Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 00:54

"La charcuterie avec le pain ça pardonne pas"

 Steve



Philippe Benard, le « copain attachant » des Années Fac

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Philippe Benard, vieux pote d'Anthony, avec la chemise du Cricri d'Amour...

 

« il fallait bien manger »

Aujourd'hui la sitcomologie ne s'intéresse pas aux « stars » de l'univers AB, mais aux petits rôles joués par des comédiens souvent talentueux, mais quasiment inconnus.
Ici on s'intéressera à un personnage tout à fait culte, incarné par Philippe Benard. Il joue le rôle du « copain attachant » de l'épisode 20 des Années Fac (1), un certain Steve. Censé être un vieux copain du Havre d'Anthony, il va vite se montrer lourd, voire dangereux pour toute la bande.

Sa performance n'a pas laissé indifférent les sitcomologues, partis à la recherche de Philippe Benard himself pour en savoir plus sur le comédien et espérer glaner quelques anecdotes de tournage.
En effet aujourd'hui, il est possible de retrouver n'importe qui sur la toile, surtout un comédien. Et cette interface, c'est bien sur Facebook. Tout le monde en possède un, même si on a rien à dire dessus. La foire à la mégalomanie surement. Mais c'est toutefois une excellente vitrine pour un comédien, qui a ici une possibilité de contact instantané avec un employeur, mais aussi la chance de prouver à tout le monde qu'il est « moderne ».
Ainsi, avant que facebook ne soit ringardisé (2), il est donc primordial pour la sitcomologie de l'investir pour prendre contact avec ceux qui ont participé à la "saga des sitcoms".
On a ainsi pu retrouver notre Philippe Benard ! Probablement encore plus surpris que nous de l'avoir retrouvé, il reste très lapidaire quant à sa prestation dans les Années Fac en 1995 : "Je n'imaginais pas que cette série avait des fans! En ce qui me concerne, il fallait bien manger. Merci quand même!"

 

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Les Années Fac ? Aucun souvenir...


Aie aie aie pour nos recherches. Philippe Benard n'a « aucun souvenir précis » de sa prestation dans les Années Fac. Mais alors comment est-il arrivé dans la sitcom ? C'est tout simplement par l'intermédiaire de son agent qui a donné son CV à Aude Messean. La directrice des castings d'AB Productions possède en effet, selon les dires de Fabien Remblier, "un fichier dans lequel on trouvait de tout. De la personne qui a envoyé sa photo par hasard pour tenter sa chance, au comédien en mal de rôle. Très certainement le plus gros fichier de comédiens de France."
De plus, il explique aussi comment Jean-Luc Azoulay procédait lors des castings : « JLA avait un retour vidéo de la salle de casting directement dans son bureau, et il lui arrivait de repérer directement une gueule pour qui il allait décider d'écrire un petit ou un grand rôle. » (3)

C'est pourquoi on a pu voir tant de comédiens participer à l'épopée des sitcoms AB, ceux que dans le jargon sitcomologique nous appelons les « seconds couteaux ».
C'est d'ailleurs encore aujourd'hui le sujet de nombreuses blagues et articles. Quand une Hélène de Fougerolles passe dans les Enfants de la Télé, c'est l'occasion de lui montrer ses « débuts » dans la sitcom psychédélique Le Collège des Cœurs Brisés.
Et c'est aussi la possibilité pour des magazines peoples-trash de faire un marronnier sur les comédiens « passés par AB », à l'instar d'Ophélie Winter, Guillaume Canet ou Rebecca Hampton.(4)

« ça avait l'air bien ringard en tout cas »

Si comme le rappelle Fabien Remblier, ces comédiens "n'ayant pas de rôles fixes, ils ne furent pas catalogués comme nous et purent, en cachant cette partie de leur CV à des professionneles hypocrites, trouver d'autres roles et voler vers d'autres univers", pour les autres, c'est la condition de « pestiféré » qui s'impose dans le milieu "hermétique" de la télévision.

 

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Voilà le genre de second couteau qu'on aime...

 

Et pour un Philippe Benard ? Son CV est lui aussi lavé de toute trace de son court passage chez AB.
Et quand on lui demande si il est toujours comédien, il nous répond: "Oui, toujours, je joue dans de l'autre côté du lit de P. Pousadoux et je travaille sur un scénario pour les états-unis. La vie suit son cours et les Années Fac sont bien loin!"
Il ajoute que : "il y a un court dont je suis assez fier. Tu peux aller le voir sur le site d'Alexandre Mehring. Le court s'appelle "A deux sur la comète". Tu me diras ce que tu en penses!"

Ce cour métrage est visible ici: http://www.facebook.com/video/video.php?v=62454319898
On y voit Philippe Benard et un complice préparer un casse dans une banque. C'est drôle et bien foutu. Les fans des dialogues de Tarantino apprécieront. Et on manquera pas de dire encore une fois que Philippe Benard est un bon comédien.

Philippe Benard est donc une figure typique de ces comédiens qui se retrouvent chez AB par hasard, principalement pour raisons financières et qui effacent toutes traces d'un tel passage sur leurs CV.

 

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Ah, les potes du Havre d'Anthony...

 

Cependant, quand on lui montre les captures d'écran de l'épisode, Philippe Benard garde le sourire : « Merci beaucoup pour ces photos. Ça fait plaisir! Top la chemise!! Je ne me souviens pas bien de la scène mais ça avait l'air bien ringard en tout cas. »
Philippe Benard prouve ainsi qu'on peut être un bon comédien et passer par ce genre de sitcom, encore honnie par toute la profession faut-il le rappeler.

 

Le forum de la sitcomologie propose un long et drôle résumé de cet épisode mythique, le Copain Attachant, épisode 24.

Les sitcomologues vous proposent aussi une vidéo extrait de l'épisode :

 


1- Un Copain Attachant, Les Années Fac, épisode 24
2- On pensera à Myspace, vite devenu ringard : « only stupid punks use myspace ». Bientôt Facebook sera aussi pour les ringards. Mais pour le moment, qui n'a pas de facebook est considéré comme un ringard. Pourtant François Bayrou se vante d'avoir un facebook...
3- REMBLIER Fabien, Les Années Sitcom, Médiacom, Paris, 2006.
4- Entrevue, Mai 2009. Titré : « Ces passages télé qu'ils voudraient effacer », le magazine considère que les premiers pas dans les sitcoms AB de ces personnalités connues sont des casseroles honteuses. On voit qu'il n'ont pas vu Rebecca Hampton jouer divinement une garce, Clarisse, dans les Années Fac.

 

Par Les sitcomologues - Publié dans : biographie - Communauté : Sitcom AB
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 03:53

« Qu'est-ce que donc la mode, finalement ? Un accident, une transition, une façon d'être dans l'instant, une attitude frappée de précarité sitôt qu'elle naît. Le culte de ce qui est moderne, nouveau, prétendument inévitable, lui tient lieu d'alibi. Bien vite cependant, la mode devient un conservatisme aussi pensant que stérile. »
Édouard Balladur, Des modes et des convictions, Fayard, Paris, 1993.

Les « Sitcoms AB » : histoire, polémiques, et politique

« L'Odyssé du lisse »... ou du vice ?

 

Séries dépolitisées, réactionnaires qui abrutissaient les masses. « L'Odyssé du lisse » titrait Télérama (1er Septembre 1993).
Voilà comment étaient (dis)qualifiées les sitcoms AB par une certaine presse, à travers des débats qui partaient du constat d'une «génération Dorothée» inculte pour aller jusqu'à une dénonciation d'une forme de « perniciosité » d'Hélène & les Garçons. Pourtant les sitcoms AB étaient largement plébiscitées par le public.
Si aujourd'hui ce genre de critiques et de débats paraissent datés, préfigurant sans doute ceux de la télé-réalité lors de l'arrivée de « Loft Story » sur M6, la sitcomologie est en doit de s'interroger sur ce flot de critiques, au delà des simples critiques sur la médiocrité artistique des productions AB.
Le but de cet article sera ainsi de comprendre la pensée de Jean-Luc Azoulay, le créateur des sitcoms AB, en partant de l'hypothèse que les sitcoms AB sont dépolitisées mais forment une sorte d'Utopia (1), ici nommée « Bonheur City », un monde à part, profondément ancré dans les années 90 tout en refusant les modes, à la fois prolongement de l'héritage de Mai 68 et œuvre réactionnaire.

« fan de Sylvie Vartan »

Né le 23 septembre 1947 à Sétif en Algérie, Jean-Luc Azoulay débarque en France dans les années 60. Il se lance dans des études de médecine, et a une passion : Sylvie Vartan. Fanatique de la chanteuse bulgare, il finit par convaincre Carlos, alors manager, d'entrer dans l'équipe. Il raconte lui même aux internautes du Point : « D’abord j'ai fait quatre années de médecine, puis en étant fan de Sylvie Vartan, je suis devenu son secrétaire puis son manager. C’est avec elle , les Carpentier, Guy Lux que j’ai appris le métier, j’ai étudié avec une star, donc j’ai connu les plus grands parmi les auteurs et compositeurs de chansons, les plus grands parmi les producteurs de télévision, les plus grands de la radio, et j’ai donc appris mon métier de cette manière. » (2)


Jean-François Po(u)rry.

« un géant de l'audiovisuel »

Azoulay l'autodidacte passe une bonne partie des années 70 à suivre les tournées de Sylvie Vartan, mais celle-ci quitte brusquement la France pour les Etats-Unis.
JLA fait alors peu après une rencontre qui va changer son destin et celui de millions de gens : il rencontre Claude Berda, avec lequel il fonde AB Production en 1977 avec un capital de 25 000F.
La légende est née, AB ne fait déjà rien comme tout le monde et connait son premier succès en commercialisant des messes du pape sur le marché sud américain ! (3)
La singularité du parcours de JLA continue puisque c'est en attrapant une hépatite virale qu'il découvre Dorothée (sic) à la télévision. Jean-Luc Azoulay tombe sous son charme et fait d'elle une chanteuse pour enfants.
Avec son compère Claude Berda, ils deviennent les producteurs à succès des chansons puis des émissions de Dorothée sur Antenne2 puis sur TF1, alors fraichement privatisée en 1987.
Ce bref rappel est important pour deux raisons. Tout d'abord c'est une vraie success story, comme le rappelle encore le journal Marianne aujourd'hui : « Celle de deux copains qui fondent une petite société de production de disques. Et vingt ans plus tard, les voilà à la tête d'un géant de l'audiovisuel ».(4)

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David et Jonathan.

 

Mais c'est aussi un parcours qui suscite jalousie, convoitise et méfiance dans le microcosme de la télévision française, des médias et du monde politique français. En effet la privatisation de la première chaine bouleverse la vie politique de la République. Désormais, TF1 est non plus placée sous la tutelle de l'Etat mais sur celle des actionnaires, et joue un rôle politique à part entière, acteur essentiel dans le traitement de l'information, de la médiatisation de la vie politique et comme instrument au service du pouvoir.

AB s'installe donc progressivement au cœur de cet « empire TF1 », en devenant le principal fournisseur de programmes. L'entreprise AB est tellement omniprésente que les téléspectateurs finissent par ne plus la différencier de TF1.
L'atout principal de l'entreprise bicéphale est d'avoir une équipe jeune, formée au bercail. Un employé d'AB confie à la presse: « L'intelligence des patrons, c'est de donner leur chance aux jeunes, de les motiver pour les faire entrer dans le moule de la maison. Comme ça, ils n'ont pas de mauvaises surprises.»
Yves Azeroual, directeur, affirme: « Sur les CV, on a surtout regardé la rubrique hobbies ». Le culte de la réussite d'Azoulay et Berda, les deux jeunes loups du sentier qui ont réussi, est omniprésent au sein de la boîte. Le management d'AB c'est ça: « Dans la boîte, il n'y a pas de postes à pourvoir, c'est l'homme qui crée la fonction. Résultat: on ne lorgne pas le poste du voisin. Quant à la hiérarchie, elle se fait oublier. Les petits chefs n'existent pas, ceux qui se prennent trop au sérieux ne font pas long feu.»

Claude Berda alias B, le « boss », voit son influence s'accroitre. Fabien Remblier le dépeint dans son autobiographie (5) comme un patron influent, manipulateur, cigare à la bouche et accessoirement beau frère de Laurent Fabius, alors homme politique de premier plan.


Les sitcoms AB ? Responsable, mais pas coupable

« Tour à tour génie du bien, génie du mal »

Si Claude Berda garde ses distances avec l'univers des sitcoms, c'est tout le contraire du A, Jean-Luc Azoulay.
Il est le créatif. Il le dit lui même : « J’aime travailler, créer, produire ». Pour la plupart de ses collaborateurs, il est un « génie ». Corbier en parle mieux que personne : « Jean-Luc est quand même un genre de génie ! Tour à tour génie du bien, génie du mal, il doit se sentir près de Machiavel, mais bien sûr il n’en a pas … le génie ! (…) Un jour un ami m’a dit : c’est peut-être un génie ton Azoulay, mais c’est surtout un despote… C’est assez curieux car c’est une des définitions qu’il s’attribue volontiers : " Vous voyez, je suis une lumière ! J’aime être allumé, comme ce projecteur ! D’ailleurs je suis un des spots…éclairé !" Le calembour ne dissimule pas la révélation ! » (6)

Pour Fabien Remblier, JLA est aussi un génie : « A la fin des années 80, personne ne savait véritablement ce qu'était une sitcom. Il y avait eu Maggy quelques années auparavant, mais c'était à peu près tout ce que le public français connaissait des sitcom (…), il reste pour moi un génie de la télévision. J'ai une grande admiration pour le personnage, il a senti des choses avant tout le monde...»

Jean-Luc Azoulay, sous son pseudonyme Jean-François Porry, est donc un visionnaire, bourreau de travail et devient rapidement une référence incontournable dans le milieu politico-télévisuel. Il se lie ainsi d'amitié avec des personnalités puissantes, comme Édouard Balladur, alors « presque » président de la République ou le sulfureux Patrick Balkany (7)

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Patrick Balkany s'exprime : "Ce que vous appelez les pauvres, je suis désolé de vous le dire, c'est des gens qui gagnent un peu moins d'argent. Mais comme ils gagnent moins d'argent, ils ont les même logements que les autres, sauf que eux les payent moins cher. Et ils vivent très bien. Nous n'avons pas de misère en France. Il n'y a pas ce que vous appelez les pauvres. Bien sûr, il y a bien quelques sans domicile fixe qui eux ont choisi de vivre en marge de la société. Et même ceux-là, croyez moi, on s'en occupe: il y a des foyers d'accueil parce que en hiver en France aussi, il fait froid et il n'est pas question de laisser dehors les gens qui sont dans la misère donc nous leur donnons des asiles (…) on leur donne tout ce dont ils ont besoin. Mais ce sont des gens relativement rares qui ont décidé une bonne fois pour toute qu'ils étaient en marge de la société, qu'ils ne voulaient pas travailler ou qu'ils avaient été rejetés par la société."

