâle copie de Friends. Pourtant il aurait écrit quelques épisodes... jamais tournés. D'après lui, les fans boudaient la série car Justine et Jérôme n'étaient pas présents. JLA aurait opté pour leurs retours, mais le divorce entre TF1 et AB met un terme définitif à cette trilogie désormais au panthéon des sitcoms AB.
Dommage, Remblier dans les Années Bleues, ça aurait eu de la gueule.
La fin de l'année 1997 marque donc la fin entre l'histoire de Fabien Remblier et AB Productions.
Grâce à la lucidité de Fabien, cette fin se fait en douceur contrairement à certains de ses collègues : « On n'est jamais préparé au succès et encore moins à l'arrêt de celui-ci. Cependant, soyons réalistes, lorsqu'on tourne dans des nanars, il ne faut pas faire preuve d'une intelligence extrême pour savoir que cela risque de s'arrêter très vite, surtout lorsque l'on a déjà tiré sur la corde pendant six années. »
Logiquement, Fabien se lance à nouveau dans les joies des castings. Néanmoins, il ne retrouve pas la même dynamique que lors de ses années pré-AB : « Sortir de chez AB c'était être pestiféré, que l'on soit comédien ou technicien. Nombreux l'apprirent à leurs dépens. »
Rembarré à chaque entretien, fiché comme un vulgaire produit AB dont la date de péremption serait dépassée, la carrière de comédien de Remblier s'arrête cette année là. Ce n'est pas son rapide et ultime passage dans la production AB « Les Vacances de l'Amour » qui changera quelque chose. Le tournage de la suite du Miracle de l'Amour dans l'île de Saint-Martin reste un souvenir assurément glauque pour Fabien, la fin d'une histoire dont il est temps de mettre fin : « Plaque tournante de la drogue aux Caraïbes, l'île est le théâtre de tous les excès. Les comédiens qui vivaient presque à plein temps sur place ne rêvaient que de rentrer en métropole et m'accueillirent dans la joie, ravis de voir enfin une tête amie. Je logeais dans un hôtel en bord de plage dans lequel une maquilleuse s'était fait braquer quelques semaines plus tôt par un habitant de la ville voisine. Je suivais donc la double recommandation de ne rien laisser dans ma chambre et de vérifier plusieurs fois qu'il n'y avait personne sur le parking avant de sortir de ma chambre le soir. »

Fabien dans LVDLA en... méchant !
« Je n'avais jamais fait partie de la Cour de Jean-Luc Azoulay, je devais assumer mes choix »
LVDLA révèle une bonne fois pour toute à Fabien Remblier que son aventure avec AB est terminée. C'est pourquoi on ne le reverra plus jamais, ni dans la poubelle Sous le Soleil, ni dans Navarro ou en animateur sur IDF1 aujourd'hui : « Ce fut pour moi la fin de l'aventure AB. De retour à Paris, je décidais de tourner définitivement la page, laissant à mes anciens camarades de tournage le soin de faire le siège de la porte du bureau de Jean-Luc Azoulay dans l'espoir de grappiller quelques miettes distribuées parcimonieusement. J'avais envie de me prouver qu'il y avait une vie après AB, même si je devais mettre du temps à me relever. Mais je voulais me relever seul. Je n'avais jamais fait partie de la Cour de JLA, je devais assumer mes choix. Fierté mal placée ou lucidité, je préférais galérer mais rester la tête haute que d'avoir le sentiment d'être et de rester un pion sur l'échiquier du génie de la télé (…), rares sont ceux qui avaient prévu la fin des tournages et la changement de niveau de vue que cela impliquait. »
Pourtant, il reste un épisode que Fabien a tourné pour AB : celui du procès des anciens comédiens. En effet, nous l'avons dit, les contrats que Fabien Remblier et ses camarades ont signé avec AB n'étaient pas légaux. Ce n'est qu'à la fin du tournage de la sitcom, lorsque Camille Raymond et Fabien relisent les contrats, que la supercherie est révélée : « Jugée en première instance aux prud'hommes, notre affaire déclencha une tempête dans le petit monde des producteurs, syndicat des producteurs en tête. AB fut condamnée à requalifier nos multiples contrats, la Cour ayant estimé que le recours au contrat journalier pour des comédiens n'étant pas légal. Ironie du sort, en voulant se protéger et pouvoir éliminer les comédiens à volonté, les juristes d'AB avaient commis cette grossière erreur : nous donner à signer un contrat par jour. Un simple contrat sur une période donnée qui n'aurait pas garanti un nombre d'épisodes tournés aurait protégé la production de tout recours contre ses méthodes et aurait à AB Productions les turpitudes du procès long et coûteux qui les attendait. »

Fabien, défenseur de la veuve et du comédien.
