« Parfois tu sais dans la vie les yeux voient des choses qui semblent exister mais la vérité est si loin, ailleurs... »
Luc Duval.
Les Années Bleues, quand AB faisait son
Friends
Une demande en mariage. Celle de Jérôme à Justine. Monsieur Girard donne bien évidemment son accord. Des accolades, des applaudissements préenregistrés de rigueur. Générique de fin.
Les Années Fac se terminent sur cet happy end attendu mais sans saveur. Le livre de l'interminable histoire de Justine et ses amis peut ainsi se refermer, à l'instar du Club Dorothée, une institution en pleine déliquescence et supprimée sans sommation dès 30 août 1997.
Mais alors que AB semble ne plus être en odeur de sainteté au sein de la programmation de TF1, un homme résiste. Oui, ce cher Jean-Luc Azoulay ne souhaite pas déposer les armes. L'homme aux mille projets tient sa nouvelle idée : écrire une suite aux Années Fac ! Ce projet fou est celui des Années Bleues, un quasi anachronisme alors que la domination de l'Empire AB prend fin sur la télévision française, entraînant dans sa chute tout le petit univers des sitcoms. (1)
Ta mission : sauver AB dans le PAF en devenant la nouvelle Jennifer Aniston.
Les Années Bleues vont alors nous raconter les aventures d'une partie des héros de l'épopée de Premiers Baisers, mais dans une temporalité difficile à cerner et surtout dans un style différent. En effet, des six protagonistes présents au générique, seuls trois sont des « historiques » : Virginie Désarnauts, Christophe Rippert et Anthony Dupray. Rappelons que pour le téléspectateur de l'époque, cela ne constitue pas vraiment une surprise, puisque ce triumvirat avait déjà pris le « pouvoir » dans la dernière partie des Années Fac, éclipsant les personnages autrefois centraux qu'étaient ceux de Jérôme, Justine ou Annette.
Mais mieux qu'une suite, Jean-Luc Azoulay décide de faire de sa nouvelle série des aventures d'adultes, c'est-à-dire où l'on parle de sexe, de travail et d'enfants. Toutefois, la série reste essentiellement de nature comique, pour le meilleur et pour le pire. En effet, JLA et ses sbires décident d'en faire le « Friends à la française ». La tâche est immense. La sitcom américaine, débarquée il y a peu en France (2), est vite devenue culte tant au sein de la jeunesse branchée que de la famille toute entière.
Evolution dans les petits-déjeuners. On mange assis maintenant.
La problématique des Années Bleues est donc triple : Comment faire aussi bien que Friends sans les moyens adéquats ? Par quels moyens les scénaristes peuvent-ils faire évoluer les personnages d'une série qui a une histoire longue de six ans ? Mais surtout, comment une sitcom AB peut-elle survivre dans la maison TF1 qui ne veut plus d'elle ?
« Do It Yourself chez AB Productions »
« Pompage intégrale de Friends », « série pas drôle ». C'est en ces termes acerbes que Fabien Remblier décrit les Années Bleues dans son autobiographie (3). Absent du casting, « Jérôme » peut paraître au premier abord quelque peu aigri vis-à-vis de la production. Néanmoins, il faut reconnaître que les Années Bleues souffrent immédiatement de la comparaison avec son illustre modèle. Dès le générique, on entre en terrain connu : même présentation de trois jeunes hommes et de trois jeunes femmes vivant dans deux appartements voisins, même gimmicks, même dynamisme et surtout, une bande son chantant les vertus de l'amitié.
Pour faire une bonne comparaison avec le générique de Friends, voir deux montages là et là.
Toutefois, premier écueil. Ici pas de Rembrandts, ni aucun autre groupe plus ou moins branché. On se contente d'une chanson interprétée par les comédiens eux-mêmes. On reconnaît alors très bien le chant de Christophe Rippert pendant que ses collègues entonnent en chœur des « nananana » assez irrésistibles. Le tout crédité 100% AB : l'incontournable Jean-François Porry pour les paroles et, plus surprenant, Rémy Sarrazin pour la musique. Oui oui, « Rémy des Musclés ». C'est cheap mais c'est une première indication : le budget sera limité. Gloire au Do It Yourself si cher à AB Productions.