Cette collaboration est donc fondamentale pour comprendre les sitcoms AB. Comme le résume bien un des anciens d'AB dans le reportage de Wan Hoi : « AB c'est deux lettres. A comme artiste comme Azoulay, B comme Berda, comme business. Quand on a compris, ça y est. On comprend mieux l'univers d'AB. ».

« Le Dorothée business »

Toutefois les critiques ne manquent vis-à-vis des productions d'AB. Sont visés le Club Dorothée, les sitcoms d'Azoulay et les mangas.


La croisade de Télérama durant les années 90.

On ne reviendra pas ici sur la « croisade anti-nippone » de Télérama, Catherine Tasca, Ségolène Royal et consort face aux mangas, surnommés à l'époque les « japoniaiseries » (8)
Vis-à-vis de Dorothée, Télérama est sans appel: « Faire du Sabatier ou du Foucault pour enfants n'est pas une solution ». De plus le journal des « cathos de gôche » n'hésite pas à taper sur le physique: « Dorothée c'est une sorte d'elfe à fossettes avec une voix vinaigrée
»  (Avril 1997,Télérama, n° 2484).

La critique n'est toutefois pas sans fondement lorsqu'elle vise le marketing du Club Dorothée, décrit comme du « matraquage commercial ». Le journal dénonce ainsi le « Dorothée business » et exhorte les enseignants à développer l'esprit critique de leurs élèves. (Juin 1995, Téléscope, n°104).
Pourtant, comme le rappelle à juste titre les défenseurs du Club Dorothée, ce dernier ne bénéficie jamais d'un monopole sur les programmes jeunesses dans la télévision française. Le Club Dorothée écrase justement la concurrence, par ses mangas, par la présence quotidienne de ses présentateurs charismatiques et surtout par ses sitcoms ! Sus à Maureen Dor et au service public!

« Une sorte de soap opéra »

Les sitcoms justement sont victimes de leur succès. La presse se déchaine sur les « séries préférées des enfants et des adolescents ». Télérama les surnomment les « séries cucultes ». Un grand consensus se réalise : ces sitcoms sont vulgaires, abrutissantes, voire dangereuses pour la jeunesse française.
Tout d'abord il faut rappeler ce qu'est une sitcom. Pour Bernard Minet, c'est une sorte de « soap opéra, (...) du comique de situation, la comédie se passant dans la même pièce. »

Si l'on rajoute les rires enregistrés, « l'éclairage de supermarché » selon les mots de Fabien Remblier et des apprentis comédiens, on a la recette magique des sitcoms « made in AB ». Celles-ci sont destinées tout d'abord aux enfants : c'est le succès incroyable de Salut les Musclés, véritable vaudeville surjoué par les musiciens de Dorothée. Baptisée Les Musclés suite à un accord avec un publicité Fruité (dont le slogan était « Fruité c'est plus musclé »), la sitcom connait un succès foudroyant.
Framboisier le « Casanova du pauvre », Bernard Minet chanteur attitré de Bioman, Eric et ses cassoulets, puis des jeunes adolescents comme Ptit Gus ou Justine enchainent les épisodes à la chaine. Au bout de deux ans la série se dédouble; Rémi, le bassiste et mari d'Ariane, raconte non sans perversité : « Les seins de Justine ont commencé à prendre du volume, elle devenait une jeune fille. Entouré de cinq vieux cochons comme nous, ça faisait malsain. Il a fallu la retirer de cette sitcom! Azoulay a eu l'idée de lancer une autre série avec des ados. » (9)

Cette série est Premiers Baisers, premier d'une longue série de spin-off, c'est-à-dire de séries dérivées de l'original. Ici le lien fédérateur est la présence dans chaque série d'un membre de la même famille, les Girard. Ainsi, grâce au succès de la sitcom de « Justine et ses amis », Azoulay lance Hélène (la grande sœur) dans sa propre série, Hélène et les Garçons, censée se dérouler non plus au collège mais à l'université. Le succès est plus que jamais au rendez-vous. Hélène devient une superstar, et sa chanson « Hélène, je m'appelle Hélène » devient la chanson d'une génération.


Fabien Remblier : « Hélène resta Hélène, ce que de toutes façons elle savait faire de mieux ».

« On a les Tristan et Yseult qu'on mérite »

Les sitcoms Premiers Baisers, puis le Miel et les Abeilles ou Les Filles d'à Côté surfent sur ce succès. Mais c'est Hélène qui très vite cristallise les critiques. La presse se lâche.
Tout d'abord, c'est le caractère mièvre qui est décrié. Ainsi, dans L'évènement du Jeudi, on peut lire :« C'est une sorte de comte de fées moderne : des jeunes gens vivent sans angoisse du chômage; ça doit reposer les téléspectateurs de voir des enfants qui n'ont pas de problèmes avec des parents ex-soixante-huitards, divorcés... On a les Tristan et Yseult qu'on mérite » (8 avril 1993)

C'est le même constat pour Les Lettres françaises qui critiquent le manque de réalisme des sitcoms : « Ils vont tout droit vers la réussite individuelle dans un monde sans guerre, sans parents emmerdeurs, sans drogue, sans sida, sans chômeurs, sans immigrés, sans profs, sans extérieurs, sans banlieue, sans voyages, sans avenir » (Septembre 1993)

Et Les Clés de l'actualité de tenter une prophétie (comme quoi, il vaut mieux rester dans l'analyse de l'actualité) :
« Dans quelques années, on mesurera l'étendu des dégâts provoqués par la série Hélène et les garçons ; Que ne ferait-on pas pour oublier misère, chômage et sida aux jeunes générations ». (3 Février 1994)
Un constat vient immédiatement : la presse du début des années 90 tient à ce que les enfants puissent parler du sida dans la cour de récréation.

« De Dany à Cricri, la régression ».

Le deuxième aspect de la critique des sitcoms tient en la dénonciation d'un projet ouvertement réactionnaire présent dans l'œuvre de Jean-Luc Azoulay. C'est ici la manifestation de la peur de voir TF1 et ses valeurs « de droite » corrompre les petits français.

Serge Halimi, aujourd'hui rédacteur en chef du Monde Diplomatique, s'est livré à la dénonciation des sitcoms comme nouvel aspect de la décadence intellectuelle de la France dans un article nommé «Séries télévisées et bonheur conforme ». Dans ce brûlot, il affirme que « les séries pour adolescents fonctionnent comme autant d'instruments d'une gigantesque régression culturelle. Rapports hommes-femmes, la ségrégation est de mise et les échanges sont d'une consternante pauvreté : chambres séparées, rencontres qui ne tournent qu'autour de l'amour, rôles traditionnels revendiqués jusqu'à la caricature... Servie par un amoncellement de clichés, l'idéologie de ces programmes est d'une grande transparence; l'alcool mène à la violence, on revient drogué d'Amsterdam, la fidélité est garante de bonheur, l'Amérique est un pays de cocagne.... les héros d'Hélène et les garçons marchent à grands pas vers toutes les normalisations de l'âge adulte, mais avec une imagination lobotomisée. » (aout 1993)

C'est dans ce sens que Globe Hebdo titre un de ses articles : «De Dany à Cricri, la régression».
Le journaliste constate alors sans rire : « Le feuilleton quotidien de TF1 tend à nier vingt cinq ans de réussite des libertés acquises en Mai 68, ce considérable acquis social (…) Tout comme Dallas fit croire aux Albanais que l'Occident c'était les filles et les bagnoles, Hélène fait croire aux recalés de la réussite scolaire que l'université ce sont les filles (ou les garçons) et la cafétéria. Le retour à la séparation de sexes, seul message (mais matraqué) d'Hélène et les garçons, ne tient pas debout, dans le monde d'aujourd'hui. Les « filles » du feuilleton n'iraient évidemment pas contester un poste de travail à un des « garçons » ni imposer à « travail égal, salaire égal. »
(19 Mai 1993)
C'est Hélène, la « fille comme les autres », qui va finalement devenir la figure de la femme des sitcoms AB, soumise et plate.

« Les Interdits d'Hélène »

Enfin, c'est l'absence supposé de sexe dans les sitcoms qui est constamment critiqué dans les médias. Charlie Hebdo va jusqu'à créer « Les Interdits d'Hélène », une série de bande dessinée sur l'héroïne de la série, qui la montre enceinte d'un sixième enfant et qui confie : « Et je ne sais toujours pas dans quel sens on tourne la langue pour rouler une pelle » (12 mai 1993)

Ainsi les sitcoms AB sont analysées comme un reflet des dérives d'une jeunesse qui s'est détournée des engagements politiques et des acquis de la libération des mœurs. Le journal Libération ira même jusqu'à intituler un article sur les manifestations étudiantes de novembre 1993 : « Ce n'est pas Hélène et les garçons » (16 novembre 1993)

Que penser de tout ça aujourd'hui ? Les sitcoms tournent en boucle sur la TNT et AB1, à la fois cultes et ringardes. Mais dix ans de télé-réalité sont passés par là et les sitcoms AB paraissent bien inoffensives aujourd'hui.
La sitcomologie présente l'avantage de connaître réellement les sitcoms. Le problème majeur de toutes ces critiques adressées aux séries de JLA reste qu'elles proviennent de personnes qui ne les regardent pas et qui de facto ne les comprennent pas.

On retiendra d'abord les critiques qui semblent restées pertinentes. En effet, on suivra volontiers la sociologue Dominique Pasquier lorsqu'elle décrit les sitcoms AB comme une « image conservatrice et déréalisé des rôles sexuels, qui fige les représentations de la femme dans des lieux conventionnels (la salle de gym pour le corps, la chambre pour le bavardage sentimental) et qui sert un projet conjugal traditionnel. » (10)


La figure de la garce dans les sitcoms AB : un classique des fantasmes sadomasochistes de JLA. Ici Ingrid Chauvin martyrise les garçons des Années Fac.

Le clivage des sexes est d'autant plus choquant que les chambres universitaires ont un règlement qui apparait bien anachronique par rapport à une société post-68 : les garçons n'ont effectivement pas le droit d'entrer dans les chambres (au demeurant bien plus grandes et plus classes que de vraies chambres du Crous) des filles (et vice et versa). On assiste ainsi à des scènes surréalistes : les personnages sont obligés de passer par les fenêtres, risquant parfois leur vie, pour voir les membres du sexe opposé! A la fois comique de situation et retour à un avant-68, cette idée de JLA lui attire tout un ensemble de critiques. Pourtant, faut-il le rappeler, Azoulay est lui même un ex soixante-huitard !

« Vive le peuple souverain ! »

Pour mieux comprendre la personnalité de Jean-Luc Azoulay, il faut s'intéresser au personnage de Monsieur Girard dans Premiers Baisers, formidablement incarné par le comédien Bruno Le Millin, un ancien de la Classe de Fabrice. Père de Justine et d'Hélène, scénariste d'une mystérieuse série nommée « Amour Toujours », il est une sorte de porte-parole de JLA.


Monsieur Girard et un canard.

C'est ainsi que dans l'épisode Violences (11), il explique à Annette qu'il a « fait » Mai 68. On y apprend qu'il est l'auteur de slogan tels que « Demain, c'est aujourd'hui », « Derrière les barreaux, le ciel » ou encore « Vive le peuple souverain ! », ce qui ne fait pas manquer de rire sa femme, Madame Girard (et le téléspectateur un tant soit peu éclairé par la même occasion).

Dans ces épisodes de Premiers Baisers, JLA explique discrètement « son » Mai 68, dont il fait un bilan positif, tant pour l'éducation (« même si elle est très critiquée actuellement ») que pour le combat féministe:
« on est quand même un peu à l'origine de l'émancipation de la femme ».
JLA raconte enfin qu'après les grèves de Mai-Juin, il s'est tellement ennuyé qu'il a commencé à écrire. Sans Mai 68 pas de sitcoms AB ? Quelle ironie ! Toutefois, quand on lui demande aujourd'hui si Monsieur Girard était en fait maoïste, il nous répond :
« là c'est surtout pour rire » (12)

Oui car JLA est surtout là pour se marrer. Tous ses collègues l'affirment : c'est un enfant dans sa tête. Ses sitcoms sont faites pour les jeunes. Fabien Remblier explique : « Par rapport aux autres séries sorties à la même époque comme Seconde B qui était beaucoup plus ancrée dans la réalité, les gens quand ils rentraient chez eux n'avaient pas envie de retourner dans la réalité. Nous on vivait dans un monde qui était rose et bleu, avec des musiques un peu douces, mièvres et avec des histoires qui finalement...ben il se passait rien ».
JLA n'a tout simplement pas envie d'ennuyer les gens avec la triste réalité. C'est ça que la presse n'a pas compris.

« Camer Hélène jusqu'à l'os »


La dichotomie entre une presse « intello » et les productions d'AB « populaires » ne fait que s'amplifier. JLA répond de plusieurs façons.
Tout d'abord, l'argument unique et majeur, c'est le public : « l'important c'est le public ». Le frondeur Fabien Remblier ne dit pas autre chose dans son autobiographie, quitte à confondre parfois succès populaire et qualité des programmes.

Mais la vraie riposte est ailleurs. En 1993, dans une chanson que JLA écrit pour les Musclés, on peut entendre:
« Les gens qui en savent plus / Parc' qu'ils ont Canal Plus / Ceux qui croient que Libé / Ne peut pas se tromper / Qui s' font leur cinéma / Avec Télérama / Ces gens là / Ces gens là sont des... »

Et face aux critiques incessantes d'Hélène et les Garçons, JLA finit par réagir, mais à sa façon. Patrick Puydebat, alias Nicolas, s'en amuse encore aujourd'hui : « On reprochait souvent à JLA de ne pas profiter de ce support , de ce succès pour alerter les jeunes sur les sujets de société, comme la drogue ou le préservatif, ou quelque chose comme ça. Et tout ce qu'il a trouvé à faire c'est de camer Hélène jusqu'à l'os. Et évidemment ça a été censuré. Hélène jouant à la cocaïnomane dans un studio sombre. Ça c'était trop trash. Je crois qu'il a fait exprès, il ne voulait pas sortir de son univers et quand on l'a attaqué pour traiter ce genre de sujet il a fait "vous en voulez vous en aurez" »

JLA enfonce le clou à la fin de la série, lors d'un épisode final où l'on voit les garçons munis de battes de baseball s'attaquer à un groupe de musiciens rivaux, pour venger un viol. Il va sans dire que ces épisodes ont été censuré et n'ont pu être vu que quelques années plus tard, sur AB1.