Cette affaire a de graves conséquences au sein de l'équipe de la sitcom, chacun jouant son avenir dans le milieu. Nombreux sont ceux qui préfèrent mentir, par peur de représailles, ou tout simplement par pure lâcheté : « Les quelques anciens comédiens d'AB contactés refusèrent tout net de nous suivre dans la procédure, certainement par crainte de se griller dans le métier, préférant certainement ne pas s'avouer qu'à quelques exceptions près, ils l'étaient déjà (…), seuls quelques comédiens et techniciens acceptèrent de témoigner en notre faveur. D'autres, jurant à qui voulait l'entendre qu'ils n'avaient plus aucune relation avec AB, en firent autant contre nous. Témoignages rapidement invalidés par le tissu de mensonges qu'ils contenaient, la plupart étant encore employés par l'une des filiales d'AB. »
Ce procès est une victoire à la pyrrhus, mais restera d'après Fabien « l'emblème de la lutte contre les droits des intermittents de la part des producteurs. »
« Si on m'avait dit à l'époque que je serai de nouveau en contact avec Rebecca Dreyfus, je n'y aurai jamais cru »
La vie a donc continué après AB pour Fabien. Il a retrouvé ses vraies passions : la caméra, la production, l'informatique, l'écriture. Son blog, son forum et surtout son livre, « Les Années Sitcom »lui ont permis d'en finir une bonne fois pour toute avec sa période AB. Fabien s'est expliqué sur tout, au risque de s'en prendre plein la gueule. C'est tout d'abord les fans d'AB qui lui en ont voulu (1), car Fabien a cassé le mythe AB. Ses révélations choquantes ont brisé des images bien ficelées par la machine AB pendant des années.
Autre révélation choc : non, Fabien ne sait en réalité pas jouer au flipper !
Par rapport à ses anciens collègues, Fabien n'a pas franchement fait plaisir à
grand monde : « Les réactions de les anciens collègues...Vaste sujet. En fait, je n'en connais que
quelques unes par ouï dire, venant de personnes aux idées préconçues à mon sujet et qui n'ont pas lu le bouquin.
Chacun pense ce qu'il veut, mais mon propos n'a jamais été d'être insultant ou médisant.
J'ai retranscris MON expérience telle que je l'ai vécue. D'autres ont un autre point de vue c'est leur droit. J'ai surtout essayé de retrouver l'état d'esprit que j'avais à l'époque et de
traduire les sentiments que j'avais pour les uns ou les autres. Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis.
Si on m'avait dit à l'époque que je serai de nouveau en contact avec Rebecca Dreyfus qui est venue au vernissage de l'expo photo de la femme il y a quelques temps, je n'y aurai jamais
cru! »
Aujourd'hui Fabien a tiré un trait définitif sur AB. C'est lors de sa participation chaotique à l'émission Ça se discutede Delarue que Fabien s'est rendu compte que parler d'AB n'avait plus aucun intérêt dans les médias : « Delarue, fidèle au ton habituel de son émission exploita la filon misérabiliste des désespérés de la télé, préférant nous reléguer, Camille et moi, au rang de curiosités tout en évitant de nous poser des questions de fond. On devait assister ce soir-là à toutes les diatribes contre les vilains producteurs, de la part des pauvres artistes qui ne sont pas préparés à devenir célèbres et des dépressifs qui n'ont pas prévu que si ils gagnaient bien leur vie, ils auraient forcément des impôts à payer. Une bien piètre image pour le public, donnée par ceux qui qu'ils avaient regardés pendant des années.
Excédé par les propos que j'entendais, je m'emparais d'un micro afin de dire ce que je pensais de tout cela. Certains avaient fait le choix de ne vivre que dans le cadre d'AB, oubliant que la vraie vie est à l'extérieur, préférant fermer les yeux en se récitant le fameux « Jusque ici tout va bien », ignorant que tout pouvait s'arrêter d'un jour à l'autre. Delarue tentait de m'interrompre, mais je ne le laissais pas faire, ne m'arrêtant que lorsque j'avais dit ce que j'avais à dire. Mon petit monologue de trois minutes fût bien évidemment coupé au montage. Réussir à se reconvertir n'allait pas dans le sens de l'émission. Une fois de plus je n'étais pas dans le moule... je quittais le plateau de l'émission excédé. Mais la vie continue ! »

Sourire forcé, coupé au montage : Delarue est une mauvaise expérience pour Fabien. Et c'est la dernière fois qu'on le verra avec Camille.