Luc reste un chanteur romantique. Ouf.
Autre identité forte que l'on trouve dans Friends : les décors. La sitcom américaine a son mythique café, le Central Perk, flanqué de son célèbre canapé et de son serveur culte (Gunther). Les appartements des deux couples de colocataires sont facilement identifiables. Le contraste est assez prononcé entre l'appartement très « masculin » de Joey et Chandler et celui des filles aux couleurs chatoyantes. Dans les Années Bleues, exit les salles de sports et autres « cafètes » aux thématiques vaguement sixties. Fabien Remblier le note d'ailleurs justement : « Les décors avaient perdu de leurs couleurs acidulées. La lumière était également différente, loin de l'éclairage de vitrine qui caractérisait toutes les séries AB ». C'est le cas précisément du Cyber Café, espace censé représenter le nouveau lieu social un tantinet plus mature et plus moderne, dans lequel les clients peuvent siroter leurs boissons en « surfant sur le web » et non plus jouer à des flippers surannés. Ainsi, le Cyber est le lieu qui nous donne l'occasion d'entendre des expressions disparues depuis 1998 :
« -Je t'attends sur la plage
- La plage ?
- Oui il va surfer, sur internet »
Dans la forme les Années Bleues ressemblent sur de nombreux aspects à Friends. Mais dans le fond aussi puisque JLA tente d'importer la philosophie de Friends. En effet, la sitcom raconte la vie idéalisée de la bourgeoisie branchée new-yorkaise, celle d'une génération de pré-trentenaire qui pense d'abord à ses histoires d'amour avant son travail, qui ne veut pas s'engager mais qui a pour obsession le mariage, et surtout qui offre un nouveau modèle de rapports sociaux : l'amitié. Une amitié fondée sur la solidarité (« I'll be there for you ») qui prime sur les autres liens sociaux. Il suffit de voir comment est abordée le cas de la famille dans Friends, est abordée principalement sous un prisme négatif (on pense notamment aux parents de Chandler, de Rachel ou de Monica).
Comme dans Friends, la frontière entre le sexe et l'amitié est floue.
La manière de traiter l'amitié est donc la clé du succès de la série américaine. Un chroniqueur ironisait d'ailleurs à la fin de la dixième saison de Friends sur le fait que les New Yorkais auraient perdu leurs seuls vrais amis avec la fin de la sitcom. Cette amitié fantasmée et ambiguë est aussi le ciment qui lie les six personnages des Années Bleues. Plus que des colocataires, plus que de simples voisins, ils sont liés par une force supérieure, quasi indestructible. Ils partagent joies et peines, se prêtent de l'argent sans avoir à se rembourser et couchent ensemble de temps à autre tout en restant « amis ».
L'ardoise d'Anthony au Cyber : "C'est comme les enfants les ardoises, on s'rend pas compte que ça pousse".
Allant toujours plus loin dans la comparaison, le casting donne plus d'indications sur le chemin que JLA tente d'indiquer à sa sitcom. Pour simplifier, il apparaît que Virginie Desarnauts sera la nouvelle Rachel, Virginie Théron la brune Monica et Diane Robert la fantasque Pheobe. Du côté des garçons, les similitudes sont moins limpides qu'au premier abord : aucun doute, Anthony Dupray doit jouer le nouveau Joey. Mais Christophe Rippert nous paraît être un étrange mélange de Ross et de Chandler, ne laissant que peu de place au troisième larron, un certain Wulfran Quairiel.
L'amitié (ici entre Luc et Rodrigue) à son paroxysme.
Il va s'en dire que le casting est bien entendu plus qu'un simple copié-collé. L'esprit AB n'est heureusement pas (pour nous) entièrement englouti par l'effet Friends...