« les vrais problèmes des jeunes »

Enfin, à la fin des Années Fac, JLA exprime son désarroi face aux critiques qu'il subit depuis une décennie, toujours par le biais de Monsieur Girard. Son producteur, Monsieur Berdoulay (encore un jeu de mots qu'affectionne JLA, contraction de Berda et Azoulay), lui affirme ainsi que sa série « Amour Toujours » est « ringarde, démodée, qui ne parle que d'amour et qui ne parle pas des vrais problèmes des jeunes ».

Monsieur Girard cherche alors ce que sont « les vrais problèmes des jeunes ». Finalement il en arrive à une seule conclusion : « le plus important c'est l'amour, parce que si vos parents ne s'étaient pas rencontrés et ne s'étaient pas aimés, vous n'existeriez pas ». Simple et limpide comme du Azoulay...

On notera que Monsieur Girard finit par traiter les critiques de « journaleux prétentieux », en les comparant à des « sales roquets, dont une simple blessure peut vous tuer, car comme disait Paul Valéry, il suffit qu'ils aient la rage. » Il s'amuse même à les faire danser sur du rockabilly pour prouver qu'il « connait les jeunes ». L'humour de JLA est sans limite.

On le voit, les sitcoms AB ne sont pas « cucultes » comme on a bien voulu le (faire) croire. Le sexe est présent depuis le début, mais il est toujours sous-entendu par des plans suggestifs ou par les incessantes réflexions sur les préservatifs, « qu'il faut toujours utiliser lors d'une relation ». Dans toutes les sitcoms AB, ainsi que par l'intermédiaire du Club Dorothée, JLA a toujours tenu à lutter contre le sida, quoiqu'en dise les médias, en martelant ce message préventif.

« une sorte de club échangiste »

On le voit, cet univers entièrement imaginé par Azoulay gêne beaucoup d'adultes, consternés de voir leurs enfants suivre avec passion les aventures des héros des sitcoms AB.
Dominique Pasquier a très bien montré que le public était constitué majoritairement de jeunes filles, souvent provinciales et dans des classes sociales diverses mais plutôt populaires. Toutefois le public était très large et les jeunes garçons ne pouvaient dans la plupart des cas se vanter de regarder les sitcoms AB, car trop sentimentales : « ce sont des histoires de filles ». Il fallait alors regarder en cachette ou chez les grands-parents.
De plus, la sociologue a montré que contrairement aux idées reçues, le rapport entretenu par les enfants vis-à-vis des sitcoms était loin d'être aliénant, mais davantage une possibilité de discussion, tant avec les parents que les autres enfants.
Les sitcoms AB n'ont jamais abruti qui que ce soit, pas plus qu'un autre programme de télévision en tout cas.

Puis les sitcoms AB ont grandi en même temps que les enfants. Il suffit de voir le passage de Premiers Baisers aux Années Fac. Cette dernière est en fait une sorte de club échangiste dans lequel tout le monde couche avec tout le monde, loin des petits bisous sur la bouche des débuts de la série.

Dans Hélène et les Garçons, le « Cricri d'amour » est expulsé de la bande pour toxicomanie, après avoir brutalisé ses gentils camarades.

La sitcom du Miel et les Abeilles est rythmée par un flot continu de sous entendu sexuels, tout comme les Filles d'à côté, sitcom qui a en plus réussi à capter l'audience de la ménagère de moins de cinquante ans.


Dans les sitcoms AB, on préfère surtout baiser en fait.

La question de l'homosexualité n'est par contre jamais prise au sérieux. Dans la continuité de la « Cage aux folles», les « pd » sont tous des folles. Seule la sitcom les Années Bleues a réussi à traiter le sujet avec (un peu) de finesse. (13)

«Bonheur City, le phalanstère de Charles Fourier ? »

Et les questions de sociétés dans les sitcoms AB ? Il est difficile de les associer au monde qu'invente Azoulay : Bonheur City. Chanson interprétée par Dorothée, elle résume finalement bien ce que JLA veut faire de son univers :

A bonheur city, à bonheur city
Il y a des gens qui chantent et qui rient.
A bonheur city, à bonheur city
Sous le soleil, jamais sous la pluie.
A bonheur city, à bonheur city
Tout le monde a le coeur rempli de joie.
A bonheur city, à bonheur city
Être amoureux est presque une loi.

Il y a des filles et des garçons qui dès le petit jour ont le cœur rempli de chansons d'amour.
Partout on les voit échanger des millions de baisers et ils se jurent de s'aimer pour l'éternité.

A bonheur city, à bonheur city
Tous les arbres sont couverts de fleurs
A bonheur city, à bonheur city
Et les oiseaux chantent le bonheur.

On ne sait pas ce que veut dire avoir le cœur brisé, on a oublié les soupirs, les regrets.
On passe sa vie à être heureux comme tous les amoureux et on ne devient jamais vieux dans le ciel bleu.

A bonheur city, à bonheur city
Il y a des gens qui chantent et qui rient.
A bonheur city, à bonheur city
Sous le soleil, jamais sous la pluie.
A bonheur city, à bonheur city
Tout le monde a le coeur rempli de joie.
A bonheur city, à bonheur city
Être amoureux est presque une loi.

Si tu veux un jour toi aussi connaître ce pays, donne moi la main, embrasse moi et suis moi.
On se retrouvera tous les deux comme tous les amoureux, on aura plus sous le ciel bleu qu'à être heureux.

A bonheur city, à bonheur city
Il y a des gens qui chantent et qui rient.
A bonheur city, à bonheur city
Sous le soleil, jamais sous la pluie.
A bonheur city, à bonheur city
Tout le monde a le cœur rempli de joie
(14)

« Bonheur City » on le voit, est une sorte d'Utopia à la sauce AB production. Le phalanstère de Charles Fourier régénéré
(15). Comme dans le projet de ces socialistes utopistes, c'est l'amour qui est vu comme le ciment de la communauté. Mais est-ce vraiment la communauté parfaite ? Et la lutte des classes dans Bonheur City ?

On ne parle pas vraiment de politique, du moins pas directement. Même les étudiants ne sont pas syndiqués ! Toutefois quelques épisodes de Premiers Baisers parlent des grèves lycéennes, dans lesquelles Annette s'engage à fond. Au même moment ont lieu en France les grandes grèves de 1995. Mais plus que des revendications sociales, on s'intéresse ici aux casseurs et aux « barricades » (sic).
L'engagement des jeunes de Premiers Baisers est par contre de courte durée et on n'entend guère plus parler de politique dans cette sitcom. Pourtant Virginie Désarnauts avait eu cette magnifique réplique :« Il faut bien que ça nous intéresse, et puis les adultes de demain, c'est nous ».


Dans les Années Bleues, faire de la politique se résume à tenir un bon buffet.
« Il reste du saucisson à l'ail ? »


Finalement seul le personnage d'Isabelle dans Premiers Baisers a une vraie conscience de classe. Elle s'amuse en effet de sa haute condition sociale et affirme à de multiples reprises à ses camarades de classes: « Nous ne sommes pas du même monde ». C'est pourquoi Annette, auxquels les jeunes téléspectateurs peuvent s'identifier, apprend par la voix de Monsieur Girard qu'il n'y a pas plusieurs mondes, mais que « tous les mondes sont pareils », et qu'il faut « tolérer l'intolérance des autres ».

 

 

C'est tout une philosophie humaniste qui se dégage des propos de Monsieur Girard. C'est un homme qui a ses valeurs, qui prêche la tolérance et offre à chaque occasion son toit ou un bon repas.. Toujours très centriste dans ses positions, sa phrase préférée restant: « c'est délicat comme question », il croit en la force du marché tout en constatant son lot d'injustices. C'est pourquoi, quand par exemple une des Jumelles risque le renvoi par Monsieur Alfredo ( le patron de la cafète) il constate: « Ah oui, mais c'est la dure loi des affaires ça ».


La question du travail dans AB est peu abordée, mais quand on tombe dans la précarité, on va décharger des cageots toute la nuit.

« No kongas in rock'n'roll »

Autre exemple, la question du racisme dans AB. Est-elle inexistante ? Le fait qu'il n'y ait pas de « maghrébins » a fait jaser. Fabien Remblier parle lui de « pur hasard ».

Seul Momo (16), de l'obscure sitcom l'Ecole des Passions, essaye de représenter la « banlieue, le hip hop, tout ça quoi », faisant contre-poids aux héros d'une bourgeoise école de théâtre. Les noirs quant à eux sont représentés la plupart du temps en marabou. Seul un rôle « normal » a échu à un noir, dans la série L'un contre l'autre (que personne n'a vu à l'époque).

Dans Hélène et les Garçons, il est fait référence à un possible racisme du fameux « Cricri d'Amour », envers Kanu, un jeune musicien noir nord-américain ami de Johanna, qui débarque avec ses kongas.
Cricri ne veut pas de lui dans le groupe de rock, officiellement pour une raison musicale : « No kongas in rock'n'roll... rock'n'roll no kongas, ok?». Mais lorsque Cricri affirme que « Ces gens là [les noirs], ça passe leur temps à chanter et à danser », son ami José s'énerve et lui affirme qu'il sous-entend ainsi clairement que « Kanu descendrait de son cocotier ». Cricri prend alors son habituelle posture : « Quoi, moi raciste ? Retire immédiatement ce que tu viens de dire José ».
Finalement tout se termine bien, la thèse officielle pour expliquer les propos de Cricri reste qu'il est tout simplement jaloux de Kanu vis-à-vis de Johanna. Ouf.

L'autre grand moment de bravoure est surement celui de l'épisode « Vol à la MJC » de la série de 2be3 Pour Être Libre. Dans cet épisode, tout accuse Adel, d'origine tunisienne, d'avoir volé l'ordinateur. Mais après un concours de circonstances comme seuls les scénaristes des sitcoms AB peuvent l'imaginer, Adel est lavé de toutes les accusations et tout finit bien. Ouf.

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Un Yougoslave, un Tunisien, un Germain, la MJC de Longjumeau et des « chorés » en béton. Sans aucun doute la sitcom la plus sociale d'AB.

« anarchiste, révolutionnaire de surcroît »

Peut-on au final parler d'une régression sociale avec les sitcoms AB ? Oui et non. L'esprit de Mai 68 est présent. JLA est resté dans « ses » années 60. Si il ne fait jamais clairement référence à l'avortement, il montre par contre des femmes indépendantes, comme Madame Girard, qui est une femme active, possédant un travail plus important que celui de son mari, portant des mini-jupes...etc.


Madame Girard, la femme accomplie.

Dans la Philo Selon Philippe, le héros, professeur agrégé de philosophie, est probablement le plus représentatif de cet esprit post-soixante-huitard. Considéré comme un « anarchiste, révolutionnaire de surcroît » par sa hiérarchie, il cherche à enseigner par la pédagogie et le dialogue avec ses élèves (avec une insolente réussite, mais les téléspectateurs avertis douteront de sa capacité à préparer ses élèves au bac).


Phil le prof de philo : absence d'autorité, démagogie : les tares de « la pensée 68 » ?

Azoulay est donc à la fois réactionnaire et libertaire. Le terme de libéral-libertaire (17) colle très bien au personnage. C'est sa capacité à jouer avec les modes, à créer les modes, à rire de sa propre image qui font de lui un auteur inclassable. C'est celui qui est capable de faire dire à ses personnages de sitcom « qu'il ne faut jamais croire ce qu'on dit à la télé » ou bien que « quand on est jeune, on a d'autres choses à faire que regarder la télévision ! »
Patricia Bitschnau, une des scénaristes des sitcoms AB, nous dit de lui : « Oui il est comme ça... il l'a toujours été. Il est de confession juive, il épouse une catho... il va toujours où on ne l'attend pas et se fiche de l'opinion des gens ! »


C'est ça la dialectique azouléenne : les sitcoms AB ont préparé les masses.

« Un marchand de merguez »

AB production est ainsi dans les années 90 un « empire dans l'empire TF1 ». Beaucoup d'hommes politiques, de gauche ou de droite, ont des liens avec AB devenue au fil des ans une véritable « industrie télévisuelle ». Claude Berda se définit lui comme un « marchand de merguez » mais se vante toutefois de « proposer une nouvelle façon de faire la télé ».

En effet AB s'installe en plein alors en pleine banlieue, dans la plaine Saint-Denis, « proche des mauvais quartiers » comme le rappelle Daniel Picouly, écrivain et ami de Claude Berda.
L'écrivain affirme que « tout le monde là-bas doit tout à Claude Berda ». Il s'étonne même qu'il n'y ait pas encore « d'allée Claude Berda ». Il est vrai que l'idée de s'installer dans ce quartier peu glamour, rappelle un ancien comédien, « était comparable à l'enfer; c'était un endroit très mal fréquenté. On ne sortait jamais du studio et, quand on partait le soir, on fermait bien les portes des bagnoles et on ne trainait pas trop... c'était bien craignos. Certains se sont même fait agresser dans le métro en rentrant ».

Claude Bartolone, député socialiste tendance fabusien et ami (lui aussi) de Claude Berda, admire lui aussi l'audace et la réussite d'AB dans sa circonscription :« Il fallait le faire, il y en aurait beaucoup qui auraient regardé le bénéfice à la petite semaine, qui auraient empoché, qui auraient vécu peut être d'une manière très luxurieuse (sic) mais qui n'auraient jamais bâti cet outil industriel »

 

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Lui aussi est responsable mais pas coupable.

L'entreprise AB est donc considérée à juste titre comme une industrie vitale pour l'économie française, notamment en termes d'infrastructures et d'emplois. Berda lui-même insiste sur ce point : « Il a été investi entre 160 et 200 millions de francs dans l'immobilier, les studios, les moyens techniques (…), on a été beaucoup plus dynamique dans l'investissement dans les moyens techniques que les chefs d'entreprise normaux dans ce métier ».

« règlement de compte industriel »

L'histoire de la cassure entre TF1 et AB, tout le monde la connait maintenant. On parle de « règlement de compte industriel ». AB est « mort par trop d'ambitions », celle d'AB Sat, pour devenir enfin diffuseur et concurrencer à la fois Canal et TPS.


Étienne Mougeotte de TF1, aujourd'hui éditorialiste au Figaro.

Berda admet aujourd'hui : « La logique de Patrick Le Lay (18) est compréhensible. Je deviens un concurrent. Il va pas nourrir en son sein un serpent, si je veux paraphraser, à mon détriment (sic), les classiques français. »
Les conséquences sont terribles pour l'entreprise: « la page la plus noire de l'histoire d'AB » selon Berda.
En effet l'entreprise doit pour la première affronter une crise interne qui rompt avec le succès jusque là quasi ininterrompu. Berda se rappelle avec une pointe d'émotion et une pincée de mégalomanie: « Ya rien de pire pour un chef d'entreprise, enfin un chef d'entreprise comme moi, que d'avoir à licencier un collaborateur, un employé qui n'a pas démérité (…), et il faut vous dire que moi j'étais peut être (sic) le parrain de plus d'une trentaine d'enfants dont j'étais obligé de licencier le père ou la mère. C'est un moment épouvantable, le plus épouvantable pour un chef d'entreprise. »

 

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T'es virée!