« Ni remords, ni regrets ! »
Toutefois, dans son livre, il conclut ses années sitcom par une note positive : « La question qui revient le plus en général est : "pourquoi n'avez-vous pas tourné autre chose après ?", question qui entraine invariablement la même réponse : parce que malgré le public fidèle, le métier n'a pas voulu de moi. Aucune amertume cependant. Ni remords, ni regrets ! (…), les Années Sitcom restent une période de ma vie que j'aime. Les années d'après s'annoncent encore plus belles... »
Désormais, aux côtés de Casimir, Fabien Remblier peut rejoindre le panthéon des idoles déchues.
Ces années d'après sont bien chargées. Un petit tour sur son site montre que
Fabien travaille beaucoup : réalisation de clips comme pour les Marguerites (avec son ami Allan Théo notamment), sa boite de production Beefree ou encore l'écriture : « En ce qui concerne mes projets d'écriture, j'ai toujours L'Autre Version des Faits qui est écrit depuis 1995 et que je remanie de temps à
autre. Peut-être qu'un jour je finirai par me dire qu'il est vraiment fini... » (2)
Mais ses grands projets sont dans la réalisation, puisque Fabien Remblier est à
la pointe de la révolution 3D :« je suis le premier réalisateur français à avoir sorti un long métrage en
3D relief en salle.
Un vrai défi et un film qui a commencé son tour du monde par l'Espagne puis Taiwan cet été. C'est le début de plein de nouvelles aventures en 3d relief qui sont en train de se mettre en
place. »
Par contre, une chose est quasiment certaine, on ne reverra jamais plus Fabien en tant que comédien : « En tant que comédien, je ne crois pas... Je n'ai plus l'envie de jouer. »

Fabien Remblier est maintenant passé derrière la caméra. Il peut même se photographier lui-même tout en filmant. C'est ça le talent.
Bonus :
seb : "Le livre de Fabien sur les années sitcom aurait pu être intéréssant, mais comme il ne fait que balancer et dire des conneries sur les
autres acteurs AB, ça me donne plus du tout envie de le lire...
Régler ses comptes 10 ans après dans un bouquin, c'est un peu minable je trouve... (d'autant que si il n'a pas percé, c'est surtout parce que c'est un mauvais
comédien, et non pas parce qu'AB a tué sa carrière comme il le sous-entend) !"
Boule 4 : "moi j'aime pas Jerôme dans la série, mais alors j'aime encore moins la mentalité de Fabien Remblier"
emilie : "S'il était bon, il aurait eu des propositions ensuite, or ce n'est pas le cas... Anthony lui a réussi à faire des choses par
la suite...
Pour ce qui est du reste, je trouve ça carrément con et pitoyable de régler ses comptes 10 ans après... il a besoin de fric ou quoi? Et donc il se sert de
cette vague nostalgie du club do pour refaire parler de lui... d'ailleurs n'est-ce pas lui qui avait dit qu'il fallait avoir une vie hors AB, alors pourquoi se servir de l'envers du décor ab
pour tenter de refaire parler lui?
Ce mec en plus, passe son temps à dénigrer les autres (cf ce qu'il écrivait sur son blog) à part quelques rares personnes style Camille Raymond, Magalie
Madison et Julie Caignault....
Là où il est quand même rigolo, c'est que d'une part donc il avait pas l'air de s'entendre avec les autres comédiens et d'autre part il dit qu'en gros il
s'emmerdait sur le tournage des années fac; alors pourquoi ne pas avoir quitté la série?
Ah oui peut-être que les sousous devaient être une bonne motivation....sans compter que maso, il avait accepté que son personnage revienne dans les Années
Bleues, donc il aurait à nouveau côtoyé Anthony, Christophe et Virginie, les 3 personnes qu'il préférait visiblement enfin ça s'est jamais produit puisque la série s'est arrêtée
avant
Encore plus rigolo, la bande de la trilogie HEG sont tous des gros couillons, mais il les rejoint sur un épisode de LVDLA, à nouveau un signe de son caractère
maso peut-être?
Un truc aussi que j'ai remarqué, il ne cesse de se vanter d'être toujours dans le monde de l'audiovisuel, mais lui il est derrière la caméra, alors qu'Anthony
et Virginie sont devant
En tout cas, Anthony, Christophe et d'autres ont sans doute des défauts, mais au moins ne cassent pas les autres et ne règlent pas leurs comptes dans les
médias 10 ans après..."
2- Entretien réalisé avec Fabien Remblier sur facebook en aout 2010.