Avant d'aller plus loin, il semble intéressant de se pencher sur la question de la signification du nom de la sitcom. Pourquoi les années « bleues » ? On le sait avec l'historien Michel Pastoureau (4), le bleu est la couleur préférée des français depuis le XVIII° siècle : « Le bleu devient à la mode dans tous les domaines. Le romantisme accentue la tendance: comme leur héros, Werther de Goethe, les jeunes Européens s'habillent en bleu, et la poésie romantique allemande célèbre le culte de cette couleur si mélancolique - on en a peut-être gardé l'écho dans le vocabulaire, avec le blues... En 1850, un vêtement lui donne encore un coup de pouce: c'est le jean, inventé à San Francisco par un tailleur juif, Levi-Strauss, le pantalon idéal, avec sa grosse toile teinte à l'indigo, le premier bleu de travail ». Mais le bleu n'est pas que ça : « c'est une couleur consensuelle, pour les personnes physiques comme pour les personnes morales: les organismes internationaux, l'ONU, l'Unesco, le Conseil de l'Europe, l'Union européenne, tous ont choisi un emblème bleu. On le sélectionne par soustraction, après avoir éliminé les autres. C'est une couleur qui ne fait pas de vague, ne choque pas et emporte l'adhésion de tous. Par là même, elle a perdu sa force symbolique (...) Aujourd'hui, quand les gens affirment aimer le bleu, cela signifie au fond qu'ils veulent être rangés parmi les gens sages, conservateurs, ceux qui ne veulent rien révéler d'eux-mêmes. D'une certaine manière, nous sommes revenus à une situation proche de l'Antiquité: à force d'être omniprésent et consensuel, le bleu est de nouveau une couleur discrète, la plus raisonnable de toutes les couleurs ».
Mis à part Luc qui lui "a un métier", ce serait plus les "Années Glandes".
Ainsi les « années bleues » pourraient correspondre d'une certaine manière au bleu de la nostalgie, JLA étant peut être conscient de l'anachronisme de sa série dans une époque moins encline à suivre ses productions. Mais le bleu serait aussi la couleur qui puisse rassembler les téléspectateurs. Enfin et surtout, le bleu pourrait être la couleur de la maturité, celle qui rassure et qui nous montre que les héros de Premiers Baisers ont bel et bien vieilli. En effet, après les années rock'n'roll de la fac, nos héros finissent par se ranger dans la vie adulte bon gré mal gré. Bref, il est encore difficile de tirer des conclusions nettes sur cette histoire « d'années bleues »...
« Tenter de faire de Christophe Rippert un Chandler et Anthony Dupray un Joey était tout sauf crédible »
Tout comme Friends a pour trame principale l'histoire d'amour et de haine entre Ross et Rachel, notre sitcom frenchie a le couple mythique Luc et Virginie. Né au cœur des juvéniles intrigues de Premiers Baisers, nos deux tourtereaux ont réussi à braver la tempête des Années Fac.
Mais à la surprise générale, on découvre dans les Années Bleues que le couple infernal a fini par rompre. La raison ? Une vague histoire de cocufiage, probablement celui de trop pour Virginie, pas vraiment épargnée dans les Années Fac.(5) Quoiqu'il en soit, dès la première scène des Années Bleues, nous sommes prévenus : Luc est prêt à tout pour récupérer son amour d'antan (il n'est pas évident de dater le laps de temps entre la rupture et le début des Années Bleues, temps qui se mesure en années si on en croit la scène de Luc chez le psy).
Luc est devenu un amoureux transi légèrement flippant.