C'est véritablement la fin d'une époque, TF1 a écrasé son rival. De plus, c'est aussi le monde d'Azoulay qui vole en éclat : "Ils ont supprimé le Club Dorothée et les sitcoms. Mais ça c'était le risque de fonder AB Sat (…); on a fait un plan social, puisqu'il n'y avait plus d'émission. Et ça a été assez douloureux parce que c'était tous des amis, des gens qu'on aimait bien"

Pourtant, passée la tristesse, c'est l'heure des grands procès qui vient. L'édifice AB montre clairement ses limites. Avec les acteurs commencent une bataille juridique qui n'est pas encore terminée aujourd'hui.
Pour Fabien Remblier, le « procès AB est un emblème de la lutte contre les droits des intermittents de la part des producteurs. La voie sur laquelle nous étions engagés était dangereuse pour toute la profession (…), Quand un producteur employait un salarié à temps plein en tant qu'intermittent pendant plusieurs mois, il pouvait très bien le mettre à la porte sans la moindre rémunération. Beaucoup de sociétés employaient donc des gens sous le régime des intermittents alors qu'ils ne l'étaient pas et de ce fait illégal. Il y a eu d'autres procès de ce genre, mais nous avons été les seuls à aller jusqu'en Cassation. Notre arrêt fait aujourd'hui office de jurisprudence et est beaucoup utilisé dans les métiers de la production. »

Bonheur City paraît ainsi bien loin. Beaucoup de comédiens « made in AB » ne s'étaient pas préparés à un « après AB ». Chômage, fisc, procès... voilà ce qui a attendu les anciens d'AB. Il y a eu de plus une cassure entre ceux qui n'ont pas quitté la « cour de JLA » et les autres en procès ouvert, notamment pour toucher des dividendes sur les rediffusions de sitcoms qui ont des audiences très honorables sur le Satellite et maintenant la TNT.

Toutefois, Jean-Luc Azoulay a de la ressource et fonde JLA Productions, qui continue l'aventure jusqu'à aujourd'hui avec IDF1, sorte de télévision « post-Club Doiste. » où l'on retrouve l'esprit et une partie de l'équipe qui a fait partie de l'aventure. JLA s'emploie aussi à recaser « ses » comédiens. Par exemple Anthony Dupray est entré dans l'équipe de Navarro et Patrick Puydebat est devenu le présentateur vedette d'IDF1.

Quant à Berda, il pèse toujours très lourd dans l'audiovisuel français, notamment grâce à la TNT.


Mais en quelle année sommes-nous en fait ?!

 


1- L'Utopie, fac-similé du texte latin de l'éd de Bâle de 1518, traduction, présentation et commentaires par André Prévost, Mame 1978 :"
2- http://www.lepoint.fr/actualites-medias/2007-06-29/medias-chat-avec-jean-luc-azoulay/1253/0/190396
3- La Télé par AB, Reportage par Isabelle Wan Hoi en 2006.
4- http://m.marianne2.fr/index.php?action=article&numero=164684
5- REMBLIER Fabien, Les Années Sitcom, Médiacom, Paris, 2006.
6- http://www.francoiscorbier.com/spip/-rubrique3-
7- Il y a encore peu, le Canard Enchainé racontait cette brève : "Après la mise en application de la dernière grille des programmes, Balkany, député-maire de Levallois Perret et grand ami de Sarkozy, a écrit à Carolis pour lui faire part de ses interrogations et demander des éclaircissements sur le devenir des producteurs indépendants français de fiction;
Il s'inquiétait en premier lieu de l'avenir d'un proche, Jean Luc Azoulay, pdg de JLA Holding qui produit entre autres Navarro, Quai n°1, L'instit,...
Il est à signaler que le fils Balkany possède une société Kawa productions qui fait partie du groupe Azoulay!"

8- http://clubdo.free.fr/logos.htm Excellent site dans lequel nous avons puisé de nombreuses informations.
9- La vérité sur les séries AB : Sexe, drogue et Dorothée : DOSSIER FHM MAI 2008
10- PASQUIER Dominique, La culture des sentiments. L'expérience télévisuelle des adolescents, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1999.
11-Pour en savoir plus sur cet épisode : Episode n°215 - Violences
12-Patricia Bitschnau nous confie "oui JLA a bien fait mai 68, mais il n'était pas sur les barricades. Moi je ne suis plus d'aucune couleur politique (...), ex hippie... mais le coeur y est, oui !"
AB est donc finalement un repère de yuppies !
13- Les Années Bleues :
Episode n°8 - Toute la vérité
Episode n°6 - Tony Et Roro
14-Bonheur City, le clip www.dailymotion.com/video/x4inf5_clip-do-bonheur-city-1995_music
15-Le phalentsère de Fourier : "Les phalanstères composent plusieurs phalanges, qui toutes réunies en une fédération mondiale donnent l'Harmonie. Cette société parfaite est le produit d'un calcul mathématique, et non pas de la lutte des classes. Dans chaque phalanstère, il ne peut y avoir qu'un nombre fixe et limité d'habitants, à savoir 1600, avec un savant équilibre des passions, de manière à pouvoir arriver à une société « chimiquement » parfaite.
Les douze types de passions différentes et leur combinaison mathématique donnent la base du phalanstère. Ce nouveau système est donc fondé sur les sentiments.
Fourier imagine une société où le travail peut être agréable et adapté à chaque individu. Tout est réglé au préalable, jusqu'à la façon de s'habiller. La polygamie est étendue à tous, l'orgie est organisée. Tout cela pour aboutir à un renouveau du céladonisme, nouvelle variété de chasteté.
Le premier phalanstère est fondé par Nicolas Ledoux à Condé-sur-Vesgne, non loin de Rambouillet (Seine-et-Oise), en 1832. C'est un échec".

16-Pour en savoir plus sur Momo : Rody Benghezala le rappeur d'AB
17-CLOUSCARD Michel, Néo-fascisme et idéologie du désir, 1973. Réédition : Le Castor Astral, 1999
18-Patrick Le Lay, le fameux vendeur de temps de cerveau disponible: www.acrimed.org/article1688.html

Par Les sitcomologues - Publié dans : Article - Communauté : Sitcom AB
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 00:39

« Quelque part sur le chemin je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout quoi; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »
Jacques Kerouac, Sur la route


Prendre la route avec Anthony Dupray.
Une biographie


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Le Havre.


Pour la « génération AB » (1), Anthony Dupray reste une figure marquante des années sitcoms. L'interprète du tube « Autour de toi Hélène » est à la fois le modèle-type du « produit made in AB », mais aussi une forte personnalité. Si on ajoute sa carrière de comédien de Premiers Baisers aux Années Bleues, Anthony Dupray a connu un succès indéniable au cours des années 90.


Anthony et la K7 : « Il a envoyé une cassette contenant la chanson Autour de toi Hélène et son rêve s'est réalisé : il va enregistrer son premier disque »


Voilà comment est introduit Anthony Dupray auprès du grand public. Il est propulsé dans « l'univers AB », présenté comme un simple fan des émissions du Club Do qui aurait « tenté sa chance » et envoyé une démo d'une chanson dédiée à Hélène Rolles, l'héroïne de la célèbre sitcom (presque) éponyme.
Aujourd'hui on sait que cette histoire est fausse. Fabien Remblier (Jérôme de Premiers Baisers) dans son autobiographie Les Années Sitcom (2) s'en amuse encore aujourd'hui :« Anthony avait quitté Le Havre et son désœuvrement (sic) pour monter sur Paris et tenter sa chance en passant des castings. »


Anthony Dupray est souvent visible en tant que figurant, que ce soit dans le Miel & les Abeilles ou ici dans Premiers Baisers.

Jean-Luc Azoulay et sa théorie du succès...

C'est Ariane Carletti, la compère de Dorothée et accessoirement atroce chanteuse du générique de Dragon Ball, qui a en fait repéré Anthony; Fabien Remblier se souvient : « Ariane devint une habituée de notre plateau sans qu'aucun de nous ne s'en aperçoive vraiment ».

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Aujourd'hui, elle est bouddhiste et social-démocrate.

C'est ainsi qu'elle finit par imposer avec son mari Rémy (des Musclés) le dénommé Christophe Dupray (3), qui ne s'appelait pas encore Anthony, à Jean-Luc Azoulay. Ce dernier invente cette fameuse histoire de K7, selon sa propre théorie : « tant que le public peut croire que nous lui sommes accessible, le succès sera au rendez-vous ».

« Une nouvelle star »

Cette idée de génie (et accessoirement d'un cynisme absolu) fait d' Anthony Dupray la nouvelle icône du public du Club Dorothée, une sorte de « nouvelle star » avant l'heure. « Autour de toi Hélène », écrite par Ariane (4), est un succès commercial. Le « mythe AB » se matérialise, car comme Anthony le prouve, « tout est possible ».
C'est une chanson onaniste, dans laquelle chaque téléspectateur de TF1 peut se reconnaître et trouver ses propres fantasmes sexuels et de gloire :
« Chaque jour tu [Hélène] viens chez moi. Et tu, ne le sais pas. Oui je tremble devant toi, et tu ne me vois pas. J'aimerais pouvoir te dire, tous mes rêves, tous mes soupirs, mais toi, tu les vis dans d'autres bras... je n'ai qu'une chanson pour te dire que je t'aime (…), chaque nuit, je te revois, tu n'appartiens qu'à moi. Je te fais, redire ses mots, qui n'étaient pas pour moi Et j'écris un scénario, dont je deviens le héros. Et que tu ne vis qu'entre mes bras ».(5)
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Une tronche 90's

Aujourd'hui Anthony Dupray ignore ostensiblement cette histoire de K7 dans sa « bio » visible sur son site internet : « Je suis arrivé à Paris en 1992 et j'ai commencé mes premiers castings de pub. Le premier a été le bon, puisqu'Etienne Chatilliez m' a retenu pour tourner sa pub. Je faisais encore les allers retours entre le Havre et Paris quand j'ai participé à quelques figurations et tournages d'autres pubs. C'est en 1993 que j'ai donné mes premières répliques dans des séries télévisées et en 1994 dans Premiers Baisers »


Anthony et Premiers Baisers
: « La première fois que je suis arrivé, c'était en parachute. »

Surfant sur la vague du succès, Ariane et Rémy réussissent le tour de force de faire intégrer leur « poulain » (6) à Jean-Luc Azoulay dans sa sitcom fétiche Premiers Baisers. Il joue le rôle d'Anthony, un nouvel élève qui vient du Havre et qui fait du parachutisme. Anthony en parle aujourd'hui avec le sourire : « J'avais un peu étudié la comédie avant, au Havre, dans une petite école de théâtre amateur. Je connaissais un peu les classiques. J'y ai appris les bases et j'ai fait mes classes chez AB (...) La première fois que je suis arrivé, c'était en parachute. Je tombais dans une cafétéria (sic). Déjà on sentait le côté un peu cascadeur. ». (7)
Anthony n'est donc pas encore comédien et cela se ressent. Il apparait vite timoré, stressé, loin du personnage qu'il incarnera dans les Années Fac. Mais ce n'est pas un soucis dans une sitcom AB où la règle instaurée est la suivante : « le public doit trouver les protagonistes de séries suffisamment mauvais afin de s'imaginer que n'importe qui pourrait être à leur place. Le but étant de créer une émulation » (8)

« ...il ne pourrait jamais oublier ce que Christophe lui avait fait subir »

Le niveau d'Anthony Dupray cadre donc parfaitement avec les théories de JLA. Néanmoins le décalage est flagrant entre Anthony et le reste de l'équipe de Premiers Baisers, qui elle est rôdée depuis deux ans au rythme intense du tournage d'une sitcom.
De plus, Anthony va très vite apparaître comme un rival pour Christophe Rippert. Fabien Remblier nous raconte ce fait peu connu : « Lorsque Christophe apprit qu'Anthony serait présent avant lui, lors de la première partie du concert d'Hélène, cela le mit dans une rage folle, et il décida de faire tout son possible pour évincer le nouveau qui mettait son règne en péril ».


« Anthony à Bercy : il s'est coupé lui même les manches de son tee shirt pour être plus rock'n'roll. »

Christophe Rippert est en effet devenu dès 1992 le chanteur « maison » grâce à son tube « Un Amour de vacances » qui a gagné le cœur de toute une génération de jeunes filles. L'arrivée d'Anthony change la donne et menace ses « parts de marché ».

« J'arrive et je chamboule tout »

Une vraie guerre est alors déclarée dans les coulisses. Fabien Remblier confie: « Anthony m'avoua beaucoup plus tard, alors que sa relation avec Christophe Rippert était devenue très bonne, qu'il ne pourrait jamais oublier ce que Christophe lui avait fait subir lors de cette tournée. Je n'en sus jamais plus. »
Toujours prompt à utiliser la vraie vie de ses acteurs dans ses sitcoms, JLA se sert de cette rivalité pour quelques épisodes de Premiers Baisers. Ainsi on peut voir Anthony séduire la fiancée de Luc, Virginie, qui entraine une bagarre dans laquelle Christophe donne un coup de poing dans le ventre de son rival. Anthony constate alors : « J'arrive et je chamboule tout ».


Anthony Dupray dans Premiers Baisers, avec une cuillère.

Il doit en effet au départ servir les dessins d'Annette, qui veut faire de lui le nouveau fiancé de Géraldine, afin que Jérôme reste le petit ami de Justine (9). Mais les plans d'Annette échouent et Anthony sème rapidement la pagaille. Finalement tout se termine bien, Christophe retrouve sa fiancée (et sort un nouvel album), et Anthony se fond dans la série. Fabien Remblier, pas toujours tendre avec le bonhomme, admet: « il s'est intégré par son humour et sa décontraction ».

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Anthony était le petit ami officiel des Jumelles avec un certain Jérôme Fuselier. Dur dur.

Anthony et la musique : « c'est comme dans un rêve »

Un peu moins d'un an après le succès de son single, Anthony Dupray sort son premier album, intitulé sobrement « Rêves » . Dans une interview d'époque, il raconte la genèse du disque: « Un an de bonheur. Ça fait un an que je fais ce que j'aime. Il n'y a que du plaisir. Plaisir de chanter, d'aller chez Madame Charlot (sic), mon professeur de chant, pour travailler ma voix. Elle a d'ailleurs trouvé que ma voix s'était posée pendant l'été » (10)
« Rêves » c'est avant tout l'aboutissement de la « belle histoire »; « un titre qui me va bien » affirme l'intéressé. Anthony doit montrer qu'il vit un rêve éveillé, et les téléspectateurs suivent semaines après semaines son parcours.
A chaque prestation live au Club Dorothée, Anthony annonce qu'il « travaille beaucoup », « prend des cours de chant, de danse, de guitare » et que « l'album va bientôt sortir ». Toutefois il relativise : « En fait j'écoute rarement ce que je fais (sic). Je préfère avancer plutot que de regarder en arrière. Je travaille sans me juger »
AB c'est finalement une sorte de Star Academy avant l'heure, sans éliminations par SMS mais avec des caméras de sitcoms quotidiennes et des primes au Jacky Show.