Un premier constat s'impose : le jeu de Christophe Rippert s'est métamorphosé par rapport à ce qu'il proposait dans les Années Fac. Luc est dans les Années Bleues un tout autre personnage que le prof de tennis à l'allure assurée et au machisme prégnant. Il est devenu par on ne sait quel moyen un pubard. Fini les survêts, le nouveau Luc porte à la perfection le costard. Seul problème, il est chaque jour humilié par une Virginie qui refuse catégoriquement de passer un seul moment d'intimité avec lui, pas même un dîner. Véritable runing gag de la sitcom, voir Luc essuyer échecs sur échecs pour obtenir un rendez-vous avec Virginie est grisant. Car il faut l'admettre, sus aux grincheux, Christophe Rippert est bel et bien un type drôle. On le voit ainsi dans des poses plus ridicules les unes que les autres et collé au téléphone dans l'espoir d'un appel. Parfois, Luc réussit à inviter Virginie mais le reste de la bande trouve toujours le moyen de gâcher la reconquête de son amour perdu. Le Luc nouveau est dorénavant un romantique, un vrai, voire un poète entièrement tourné vers sa muse. Rongé par les regrets, l'amoureux transi revient ses erreurs passées : « C'est marrant de s'apercevoir comme ça qu'on fait fausse route. Se retrouver dans la nuit, perdu sur le chemin de sa vie, dans l'espoir déboussolé de se trouver dans la clairière ensoleillée, que l'on appelle de toute son âme ». C'est beau mais c'est peu efficace. Luc est un loser, il faut s'y faire.
Le Christophe Rippert show.
Cependant, à la manière d'un Chandler dans Friends, Luc réussit dans sa vie professionnelle ce qu'il rate en amour. L'hilarant gimmick « J'ai un métier » en est la preuve, Luc est un winner dans ce domaine. Pourtant la lose n'est jamais loin puisque son « métier » semble consister à trouver des slogans pour des produits comme les liquides WC ou encore des capotes féminines ! Bref comment ne pas aimer le nouveau Luc, plus drôle, plus attachant, plus... lose ?!
Non Luc ne veut pas se suicider, il doit écrire un slogan pour une marque de flingue.
Cette métamorphose est d'abord la volonté de JLA himself. Les souvenirs d'une des scénaristes que nous avons interrogé il y a quelques années sont clairs là-dessus : « JLA avait voulu que Christophe soit un autre personnage tout en se prénommant Luc (…) On avait changé la personnalité de Luc ». Plus encore, c'est carrément le nom du personnage qui est modifié : Luc Dubreuil des Années Fac devient Luc Duval. On ne sait si cela constitue un choix volontaire des auteurs ou une simple incohérence de plus... Mais pour nombre de fans de la première heure, c'est le changement de personnalité de Luc qui dérange. Pour certains puristes, c'est quasiment une hérésie. Comment Luc, qui a arrêté ses études en Seconde, a t-il pu passer de simple disquaire dans un Gigastore (sic) à cadre dans la pub' tout ayant été prof de tennis pendant des années ? Et surtout, pourquoi Luc est-il devenu la figure type du loser intégral incapable de faire l'amour à une fille, obsédé qu'il est par Virginie ?
De son côté, Virginie est le personnage « historique » le plus respecté, loin des expérimentations exercées sur Luc. Virginie a semble t-il réussi ses études et est devenue traductrice dans une maison d'éditions (elle faisait une fac d'éco mais pourquoi pas). Contrairement à Christophe Rippert, il n'y aucune évolution notable quant à son jeu de comédienne. La question reste de savoir si cela est bien volontaire ou tout simplement parce qu'elle était incapable de jouer différemment ? On ne saurait répondre à cette question... mais encore faut-il lui reconnaître quelques qualités de jeu « comique », mises en valeur il est vrai par des collègues assez talentueux. Quoiqu'il en soit, les Années Bleues pour Virginie Desarnauts sonnent comme l'apogée de sa « carrière AB », malgré quelques errements dans le jeu. La cousine de Justine est enfin officiellement la vedette de la sitcom, sus à ses détracteurs.
Vivi contente, Vivi sur son beau profil.
Le troisième personnage phare est bien entendu l'unique, l'irremplaçable Anthony Dupray. Et plus encore que Rippert, le rôle d'Anthony prend un virage à 180 degrés. Terminé le look Marlon Brando du pauvre, le bouc et place aux mèches blondes. Fini le prof agressif de karaté, fini le tombeur de ces dames, l'Anthony des Années Bleues se transforme en Joey de Friends, ou plus exactement en sa version havraise. Aux oubliettes les compètes et les conquêtes, Anthony se mute en vendeur d'encyclopédies au porte-à-porte ! Vous avez bien lu, Anthony vend des livres, un comble quand on connaît le bonhomme. Et quand notre VRP de luxe ne passe pas ses journées à glander sur le canapé, il fait des blagues. On ne sait si la référence à l'humour de Chandler est voulue, mais Anthony est ici clairement le roi de la vanne, des « jeux de mots à deux francs cinquante » comme le dit si bien Luc dans la série. Pour donner une idée du niveau, nous donnerons cet exemple :
« - Anthony : La salle de bain a enfin obtenu son non-lieu.
- Luc : Qu'est-ce que tu racontes ?
- Anthony : Bah oui tu l'as libéré ! »
Anthony, le roi de la vanne.
Le contraste est flagrant avec le sérieux du personnage que l'on connaissait dans les Années Fac, celui qui préférait donner des coups de poings dans la gueule de ses amis. Dans les Années Bleues, Anthony semble avoir oublié sa science du combat et au contraire semble plutôt lâche. De plus, toujours comme Joey, Anthony n'a pas de fric et passe son temps à tenter d'escroquer ses amis...
Cependant qu'on se rassure, le spirit d'Anthony demeure car les encyclopédies servent de prétexte pour choper des gonzesses. Séparé depuis les Années Fac de Sandra qui apparait mariée avec Paul (on le découvre à la surprise générale dans la sitcom), Anthony se fait une nouvelle spécialité : les Milf. On pense à celle jouée par Alexandra Lamy ramenée à la maison non sans provoquer une situation typique de Vaudeville (le mari finit par débarquer). Anthony reste donc l'éternel dragueur, mais la lose s'empare aussi de lui car au delà de quelques râteaux jusqu'ici impensable, c'est sa virilité qui est mise en cause. Le bandeur fou des Années Fac connaît dorénavant des problèmes d'érection à cause de ses copines (épisode « la grosse panne ») ou se montre choqué par une fille au langage trop cru...
La légende de la fougue d'Anthony est quelque peu entamée dans les Années Bleues.
Que vaut au final le duo Rippert/Dupray qui rythme la série ? Pour Fabien Remblier, le constat est sans appel : « Tenter de faire de Christophe Rippert un Chandler et Anthony Dupray un Joey était tout sauf crédible. Le duo censé être comique tombait comme un soufflé, oubliant que jouer la comédie, ce n'est pas faire le con en espérant faire rire les techniciens, mais simplement jouer son texte sincèrement ».Ce jugement sévère est pour autant nuancé par cette juste remarque : « Bien sûr, les textes, toujours écrits à la va-vite, ne permettaient pas le second degré que Friends offrait aux comédiens, mais le duo était-il capable de jouer le second degré ? »
Fabien Remblier pointe là du doigt la faiblesse des Années Bleues par rapport à son homologue US. Mais comment comparer les deux séries alors que les conditions de production n'ont aucun rapport ?
« L'inconnu, la bipolaire et l'aveugle »
Comme on le sait, le tournage d'un épisode de Friends réunit au minimum douze scénaristes, présents sur le plateau sur lequel les vannes jugées peu drôles sont souvent remplacées au dernier moment. Mais surtout, la présence d'un vrai public sur le plateau d'une sitcom fait toute la différence. Les comédiens des Années Bleues n'ont en effet guère que les techniciens à « amuser », à la différence des comédiens américains qui sont soumis au verdict du public en « direct ». Malheureusement les conditions « industrielles » de production d'un épisode de sitcom AB, quand bien même d'un niveau supérieur comme les Années Bleues, ne peuvent rivaliser avec les méthodes et les moyens financiers de Friends. En prenant en compte ce paramètre, on ne peut s'empêcher de trouver de très bonnes qualités à Christophe Rippert et Anthony Dupray qui ont le mérite de s'être remis en question et de proposer enfin autre chose. Leur complicité fait plaisir à voir et la routine qui s'était installée à la fin des Années Fac semble un lointain souvenir.