« Les mamans c'est ce qu'il y a de plus important »

Au final l'album qui sort en 1995 est un succès, certes loin du raz-de-marée Christophe Rippert, mais Anthony Dupray est devenu en moins d'un an une véritable star.
La chanson Palavas-les-Flots est un véritable tube (11), dans lequelle Anthony rend hommage à Johnny Hallyday, qu'il rencontrera plus tard et dont il dira : « Je l'ai trouvé grand comme une montagne, mais une montagne de simplicité. » D'ailleurs Jean-Luc Azoulay, lui même fan notoire de Sylvie Vartan, essaiera sans réussite de faire d'Anthony la « nouvelle idole des jeunes ». (12)


Attention aux mauvais rêves...

Le reste de l'album n'a pas vraiment marqué les esprits, pourtant quelques chansons valent la peine d'être écoutées :
« Comme dans un rêve » : l'album débute sur cette chanson dont le clip est visible sur youtube (13); elle a de jolies chœurs.

Clip inspiré par la nouvelle vague Moldave...

« La fille à la guitare » : est une belle ballade pop-folk qui traite d'une fille qui « chante le blues », le tout agrémenté de discrètes sonorités péruviennes.

« Change pas » : une chanson très funky. Anthony y dénonce à l'instar d'MC Solaar les filles victimes de la mode : « Tu as toujours ton vieux blouson, tu ne portes que des pantalons, tu piques mes chemises le matin. Ça fait rien, je trouve que ça t'vas bien. Change pas, moi j't'aime comme ça ...t'es pas du tout du genre de celles, qui se maquillent pendant des heurs, pourtant t'es belle comme un cœur... sans rien autour tu m'fais encore plus craquer » Cette chanson a dû faire le bonheur de milliers de filles laides amoureuses en secret d'Anthony.

« Tu me fais de l'effet » : la prestation « elvisienne » de cette chanson dans le Jacky Show est visible sur youtube (14) et a le mérite de montrer un Anthony qui chante sans playback, et qui affirme dans la petite interview qui suit le show : « j'aime beaucoup le rock'n'roll  (…); oh oui les mamans c'est ce qu'il y a de plus important ».

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Un vrai rockeur à l'ancienne.

« Est-ce que toi aussi? » : Single passé relativement inaperçu, malgré la qualité du morceau (15). Anthony explique la chanson : « Elle raconte l'histoire d'un garçon et d'une fille qui viennent de se quitter. Chacun de se son côté pense à l'autre, et se pose les mêmes questions : est-ce que toi tu aussi tu pleures, est-ce que toi aussi tu penses à moi... c'est un peu nostalgique et toujours un peu romantique. » Ok ?
La chanson traite donc d'une « histoire un peu banale, celle d'un simple amour d'été ». Le problème pour Anthony est que la chanson qui traite d'un « amour de vacances » a déjà été faite.

« Prendre la route avec moi » autre single, qui a connu un succès d'estime, présent sur la mythique compilation «Stars Télé ». Le clip (16) met en scène Anthony sur une moto « qu'il vient de se payer » et Camille Raymond joue le rôle de « la fille qui voudra prendre la route avec moi », ce qui ne manque pas de piment quant au même moment Anthony sort avec Justine dans Premiers Baisers.

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Anthony, ça sent bon le tuning, les pots d'échappement et le Dimanche matin devant Automoto.

« Un 11 juillet » : une histoire sordide « au cœur de la forêt », dans laquelle Anthony raconte qu'il a prêté un « serment d'amitié » avec ses amis dans « une grotte oubliée ». Après un échange de leur sang, ils sont devenus frères. A cause d'une fille cependant, le groupe va imploser : « mais elle était si jolie ». Et tout ça un 11 Juillet.


Anthony : sexe, drogue et rock'n'roll

Anthony a du succès. On le voit tous les jours à la télé et Palavas-les-flots est un hit. Il affirme à la presse : « C'est devenu moins facile de prendre le métro ou de faire ses courses au supermarché incognito. Mais je pense et j'espère être resté le même ».
Pourtant quelque chose a changé chez Anthony; Son collègue Fabien Remblier affirme que la rupture a lieu lors du retour dans la série d'Anthony et Christophe. En effet, lors d'une tournée commune qui les rendu longtemps absents de Premiers Baisers, les deux ennemis sont devenus amis :« Christophe et Anthony ne se séparaient plus, n'accordant que très peu d'attention aux autres, méprisant ceux qui ne riaient pas de leurs blagues vaseuses ou de leur attitude »
Anthony affirme alors lui même :« J'ai fait plein de galas pendant l'été. Ça m'a donné l'occasion de voir le public et de faire mieux (sic) connaissance avec Christophe Rippert puisque nous avions quelques scènes communes ».

« J'étais les Beatles à moi tout seul »

Des clans se forment dans une équipe pourtant jusque là relativement soudée. L'attitude des deux « rockstars » est très critiquée car ils prennent la grosse tête, sont machos et vulgaires : «Pas une fille passant à proximité d'Anthony ou de Christophe Rippert ne pouvait éviter les approches car en luttant contre les mains de l'un, elles venaient se rapprocher de l'autre (…), les figurantes n'osaient pas se plaindre et en arrivaient à se méfier de tous les garçons présents sur le plateau. Les maquilleuses refusaient de travailler avec nous. L'ambiance commençait à devenir douteuse »

Comme souvent avec les sitcoms AB, il suffit de regarder attentivement les épisodes de Premiers Baisers et le début des Années Fac pour prendre conscience du phénomène.
On peut voir Luc et Anthony, inséparables,surexcités, sortant avec des dizaines de filles à la fois et semblant même agacer les autres comédiens qui doivent supporter leur comportement lourdingue.
Anthony dans une interview récente, résume rapidement avec son humour bien à lui cette période : "J'étais les Beatles à moi tout seul (…), c'était la folie... j'ai énormément travaillé (sic) mais je me suis amusé, j'ai appris, j'ai fait la fête, j'ai peu dormi, j'ai découvert la vie sous toutes ses facettes, j'ai gagné du temps et puis j'ai du me reposer... » (17)

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Christophe et Anthony : le duo comique le plus trash des années 90.

Quand on vous dit qu'ils étaient surexcités (18)...

Peut-on dire qu'ils sont sous l'effet de drogues ? Il n'y a ni témoignages sérieux, ni éléments pour l'affirmer (19)
C'est donc dans ce climat détestable que se déchirent les acteurs de la sitcom « culte et colorée » (20), sous l'arbitrage de Jean-Luc Azoulay qui applique la fameuse devise « diviser pour mieux régner ».
Finalement Christophe et Anthony, après s'être battus avec plusieurs techniciens et une partie des acteurs de la série, finiront pas ignorer tout le monde sur le plateau pendant de longs mois.
Toutefois, il faut admettre que le duo est vital pour la série, car sans eux, on s'ennuie vite. Ils sont certes les rois de la vanne pourrie, des mains au cul et des histoires sordides, mais la série est culte grâce à eux, en tout cas pas grâce aux gesticulations de Camille Raymond.

«Je suis faible avec les femmes »

Le personnage d'Anthony est pour ainsi dire relativement violent et lunatique. On ne compte plus les bagarres, les « OH » à chaque fin de phrase, les coups de pieds dans le réveil...etc.


Le réveil du matin selon Anthony.


Anthony n'est pas content.

 

Légèrement violent le duo Luc/Anthony...

Anthony est présenté comme un coureur de jupons qui tombe de temps en temps amoureux., Parfois romantique, il est cependant toujours prompt à considérer les filles comme des « garces ». Il est par exemple amoureux d'une certaine Angélique, incarnée pitoyablement par Nathalie Dib, qui n'est « pas une fille comme les autres », mais n'hésite pas à lui infliger un traitement plutôt spécial. En effet, il dit ne plus être amoureux d'elle un épisode sur deux, puis l'agresse verbalement et finit par ne plus vouloir la voir quand elle tombe amoureuse de lui (!)


Il nous aura gonflé sur 10 épisodes avec sa belle Angélique.


Anthony qui fait la gueule.

Son couple avec Justine est par contre l'occasion de le voir sous un jour plus positif. Toutefois, il a laissé un souvenir mitigé aux fans de la sitcom (21). En effet, iil ne perd pas ses bonnes habitudes et la trompe dès que possible. Ainsi, il affirme être « faible avec les femmes » peu après avoir couché avec Clarisse, la voisine.

Ici, Anthony s'invente un frère jumeau, Eric, pour tromper sa copine: « c'est pas Anthony le dragueur, c'est Eric, vous comprenez ça, ERIC ? »

Anthony est « coupable »

La fin de l'année 1995 est synonyme d'apogée dans la carrière d'Anthony Dupray. La suite des événements va cependant  signifier une forte dégringolade. Son deuxième album qui sort, Coupable, est un bide retentissant. La magie ne prend plus. Pourtant Anthony s'est fort investi dans le projet : « C'est un disque plus rock. Les personnes qui m'entourent, me conseillent et qui écrivent les textes et les musiques me connaissent mieux depuis deux ans que nous travaillons ensemble. Ils ont donc fait un album sur-mesure et je le trouve super. » (22)


Un objet rare mais malheureusement pas culte.

C'est encore Ariane qui est aux manettes. Anthony semble s'en remettre à elle à 100% :« Pour l'instant je suis incapable de composer mes chansons, je ne sais que chanter! Je préfère laisser le soin à de vrais professionnels d'écrire pour moi. Ils me connaissent parfaitement et je leur fais confiance. »
L'album a deux thèmes : la boxe et la rédemption. Tout d'abord Anthony souhaite montrer qu'il est un battant::« j'ai commencé à pratiquer la boxe quand j'avais douze ans, après le judo et le karaté. Comme pour ces deux sports, c'est mon père, professeur de karaté et régisseur de théâtre à la base, qui m'a initié à la boxe car il en faisait beaucoup lui aussi. Un jour il m'a dit : Viens, on va faire un tour dans une salle de boxe. Ce serait bien que tu en fasses un peu. Tout de suite je me senti à l'aise dans ce sport et cet univers. C'est un milieu intriguant, proche de celui des artistes. J'y ai rencontré des gens soudés, solidaires, qui se respectent. »

« J'pouvais pas être comme, ces nazes qui se laissent faire »

Ainsi Anthony a envie de « défendre son album » comme sur un ring et présente son premier single, "Champion" : « Cette chanson raconte l'histoire d'un jeune qui s'en est sorti grâce à la boxe. Elle lui a permis de s'évader de la cité dans laquelle il vivotait. Ce type est devenu un grand champion, mais un jour, il s'est fait attaquer par une bande de loubards, ceux-là même qui l'avaient applaudi. C'est l'une de mes chansons préférés de l'album et d'ailleurs le premier CD extrait de l'album. »
Anthony est donc plus en accord avec lui-même, et avec l'image qu'il donne dans les Années Fac, puisqu'il y joue un professeur de karaté dans une salle de sport. Il affirme de même dans un magazine pour adolescent(e)s : « Même si je suis un non-violent j'adore donner des coups. »

L'autre thème de l'album est dans le titre : Anthony est coupable. De quoi ? Les paroles de la chanson éponyme sont explicites : « J'pouvais pas être comme, ces nazes qui se laissent faire, j'me disais qu'un homme, c'était droit, fort et fier. J'cachais ma tendresse, en jouant l'insolant, j'cachais mes faiblesses d'un regard arrogant. J'voulais pas que la vie, fasse de moi un perdant, j'voulais pas qu'une fille, rie de mes sentiments ».


Anthony Dupray aurait de fausses dents (23). Ça casse un peu le mythe...

On peut y voir une explication quant au comportement machiste d'Anthony. C'est parce qu'il a peur de ses sentiments, parce que ce n'est pas une fiotte tout simplement. Anthony se livre à fond dans cette chanson qui est certainement la plus réussie et la plus rock de sa discographie. On ne peut pas en dire autant du reste de l'album, que personne n'a de toutes façons écouté à l'époque. Le clip de « Toute la nuit à te regarder » (24) en atteste : c'est mortellement ennuyeux.

« La vieille querelle qui existe entre Fabien Remblier et Anthony Dupray »

L'échec commercial et artistique de l'album entrainera la fin de la carrière musicale d'Anthony sous l'égide d'AB Production. Anthony traverse une époque difficile, marquée par la poussée d'un bouc sur son visage et un manque de motivation évident sur la fin des Années Fac.


« Le bouc d'Anthony Dupray ».

Le seul moment de bravoure se déroule à la toute fin de la série. En effet JLA décide de remettre sur le tapis la vieille querelle qui existe entre Fabien Remblier et Anthony Dupray : une nouvelle fois, l'un des deux pique la petite copine de l'autre (25) On ressent en revoyant l'épisode la haine qui existait entre les deux comédiens :
Sandra a quitté Anthony pour Jérôme. Les deux se retrouvent au Nellys :
Anthony : A croire qu'il est née pour se faire avoir....
Jérôme : Non mais tu te prends pour qui toi?
Une bagarre éclate, mais Justine viendra interrompre le massacre.



Comme dirait l'autre : ils ne passeront pas leurs vacances ensemble.

Ironie de l'histoire, la querelle continue aujourd'hui par forum interposé. Anthony sur son forum de « fans » qualifie son rival « d'aigri » suite à la parution de son autobiographie. De son côté Fabien affirme « ne pas lui avoir parlé depuis 1995 (sic) » et compare son QI à "celui d'un bulot"
Mais que fait JLA ?!


Anthony, « le nouveau Joey » ?


Avec les Années Bleues, Jean-Luc Azoulay essaye de faire « son friends ». Christophe Rippert et Anthony Dupray font partis de l'aventure. Malheureusement la série est stoppée au bout de 22 épisodes seulement, car TF1 a arrêté la diffusion des programmes d'AB. Ainsi il est difficile de porter un jugement global sur cette série prometteuse. Pour beaucoup, c'est une très mauvaise série, une pâle copie de Friends, comme l'explique Fabien Remblier : « Tenter de faire de Christophe Rippert un Chandler et Anthony Dupray un Joey était tout sauf crédible. Le duo censé être comique tombait comme un soufflé, oubliant que jouer la comédie, ce n'est pas faire le con en espérant faire rire les techniciens, mais simplement jouer son texte sincèrement ».


Anthony Dupray rit.

Pourtant la série a ses fans, car les scénaristes se lâchent et Christophe comme Anthony ne se prennent plus au sérieux, riant enfin avec leur image. Anthony passe du type nerveux et violent au loser pauvre et sympathique. Il est devenu VRP d'encyclopédies et nous offre une panoplie de jeux de mots à « deux francs cinquante » qui ne sont pas pour déplaire aux sitcomologues.
Ainsi Anthony joue à deux reprises un rôle tout droit tiré de la cage aux folles (26), voit sa copine lui causer des pannes sexuelles...etc.
Quand la série s'arrête, ce sont les « années sitcom » d'Anthony Dupray qui s'arrêtent et le début d'une nouvelle carrière.

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Anthony Dupray version pd.

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Qui a dit qu'Anthony n'était pas drôle ?

Anthony fait le bilan, calmement.

Après les Années Bleues et des piges dans Sous le Soleil et Le Groupe, Anthony Dupray réussit à faire son chemin : «  En 2002 je fais une rencontre très importante dans ma vie d'acteur, celle de Jean Sagols qui m'offre un très joli role dans l'Instit avec Gerard Klein. Vient la saga de l'été Le Bleu de l'océan, mise en scène par Didier Albert, qui fut une sublime expérience de tournage. 2004 je commence le tournage de Navarro sous la direction de Jean Sagols pour 2 épisodes mais la rencontre avec Roger Hanin me donne envie de poursuivre l'aventure. Le succès récent de Brigade Navarro me laisse à penser qu'il y aura une suite. 2007, tournage de Cesar Levy réalisé par Alain Schwarstein. Octobre 2007 début du tournage Dog Fight réalisé par Antoine Elizabé sur des flics ripoux. Le tournage du court métrage de science fiction Babylone réalisé par Simon Saulnier en novembre 2007 ». (27)

« Anthony, alias Paoli »

Anthony reste donc dans le giron de JLA, en tournant dans des séries comme L'instit ou Navarro, produite par JLA Production. Mais Anthony s'investit aussi dans des films à petit budget comme Dogfight ou Cesar Lévy dans lequel Anthony joue le rôle d'un nazi.
Néanmoins ce sont des films qui restent peu médiatiques, voire impossible à distribuer. De plus cette année 2009 a marqué l'echec de Brigade navarro, série dans laquelle Anthony, alias Paoli, s'était beaucoup investit avec son compère, l'ex 2be3 Filip Nikolic (28) : « Paoli, c'est un personnage assez sombre et méfiant, accueilli froidement par Navarro. Les soupçons laissent en effet penser que Navarro est peut-être à l'origine de la mort de son père. Il va donc rechercher la vérité sur la mort de son père et parallèlement se voit confier sa première enquete. » Anthony sera même ravi d'être un «ami » de Roger Hanin.

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Paoli. Mais il dort où alors ?

« On est né avec le SIDA »

En ce qui concerne la musique, Anthony Dupray pourrait faire son grand retour : «deux jeunes auteurs-compositeurs, Germain et Jérôme, bourrés de talent, m’ont contacté. Ils m’ont rappelé que ça fait 10 ans que je ne chante plus, 10 ans que je ne suis plus monté sur scène. Et sur un forum qui s’appelle http://www.anthony-dupray.actifforum.com/ , beaucoup de gens réclament des disques. Ils sont venus me proposer des chansons. On a commence à travailler à l’ancienne gratte sèche et voix.
On a enregistré quelques titres sur MP3. On est entrain de travailler la dessus. Je ne sais pas si cela va aboutir. On va voir.
On essaie de trouver la bonne couleur et les bons mots. Il y a tellement de choses à dire que ce soit socialement ou politiquement. Il y a pleins de sujets à traiter qui sont intéressants. C’est aussi ce qui m’a donné envie de reprendre la chanson. Il y a des choses à dire et à faire. Il y a une tranche d’âge dont je fais partie, les trentenaires, qui n’avons pas eu une vie si belle quand on regarde bien les générations antérieures. On est né avec le SIDA. On n’est pas né avec la guerre. Cette partie d’après guerre était extraordinaire. Si on ne veut pas la guerre, il faut discuter car les guerres sont arrivées pendant des périodes où ça n’allait vraiment pas bien. Il faut écouter le peuple.
On est une génération où on n’a rien eu de spécial : pas de choses si terrible mais on est né avec les maladies. Il n’y a plus de liberté sexuelle, faire l’amour doit être un plaisir Aujourd’hui, il faut faire attention. Le chômage est au top du top ! »
. (29)

Anthony Dupray présente donc un visage plus engagé, comme on peut le voir sur son myspace, avec les figures du Che, de Jim Morrisson...etc (30). Il voit sa future musique comme « sûrement pop rock avec un mélange d’électro sur certains titres. On a plusieurs influences, de Massive Attack à Michel Polnareff ».

« Il faut être passionné et jamais lâcher »


Anthony Dupray a donc de multiples visages : chanteur romantique, champion de boxe thai, Joey de friends ou « mulet » de Navarro, il est toujours là où on ne l'attend pas. Il marquera à tout jamais les années sitcoms.. Ainsi, sur les forums, Anthony Dupray fait toujours beaucoup parler de lui. Ses fans sont toujours là, comme Cezad qui fait un travail remarquable pour la mémoire d'Anthony Dupray. (31)
Aujourd'hui il a coupé les liens avec les autres d'AB :« Quelques-uns [les anciens d'AB] mais on a tous pris des chemins différents. J'en ai croisé et j'en croise de temps en temps mais tout le monde a fait un peu sa route et sa vie. »
Seul Christophe Rippert a gardé un contact avec son ancien alter égo. Ils se sont revus dernièrement, et Christophe, désormas producteur et réalisateur, aimerait « faire jouer Anthony dans un de ses films produits par Happyend »
Enfin, on pourra conclure qu'Anthony est la preuve vivante que tout le monde a sa chance, d'où qu'il vienne et quelle que soit ses capacités. Comme le dit si bien Anthony : « Il faut etre passioné et jamais lacher. Meme si j'ai grandi dans un quartier sensible, j'ai toujours travaillé pour arriver à ce que je voulais. Et si des Havrais comme Laurent Ruquier, Vikash Dhorasoo, Jérome Le Banner (champion de boxe), moi-meme et d'autres y sont arrivés, ca veut dire que c'est possible mais à condition de s'investir. »


Anthony Dupray aujourd'hui.



1- Du nom du site http://generationab.free.fr/ qui rassemble une documentation considérable pour tout chercheur en sitcomologie.
2- REMBLIER Fabien, Les Années sitcom, Mediacom, Paris, 2006.
3- Christophe (Rippert) étant déjà sur le « marché », il a fallu changer de prénom.
4- Fabien Remblier nous fait remarquer non sans malice qu'il suffisait de lire dans les crédits de la chanson qu'elle n'était pas écrite par Anthony Dupray.
5- Une version live d'Autour de toi Hélène
6- Ariane et Rémy furent surnommé les « Ténardier » par certains à AB. Ariane explique aujourd'hui :"J'ai écrit les albums d'Anthony Dupray, qui était notre poulain. Il a quitté le métier maintenant. J'ai monté une maison de production avec mon mari, Rémy, le bassiste des Musclés. Elle s'appelle Trinore, du nom de nos deux enfants. Nous venons de sortir un titre qui a très bien fonctionné cet été, Rêve, interprété par Bob, l'animateur de Fun Radio. C'est Rémy qui a composé le titre."
7- Interview sur : http://www.allocine.fr/article/fichearticle.html?carticle=18386058-
8- D'après les dires de Fabien Remblier, in ibid.
9- Pour en savoir plus sur Premiers Baisers : http://christophe-rippert.bestofforum.net/
10-Anthony, un nouvel album bientôt : Dorothée Magazine n°267 - 31 Octobre 1994
11-Le live de Palavas-les-Flots
12-Le live de L'Idole des jeunes
13-Le clip de Comme dans un rêve
14-Le live de Tu me fais de l'effet.
15-Le live de Est-ce que toi aussi?
16-Le clip de Prendre la route avec moi
17-Lu sur http://www.anthony-dupray.actifforum.com/
Une mine d'information dans ce forum de fans d'Anthony Dupray dans lequel Anthony participe. Toutefois, il ne faut pas attendre grande chose de lui. Un exemple de message d'Anthony :
« Je vous embrasse toutes et tous très fort...
Merci pour vos merveilleux messages...
C'est avec plaisir que je les lis...
Je pense très fort à vous...
Kisses.
TONY »

18-Pour un résumé de cet épisode collector : laquelle des deux ?
19-Malgré les scènes psychédéliques de certains épisodes des Années Fac
20-Titre du slogan d'AB1 pour « Premiers Baisers »
21-Une discussion sur le coupe Justine/Anthony.
Quelques exemples de propos :
« Anthony avec ses humeurs dans les années fac il est vraiment enervant, il se prend pas pour de la merde !!Dans premiers baisers je l'aimais bien et dans les années bleues ca passe mais là c'est vraiment la période ou il m'agace. Pour en revenir au topic, je la préfère avec Jérome je pense, c'est qd même le couple mytique même si ils passent plus de tps à se tromper qu'à être ensemble ! »
Poo :« Rhaa Anthony c'est un gland avec ses pantalons moule-burnes, il fait son macho incapable de résister à la moindre paire de fesses qui débarquent ! Mais bon Justine me gave aussi elle est égoïste ! »
22- Anthony Dupray, je suis aussi un guerrier : Téléclub Plus n°42 / Février 1996
Live de Champion
23-Un groupe facebook a été créé sur ce sujet : Vrai ou faux, Anthony Dupray a de fausses dents ?

24-Clip de Toute la nuit à te regarder
25-Pour mieux comprendre le conflit Remblier/Dupray
26-Voir le forum des Années bleues
27-Tirée de la biographie officielle du site d'Anthony Dupray :
28-En savoir plus sur Filip Nikolic :
29- http://clairedesplat.over-blog.com/article-12708616.html
30- http://www.myspace.com/anthonydupray; Il nous a précisé en personne :« j adore le Che effectivement, mais je n appartiens à aucun mouvement politique pour le moment »
31-Quelques commentaires sur internet concernant Anthony Dupray :
Miel :« quant à anthony, c'est un tout aussi bien physique que mental, je pouvais tout simplement pas le voir! »
Sab2127O : "j'adore toujour autant cette chanson moi j'ai 23ans et il m'arrive encore d'écouter sa casette ou les cd de dorothée c'est mon enfance pourquoi la renier? moi aussi je rêvais de prendre la rote avec lui je lui avais même écrit mdr "
Litler Rose: "Of all the actors turned "singers" from the club dorothee, I think Anthony is really the best...a beautiful voice to go with beautfiful songs!"
Sissi1104 : "je le trouve mignon. Tout à fait mon genre de type, brun aux yeux bleus hummm"

Par Les sitcomologues - Publié dans : biographie - Communauté : Sitcom AB
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Jeudi 23 avril 2009 4 23 /04 /Avr /2009 00:16

La consommation de boissons dans les sitcoms AB. Pratiques et enjeux.

"Qu'est-ce que je te sers ?
Un jus d'orange, merci"



Qui n'a pas remarqué la fréquence de cette réplique dans les sitcoms AB ? Pourtant la consommation des boissons n'a jamais encore été vraiment abordée par les sitcomologues.
Le thème peut paraître futile, mais le choix d'une boisson n'a rien d'anodin pour Jean-Luc-Azoulay et ses sbires. Nous allons ainsi essayer de dresser une typologie des boissons récurrentes. Puis nous allons nous attacher à comprendre l'articulation entre ces pratiques et les acteurs qui ingurgitent les précieux liquides. Ces acteurs, qu'ils viennent consommer chez les Girard, chez Alfredo's, ou dans la nébuleuse de bars qui peuple les sitcoms, n'ont clairement pas les mêmes rapports aux sels minéraux.

Le jus d'orange et ses variantes


Le jus d'orange c'est important, tu vois ?

C'est la boisson clé du système AB (1). Tout le monde en consomme. A notre connaissance, aucun personnage dit ne pas l'aimer.
Chez les Girard, on peut en voir tous les matins sur la table de la cuisine, dans une carafe ou directement pressé (par Annette). Aurore Brunel nous révèlera bien plus tard que ces jus d'orange, qui paraissent délicieux à l'écran, provenaient en fait des fameuses "briques" de jus d'orange Leader Price. (2)


Tous les insomniaques qui regardent AB1 la nuit vous le diront : les Girard donnent toujours envie de manger...

Les jus d'orange ne sont pas uniquement consommés le matin chez soi : chaque sitcom est pourvue d'un bar où les personnages se retrouvent autour d'un verre de jus d'orange.

Pour le matin, nous avancerons l'hypothèse que le jus d'orange est une nécessité car les personnages d'AB se lèvent tôt. La maxime préférée de JLA n'est-elle pas : "l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt".
Il est vrai qu'une intrigue de sitcom commence généralement à l'aube. On s'y retrouve "avant les cours", "après les cours" voire "pendant" comme dans la Philo Selon Philippe.


Ne pas énerver le Rippert quand il boit son jus d'orange...

Le jus d'orange est aussi utilisé pour des situations comiques. Un jus d'orange renversé par Annette, c'est toujours quelques rires enregistrés de pris. En sitcomologie, nous appelons ça : un "gag AB". Il est parfois un peu plus subtil. C'est par exemple le cas de Fabien Remblier, qui fait tant rire les rires enregistrés en trinquant avec un sucrier.


"Gag AB"

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Jérôme (Fabien Remblier) qui trinque avec un sucrier...

Le jus d'orange est aussi l'occasion d'appuyer des sentiments, des répliques, d'utiliser des métaphores inédites. Ainsi Virginie rêvassant de son Luc renverse son jus d'orange sur sa jupe. L'effet est garanti. On drague de ce fait en offrant : "un p'tit jus d'orange".
Luc se sert même d'un jus d'orange pour remettre à sa place Steeve, le copain attachant d'Anthony. (3)


"Bon écoute Steeve, tu es un garçon bien gentil. Mais tu t'occupes de ton jus d'orange et tu m'oublies un peu".


Le jus d'orange est donc central dans les sitcoms AB. On peut parler d'une véritable addiction. Dans les boums "chez Jérôme" et lors des célébrations de fin d'épisodes, c'est toujours autour d'un bon verre de jus d'orange qu'on trinque. Il suffit de visionner attentivement le générique des Années Fac pour s'en convaincre. A quelques rares exceptions prêtes, le jus d'orange est doucement remis en question : une fois par Annette, qui le juge trop chimique. Puis par les Jumelles, dans leur atroce période hippie. Néanmoins, un consensus s'est peu à peu dégagé chez les sitcomologues quant au cas des Jumelles : on s'en branle de ce qu'elles racontent.


Un classique : en fin d'épisode, on se retrouve auprès d'un bon jus d'orange.


Exemple typique de l'homme providentiel qui offre du jus d'orange à sa bien aimée.
Monsieur Maillet.


Le jus d'orange est-il l'équivalent du verre d'eau dans nos sociétés ? Il est indéniable que sa consommation s'est généralisée à l'ensemble des strates de la population made in AB. Une nuance doit être rapportée : parfois on boit du jus de pamplemousse, un jus d'ananas, voire même un jus de groseille. Ces pratiques marginales sont probablement un moyen de se démarquer de cette aliénation foucaldienne que vivent les personnages d'AB. (4)
La question d'un lobby du jus d'orange n'est pas écartée non plus. Pensons qu'il peut y avoir des mafieux dans le monde d'AB. (5)


Le jus d'orange ça aide à réfléchir. C'est plein de vitamines C.


Thé ou café ?

Le café, c'est dans les sitcoms AB le complément idéal du jus d'orange. Les dingues de café sont Anthony et Luc. Ils l'aiment noir, sans sucre et bien fort : "si j'ai pas de café chui pas au TOP moi", s'exclame Luc dans les Années Fac. Cette addiction au café dégénère parfois. On le voit lorsque Anthony décide de faire humecter le "nectar" du café en mettant la cafetière dans le nez du pauvre Luc.


"Mmm sens moi ce café, c'est un véritable nectar"

Le "café et les croissants". Voila le petit-déjeuner idéal de JLA. (6) Son avatar, Monsieur Girard, ne dit pas autre chose: "c'est le "moment de la journée que je préfère".
Justine affirme même que Jérôme est: "l'homme idéal", car il sait "faire le café comme je l'aime"
Ainsi prendre le la café et les croissants avec une personne du sexe opposé est dans les sitcoms une métaphore de la relation sexuelle, ou plus simplement un alibi. On ne compte plus le nombre de fois où Justine « amène les croissants dans la chambre de Jérôme ». Une fille qui apporte les croissants à un garçon, c'est pour Anthony un « signe qui ne trompe pas ».

Il existe toutefois deux exceptions à cette loi du café : Virginie, qui préfère le thé, et les 2be3, qui ne boivent, eux, "que du chocolat chaud".

La grenadine et la menthe à l'eau.

Ce sont véritablement les alcools des sitcoms AB. Cela peut étonner les néophytes, mais il est incontestable que ce sont les boissons fortes des sitcoms.
La menthe à l'eau devient la boisson des personnages virils. On peut parler d'une vraie culture de la menthe à l'eau et Anthony en est le symbole : c'est un homme énervé, qui pour se calmer, ou au contraire pour frapper plus fort, boit des menthes à l'eau. Ainsi on prend un "double", c'est-à-dire une double de dose de sirop. La grenadine est peut être la version soft. Certains diront l'équivalent de la desperado de notre monde. Mais nous n'irons pas jusque là.


Moment de tension extrême : on attend le coup de téléphone de l'hôpital pour savoir si Jérôme survivra au "coup mortel" d'Anthony. La menthe à l'eau atteste de la violence psychique du moment.

Quelques personnages sont les spécialistes de ces alcools. Nous pensons par exemple à un Igor Butler, faux beau gosse et vrai mari de Julie Caignault. Il commande à de nombreuses reprises le breuvage, comme une vraie potion de force. Cricri d'amour est aussi un amateur de la menthe à l'eau. C'est peut être une explication rationnelle à son comportement, qui frise parfois le satanisme.

"Cri cri d'amour est mort. Et Belzébuth est là. Et BELZÉBUTH A SOIF"

Ainsi ces pratiques proto-alcooliques se multiplient. La polarisation de la vie des couples dans l'espace réduit qu'est la "cafète", où chaque jour les personnages viennent consommer, est un facteur clé. De plus la balkannisation (7) des sitcoms AB n'inverse pas la tendance, au contraire. Enfin la montée de la dramaturgie oblige de nombreux personnages à sombrer. C'est ce que nous allons voir dans une dernière partie.

Les "Cocktails" Alfredo's et les boissons alcoolisées.



Fallait bien caser les Ever quelque part...

Nous n'avons que peu de renseignements sur les fameux cocktails Alfredo's. Nous les voyons régulièrement servis par les deux monstres de la "famille Adams"(8) en rollers. Les clients de la "cafète", eux, subissent un lent, mais irrémédiable changement. En effet, ils sont passés d'un statut de zombies lénifiants, incapable de faire une figuration correcte (9), à des attitudes quasi insurrectionnelles. Étrange phénomène, qui se traduit par des gueulantes inoubliables telles que : "est-ce que qu'on pourrait passer notre COMMANDE MERCI", ou encore :
 "ÇA FAIT 10 MINUTES QUE J'ATTENDS ET J'AI TOUJOURS PAS ÉTÉ SERVI".
Voilà une violence généralisée, qui atteint son pic lors de l'invasion par des Hell's Angel de la cafète sous l'ère Carole (10). Voila des faits qui ne sont pas assez relevés par les commentateurs attitrés du monde d'AB.


Jamais content les figurants/clients de la cafète

Cette violence s'amplifie par le fléau de l'alcool, qui finit par toucher jusqu'aux sitcoms AB. A l'instar d'une réserve d'Indiens dans l'Ohio, l'alcool, le vrai, s'infiltre partout. A croire que JLA a distribué des bouteilles backstage. Les premiers touchés sont évidemment les membres de Hélène & les Garçons. Nathalie, la "méchante", sapée comme une grand mère, se saoule régulièrement au Nelly's. La Philo Selon Philippe est également touchée. Et même la puritaine les Années Fac subit de plein fouet "l'effet Sami Naceri".

Ainsi nous voyons Luc et Anthony s'adonner aux joies de la boisson, dans le but certain de baiser à outrance, sans tabous, sortir leurs phallus, se bastonner au Nellys, et parfois même, aller jusqu'au "viol non consentant". Néanmoins, les considérer comme alcooliques relèvent d'une gageure : c'est alors considérer l'ensemble des français qui sortent en boîte comme relevant de ce cas.


Ça va être chaud cette soirée chez les garçons...

Par contre de vrais alcooliques existent chez AB. Ils sont disséminés et présentent une caractéristique commune : ce sont des nazes, pour prendre une terminologie Dupraysiste. Par exemple Ary est clairement alcoolique. C'est le pauvre type, que l'on voit à maintes reprises ivre, le plus souvent par conséquence d'un abus de coupes de champagne mais aussi par overdose de jus d'orange.

Daniel lui est encore plus loser. Toujours trahi par ses amis. Il est le roi des cocus (il perd Virginie au profit de Luc, puis Clarisse qui le trompe avec Anthony et Luc, puis Sandra qui le quitte pour... tous les garçons!) et se voit attribuer toute la panoplie du pur perdant selon JLA : cheveux à la Lorenzo Lamas, chemise à carreaux de type grunge, perte de travail, perte de logement, addiction au poker, alcoolisme et fatalement tentative de suicide. (11)

Enfin nous avons le cas Muriel. C'est sans aucun doute le plus extrême toutes sitcoms AB confondues.


"Tiens, voilà ton gin tonic!"


Daubigné, le prof de philo, est amoureux d'une alcoolique. Pourtant son appartement est infesté de bouteilles de gin. Ses invités sont constamment sous l'effet de la boisson (on pense à Caldéro, le très chaud prof de math) et l'alcoolisme de sa femme est parfaitement entretenu. Notons ici que si Muriel est le seul vrai cas d'alcoolisme traité par AB, il reste un alcoolisme féminin, donc vicieux et culpabilisateur pour l'homme. A quand une analyse de la femme chez AB?
Néanmoins cette série reste la plus décadente car peut voir à plusieurs reprises Monsieur Gautrat, le proviseur, complètement ivre. De même, une soirée est organisée par les élèves de la "T2", qui invitent leurs profs à boire avec eux une quantité non négligeable de ponch.

Il existe aussi une consommation de bières, dans la série des théâtreux : l'Ecole des Passions. Momo, la racaille et Christian le goth picolent des panachés et quelques demis. Mais cette série est suffisamment underground pour se le permettre.
Dans Elisa Un Roman Photo, nous notons tout d'abord la présence d'un remarquable "ovni", un certain Lemon, qui, paré d'une bouche bizarre aux longues dents, réclame "un citron pressé"(12).Une anomalie qui demanderait bien des explications. Mais cette série décadente voit surtout la cuite la plus destroy des sitcoms...au Jack Daniels s'il vous plaît!

Le cas du champagne dans le monde d'AB est à aborder comme dans notre vie à nous, c'est-à-dire qu'il n'est pas considéré comme un vrai alcool. Pourtant Muriel, encore elle, fraichement sortie de désintox, ne manquera pas à la fin de la série de boire une petite coupe, tout en étant enceinte...


"Allez hop, champagne pour tout le monde". Notez bien la position phallique de cette bouteille que porte Anthony Dupray...

Enfin il reste le cas des boissons étranges. On a un florilège de bizarreries avec les mélanges de Giant Cocoo du Miel & les Abeilles, « le nain le plus célèbre du PAF ». (13)
La subversive Années Bleues a aussi ses boissons cultes, comme le breuvage de Berthe censé remettre le "ptit signal" de Luc en état de marche. (14)


Dans les Années Bleues, Luc boit un breuvage contre les "pannes" sexuelles...

Ces cas extrêmes mis à part, il faut se garder de tout abus et de conclure à une "dallasisation" des sitcoms AB. L'alcool reste cantonné à des pratiques subversives de losers et de marginaux. Le salut est et reste dans le jus d'orange. Il sera un jour intéressant qu'un chercheur en sitcomologie se dévoue pour une comptabilisation de chaque verre consommé, dans chaque épisode afin de pouvoir utiliser comme l'aurait voulu Durkheim les méthodes quantitatives pour l'étude des sitcoms. (15)


1- En sitcomologie, on nomme le concept Système-AB comme l'ensemble des structures, des représentations et des lieux communs entre les différentes créations de JLA.
2- Du moins pour l'année 1997. Il semblerait que sur la fin des sitcoms, le budget nourriture ait fortement baissé.
3- Pour plus d'informations sur cet épisode : Un copain attachant
4- FOUCAULT Michel, Surveiller et punir, Gallimard, Paris, 1975
5- Pensons au cas du Wagon, la boite de nuit tenue par la mafia dans Pour Etre Libre.
6- Adel des 2be3 racontait dans son interwiew donnée au forum de Nanarland que JLA avait pour habitude d'offrir des petits-déjeuners à ses comédiens dans sa grande maison.
7- C'est-à-dire la multiplication des sitcoms AB après le succès de Premiers Baisers, qui forme une véritable mosaïque dans laquelle il est parfois difficile de s'y retrouver.
8- C'est le surnom donné aux Jumelles dans les Années fac. Pour plus de renseignement : Une
mauvaise presse
.
9- Dans le jargon sitcomologique, les figurants sont nommés hiérarchiquement selon leur degré de nullité par les appellations de "second couteau", "troisième couteau", "quatrième couteau". Pascal Gauchot alias Pat est lui, une figure type du second couteau.
10- Les Jumelles sont remplacées par Carole, une véritable mégère. Sous sa direction la "cafète" devient le rendez-vous des "loubards made in AB" emmenés par un certain Marlon. La "cafète" sera boycottée et Monsieur Alfredo, le directeur, obligé de rappeler les jumelles.
11-Daniel sombre dans l'alcoolisme après sa rupture avec Sandra. Dormant sous les ponts, Justine le sermonne: "il faut que tu arrêtes de boire Daniel. Tu sais, ça détruit les gens". Daniel finit par se remettre et tombe amoureux de Justine. Mais cette dernière, après lui avoir laissé croire qu'il avait une chance, se jette dans les bras d'Anthony. C'est le coup de trop pour Daniel qui avale "une boite entière de barbiturique". Finalement tout se termine bien et Daniel devient mannequin pour des pubs. Mais JLA décide de lui attribuer une nouvelle addiction : le poker. En avance sur son temps, Daniel flambe et finit par perdre tout son argent. Ses amis lui font la leçon : "on sait très bien que tu ne fais que ça Daniel". Anthony et Luc finissent par "lui donner une bonne leçon", en trichant contre lui aux cartes. En envoyant Daniel chercher du jus d'orange en pleine partie, les deux compères changent les cartes et Luc gagne par un « ken flush majeur ».
12- Voir l'article de valf : Introduction aux sitcoms AB
13- Du nom du célèbre forum consacré à Giant, décédé en 2005 dans un accident de voiture.
14- Un résumé de cet épisode : La grosse panne
15-DURKHEIM Emile, Les règles de la méthode sociologique, Paris, Flammarion, 1988

Par Les sitcomologues - Publié dans : Article - Communauté : Sitcom AB
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 22:03

Un amour de Vacances

Nous sommes en l'an de grâce 1993. Pour comprendre la portée universelle de l'œuvre, il faut replacer l'album dans son contexte historique. Le Mur est tombé il y a peu, entrainant la chute du Bloc Soviétique. C'est une période de doute, d'interrogations, certains philosophes comme Fukuyama proclament même la "Fin de l'Histoire" (1). Néanmoins, cet optimisme béat va vite se ternir. L'album de Christophe Rippert qui débarque en plein marasme économique en est la preuve. Non, l'Histoire de l'humanité, les catastrophes humaines et les drames pour des populations entières continuent.
Le contexte musical dans lequel Christophe Rippert sort n'est pas mieux non plus. Nous sommes alors en pleine période "Grunge" (2), que Jean-Azoulay ignore avec raison. Chez AB Musique, on mise sur la laque dans les cheveux et les synthétiseurs de Gérard Salesses. Et cela est bien plus porteur chez les jeunes filles de 10 ans que la musique de gens aux cheveux sales.

Christophe Rippert offre ainsi son premier opus, dans lequel il s'investit lourdement, puisqu'il est crédité sur 3 chansons. Christophe aime chanter l'amour car pour lui :"L'amour c'est le moteur de la vie. Toutes les grandes choses sont faites parce qu'il y a eu de l'amour". C'est ce qui me permet de vivre, d'écrire... et de chanter". (3)



Coquillages & crustacés...

Titres : Paroles et musique de :

01. Un amour de vacances (3:27) Ch. Rippert-J.F. Porry/Gérard Salesses
02. Et l'amour ? (4:20) M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
03. Il y a toujours une chanson (3:45) M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
04. J'vous en veux pas (3:13) Ch. Rippert/M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
05. Du brouillard dans ton regard (3:59) M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
06.Les garçons se cachent pour pleurer (3:59)M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
07. Appelle-moi (3:11) M. Jourdan/J.F. Porry-J.F. Porry/Gérard Salesses
08. Comme l'oiseau (4:13) M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
09. Je t'aime, je t'aime (4:06) M. Jourdan-J.F. Porry/Gérard Salesses
10. Dans mes larmes (3:01) Ch. Rippert-J.F. Porry/Gérard Salesses


(P) 1993, AB Disques
(C) 1993, Editions AB, Pense à Moi, Ed : Musicale Technisor Train Bleu
Arrangements : Gérard Salesses.
Enregistré au studio AB.
Mixages : J.L. Maillé - R. Guillotel - D. Lizé.
Guitares : Slim Pezin - Claude Samard.
Choeurs : Georges et Michel Costa - Francine et Martine.
Claviers : Gérard Salesses.
Merci à C. Angelloz

AB Disques/Distribution BMG France.
Référence : AB 0211 2.



C'était le bon temps les K7.

Un amour de vacances :

Le titre éponyme de l'album, celui qui est resté dans la "mémoire collective" (4) de toute une génération. Dès qu'il chante, proclame "Le Parfum", Christophe Rippert entraine ses auditeurs vers un amour éphémère, "à peine esquissé", nostalgique, "qui nous rend orphelin"  face "au temps assassin".
Le refrain est lancinant, presque hypnotique :"c'est un amour de vacances, une histoire sans lendemain". Il marque l'époque et le cœur de milliers de jeunes filles, dont la plupart se souviennent (honteusement) des paroles.
Ainsi, encore aujourd'hui, on peut lire des commentaires de ce type : "J'adore cette chanson, elle me rappelle de magnifiques souvenirs, ce qu'il dit nous l'avons tous déja vecu, nous avons tous connu un amour de vacance..cette chanson me rappelle la fin de l'été..et depuis sa sortie je ne l'ai pas reecouter, impossible de la retrouver et aujourd'hui g 23ans lol" (5)

00002815.jpg
Il en avait des fans à l'époque.


C'est ce tube de l'année 1992, qui va permettre à Christophe Rippert d'avoir la possibilité d'enregistrer un album sous l'égide de Jean-Luc Azoulay.
Mais cette collaboration se heurte au volontarisme de Christophe Rippert. Celui-ci veut être un vrai chanteur (6), un artiste, c'est-à-dire avoir son mot à dire. JLA, lui, veut surtout asseoir sa sitcom, Premiers Baisers, et voit surtout "Un amour de vacances" comme un tremplin pour gagner quelques parts d'audiences supplémentaires.
Fabien Remblier explique bien la situation dans les Années sitcom (7) : "Christophe était très impliqué dans sa musique et il espérait tourner un vrai clip. Il se heurta à Jean-Luc Azoulay, qui voulait surfer sur la vague du succès de la série et voulait lui imposer de tourner le clip dans la fameuse "cafète" de Premiers Baisers. Christophe refusa. De longues discussions s'en suivirent. Le ton monta rapidement. Christophe découvrait à ses dépends, qu'il n'avait aucun poids ni aucun pouvoir de décision".

Finalement, c'est le drame, Christophe Rippert est viré : "JLA qui n'aime pas qu'on lui résiste, décide de punir Christophe et fait disparaitre le personnage de Luc de la série. Luc fut donc le premier personnage à partir en Finlande. Pourquoi la Finlande ? Parce que selon JLA c'est "le pays de la fin". C'est là qu'il enverrait croupir un certain nombre de personnages des différentes sitcoms AB dont les interprètes se montreraient trop vindicatifs".

En fait, un accord est trouvé : deux clips sont tournés, et les autres acteurs, notamment Camille Raymond, Fabien Remblier et Julie Caignault plaident la cause de Christophe Rippert.

Christophe fait donc son come back dans l'épisode Retour de Finlande (sic). Le scénario est parfaitement cynique : son personnage, Luc, revient d'une rupture amoureuse... avec une finlandaise. Si JLA a accepté son retour, Christophe Rippert doit accepter la petite humiliation présente tout le long de son texte :
"Quoi ? Un remplaçant de Luc ? Je croyais que j'étais irremplaçable?"
"Ah la Finlande, c'est magnifique. Mais tu vois le froid, on s'en lasse. Et puis ça glace.
C'est là où on se dit que le froid, ça gèle les rapports. Alors bon avant de me transformer en esquimau, je suis rentré".
(8)

On voit donc que Un amour de vacances, au delà de la machine à fric _300 000 albums vendus, dont plusieurs milliers d'exemplaires non mixés... il n'y a pas de petits profits (9)_ a été un enjeu majeur pour la carrière de chanteur de Christophe. Encore aujourd'hui la chanson est un tube du net, à la fois ringard et culte.


La photo de promo pour les Somaliens. On est en 1993 n'oublions pas le contexte.

Et l'amour ?

Le brûlot de l'album. Le pamphlet, le pavé dans la marre, ce que Mai 68 n'a jamais osé dire : "La guerre, les drames, sont number one sur la Terre.. et l'Amour dans tout ça, il serait temps je crois, de lui redonner vie, on a tellement besoin de lui"
Sur fond de paroles engagées ou mièvres, c'est selon, on notera que la musique est un calque d'une chanson fétiche du Club Dorothée. En fait le début d'une longue série d'auto-plagiats qu'offriront JLA et son compère Gérard Salesses, ce qui nous fait dire qu'ici le mot "industrie du disque" n'est pas une vaine expression.
Quoiqu'il en soit, Christophe n'hésite pas à dénoncer une situation qui lui semble insoutenable : "les gens s'enferment, ils se méfient des bruits qui courent, ils sont blindés du côté coeur, ne sortent plus parce qu'ils ont peur, dans les banlieues comme dans les villes, tant de chiens loups et de vigiles, la poudre blanche et ses délires qui font mourir".
Quand on entend un constat pareil, on se dit que la France allait mal même sans Sarkozy...

Il y a toujours une chanson

"A la terrasse d'un café joue un musicien, et sa chanson nous rappelle quelqu'un, on en sourit et pourtant, cet air-là qui nous revient, nous fait plus de mal que de bien".
Le thème de la nostalgie est encore abordé dans cette chanson de Christophe Rippert. Une fan écrit sur le forum des rippertistes : "cette chanson est vraie, il y a des airs jolie qui nous rappellent des souvenirs, mais qui sont tristes et qui font mal." (10)
Christophe, on le voit, vise juste en appelant encore une fois au pathos propre à chacun de nous.
De plus, Il y a quelque chose de fondamentalement véridique dans cette chanson, car seule la musique peut affecter aussi profondément un être humain, dans son corps et dans son esprit. Un air, une mélodie ou une petite fausse note, peuvent nous faire songer à des rêves merveilleux, des personnes que l'on ne reverra plus, une époque que l'on ne connaitra plus jamais....


Un musicien sous estimé.

J'vous en veux pas

"Regardez moi, je suis là, j'existe".
C'est par cet appel, naïf, maladroit mais surtout touchant et honnête, que s'adresse Christophe à ses parents.
Christophe veut nous faire partager la face sombre de son enfance, celle de l'absence de ses parents, du père surtout. Cette thérapie post-lacanienne, cette profession de foi existentialiste, accompagnée d'un piano minimaliste, nous plonge dans l'univers de son pensionnat,son "lieu d'exil", dans lequel il rêvait d'"une vie de famille". Christophe a un réel besoin de reconnaissance, lui qui est alors en sport étude de tennis, en compagnie de futurs grands comme Cédric Pioline. Si Christophe réussit à être classé et a l'occasion de participer à des tournois jusqu'en Amérique latine, son père nous confiera cependant que "quand ça lui faisait mal, il abandonnait". Il arrête finalement sa carrière, mais, ironie du sort, incarnera un professeur de tennis dans les Années Fac.
Christophe a donc grandit loin de ses parents, mais il affirme dans sa chanson : "j'vous en veux pas". Pourquoi alors écrire une telle chanson ? Peut être tout simplement que Christophe Rippert a juste voulu prouver qu'il était honnête, malgré l'aspect commercial qui entoure sa démarche de chanteur. Il a ainsi montré qu'on pouvait écrire une chanson intimiste, même dans une chanson produite par AB.

Aujourd'hui encore, plus que jamais, Christophe est lié avec son père, qui l'aide activement à développer sa boîte Happy End : "Je suis fier de lui", nous a t-il confié. (11)


Du brouillard dans ton regard

Second single de l'album, c'est une chanson qui s'adresse principalement aux jeunes filles pré-adolescentes. Christophe Rippert parle directement à la petite fille qui a eu son premier chagrin d'amour : "toi, petite fille". De plus Christophe Rippert s'essaye à la météorologie, discipline dans laquelle le mot cunnilingus ne lui est pas étranger : "rien que du brouillard, dans ton regard". Heureusement Christophe Rippert joue au grand frère rassurant :"mais la vie continue".
On se souviendra à propos de la petite Wendy dans Les filles d'à côté, représentative de cette jeunesse élevée et formée au rippertisme. (12)

00002814.jpg
La photo de promo légèrement flippante.

Les garçons se cachent pour pleurer

"C vré, lé mec von se caché pour pleuré pskl son tro matcho pour le fer en public". Ces propos de Missdeedee sur youtube
(13) permettent d'introduire le thème du troisième single de l'album, qui aborde un sujet des plus tabous qui soit : les garçons qui pleurent. Et oui nous savons tous que les garçons se cachent pour pleurer, et il était temps qu'en 1993 ce soit dit une fois pour toute. Musicalement, ce morceau est surement l'un des plus pénétrants, JLA, le "Phil Spector des productions AB", ayant sorti son meilleur synthétiseur (on misera sur un Casio)
D'ailleurs, cette chanson fera le bonheur du générique de fin de Premiers Baisers. Au moins Christophe Rippert montre qu'il ne joue pas au macho, et que lui aussi, comme Kurt Cobain, a une sensibilité féministe :"tout le monde est fragile en dedans"

Appelle-moi

C'est l'histoire d'une fille qui n'appelle plus Christophe Rippert. La fille est partie dans la perfide Albion :"que l'Angleterre est loin, quand on attend quelqu'un, qui ne revient plus jamais".
Si l'Angleterre est bien dans la CEE, Christophe Rippert est lui dans l'impossibilité de garder un contact avec cette fille. Christophe Rippert raconte ainsi le malheur d'être ignoré de celle qu'on aime et murmure à la fin de la chanson: "ne m'oublie pas". Inoubliable, en effet.

Comme l'oiseau

Les boites à rythmes... Christophe Rippert ressuscite les années 80.
Mais la chanson est d'une actualité criante : elle aborde des thèmes écologiques et sécuritaires. Christophe Rippert nous parle ainsi de "sa banlieue", en faisant probablement référence à Saint-Priest, sa ville natale.
Il chante : "comme l'oiseau, j'aimerais un soir, aller fêter des retrouvailles, faire un grand saut dans les étoiles" .
Ces propos ne sont pas inspirés par la prise de substances hallucinogènes, mais par le projet "Sauver la terre" du Club Dorothée et de ses "copains".
Christophe Rippert dénonce ainsi sans vergogne la société industrielle, bien mieux qu'un Nicolas Culot :"Là où je vis y'a partout du béton, des jardins sans manèges éclairés aux néons, près de l'autoroute, c'est le bruit, c'est l'enfer" et la violence qui règne: "y'a souvent du brouillard, des sirènes dans la nuit, quand éclatent des bagarres" .
Cet engagement politique de Christophe Rippert sera surtout exprimé à travers la chanson "Laissez-nous rêver".

Je t'aime, je t'aime

Roland Barthes affirmait que "la figure je-t'aime ne réfère pas à la déclaration d'amour, à l'aveu, mais à la profération répétée du cri d'amour" (14). C'est le cas ici puisque Christophe Rippert chante une douzaine de fois "je t'aime".
Christophe Rippert constate la difficulté de la communication du sentiment amoureux: "comment te dire, il n'y a pas de mots qui puissent traduire mes sentiments". Seule l'expression "je-t'aime" semble posséder le pouvoir, presque mystique, d'exprimer ce qu'un amoureux ressent. Pour le dire comme Nietzsche :"Je t'aime est sans nuance, il supprime les explications les aménagements, les degrés, les scrupules. D'une certaine manière paradoxale, dire je t'aime, c'est faire comme si il n'y avait aucun théâtre de la parole, et ce mot est toujours vrai, performatif."
Il est évident que Christophe Rippert est d'accord sur ce point avec le philosophe germain.

Dans mes larmes

"J'ai, dans mes larmes, un goût de toi, qui me désarme, lorsque je pense à toi".
Ce joli refrain traite encore de la nostalgie, celle ici des "années collège", le temps des premiers amours. Christophe Rippert semble profiter de cette chanson pour s'adresser à cette fille dont il était amoureux, mais qui ne l'a jamais su. En effet Christophe Rippert encore une fois se met à nu, et admet avoir été un grand timide. Si par la suite Christophe Rippert adoptera une vie de rock star, on a le sentiment qu'il devait être un gentil petit garçon, loin du tombeur des Années Fac.

Ce premier album aura véritablement marqué le début des 90's, sorti la même année que le Nevermind de Nirvana en marquant toute une génération, autant voire plus que ce groupe de bouseux.


Il était vraiment attendu cet album, faut pas croire. Premiers Baisers avait balisé le terrain.


1- FUKUYAMA Francis, La Fin de l'histoire et le Dernier Homme, collection Champs, Flammarion, 1992
2- Le "grunge" selon Wikipédia : "Le grunge est un sous-genre du rock alternatif qui a émergé vers le milieu des années 1980 dans l'État de Washington, plus précisément à Seattle.Inspiré par le punk hardcore, le heavy metal et le rock indépendant, le grunge est généralement caractérisé par un son de guitare lourd et saturé, des signatures de temps variables, et des paroles apathiques ou remplies d'angoisses."
3- Dorothée Magazine n°266 - 25 Octobre 1994.
4- HALBWACHS Maurice, La mémoire collective, PUF, Paris, 1950.
5- Youtube, visionné plus de 100000 fois (!) : Live un Amour de vacances
6- Fabien Remblier : "Christophe n'avait qu'un rêve depuis le début de Premiers Baisers : chanter"
7- REMBLIER Fabien, Les Années Sitcom, Mediacom, 2005.
8- Pour plus d'informations sur cet épisode, sur le forum des rippertistes : Retour de Finlande
9- Fabien Remblier :"Une première version de l'album fut pressée rapidement. A l'écoute de cette version, on se rendait très rapidement compte que le son était mauvais, manquant cruellement de profondeur et d'aigus. Une seconde version remixée correctement fut donc vite pressée afin de corriger le problème, mais la première ne fût pas retirée de la vente. Peu importe, les fans achèteraient l'album de toutes façons." in ibid.
10- De Ange 78 dans le forum des rippertistes.
11-Informations tirée de la rencontre avec Christophe Rippert et les rippertistes.
12-Pour voir l'épisode : Christophe Rippert dans les Filles d'à côté.
13-Clip sur youtube : Live Les garçons se cachent pour pleurer
14-BARTHES Roland, Fragments d'un discours amoureux, Editions du Seuil, Paris, 1977.

Par Les sitcomologues - Publié dans : chronique musicale - Communauté : Sitcom AB
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