Luc et Anthony, un duo vraiment infernal.
Si le trio de choc des anciens semble bien accroché, que penser des trois nouveaux comédiens présentés au générique ? Le troisième colocataire garçon est un certain Wulfran Quariel, un illustre inconnu qui a le mérite d'apporter un peu de sang frais. En effet celui qui interprète le très cool Rodrigue a la particularité de n'avoir jamais montré sa trogne dans aucune sitcom AB. Cette fraîcheur est bénéfique à cet univers AB si propre à la consanguinité entre les différentes séries. Wulfran remplace en quelque sorte le personnage de Daniel que jouait Renaud Roussel dans les Années Fac, le souffre douleur patenté du duo infernal Luc/Anthony. Mais alors que Daniel traînait son air de chien battu tout au long des Années Fac, Rodrigue se révèle être un personnage à la hauteur des ambitions que JLA porte sur lui. Plutôt beau gosse, il incarne un jeune mannequin mais surtout, jouit d'un statut assez particulier : il est sexuellement non identifiable ! En effet, dès sa première scène, on le voit porter un masque de beauté, paré d'un tee shirt où est écrit « J'aime les hommes ». On comprend vite par la suite que Rodrigue est en réalité 100% hétérosexuel, mais les scènes ambiguës ne vont pas cesser pour autant. C'est sa relation avec une des deux colocatrices de Virginie, Sarah, qui range Rodrigue dans la « norme » puritaine AB. Ouf.
Wulfran Quariel, mais que deviens-tu ?
Cette Sarah est interprétée par la délicieuse Diane Robert. Ce nom n'est pas totalement inconnu à l'époque. La jeune comédienne à la beauté sauvage a été un an auparavant l'une des vedettes d'une sitcom rivale d'AB, Studio Sud, diffusé par M6. Dans une interview récente, elle expliquait ses débuts précoces dans le métier : « Depuis toute petite, je rêvais de faire ça. J'étais très déterminée. A 17 ans, j'ai passé mon premier casting et j'ai commencé à travailler tout de suite. J'ai eu beaucoup de chance ! ».
On passe beaucoup de temps chez le psy dans les Années Bleues.
Diane Robert est finalement ramenée au « bercail » AB, en tant que premier rôle cette fois-ci. (6) Par rapport à Friends, Sarah est clairement l'équivalent de la Pheobe du groupe. Jeune chanteuse à texte underground, complètement allumée et à la sexualité débridée, Sarah sème un esprit rock'n'roll au sein de la sitcom. Elle est tantôt serveuse au Cyber, tantôt à la recherche d'un producteur pour ses chansons dont les paroles sont plutôt équivoques (et non sans rappeler le célèbre « Tu pues le chat »de la vraie Pheobe). Sa particularité est d'aller chez le « psy » pour y faire de longs monologues sur ses problèmes existentiels. Ironie du sort, la même interview de Diane Robert nous montre que JLA était encore une fois inspiré par ses comédiens pour ses personnages : « J'ai arrêté mes études en seconde mais je les ai reprises un peu plus tard pour passer le bac et j'ai fait un DEUG de psycho. Finalement, je m'étais rendu compte que les études m'avaient manqué ». Diane n'est donc peut être après tout pas si éloigné du personnage de Sarah sur ce point ! Les histoires de psy traversent ainsi chaque épisode. En véritable bipolaire, Sarah insulte ses amis quand elle n'a pas encore été chez le psy et baragouine le plus souvent des conseils incompréhensibles comme celui adressé à Rodrigue : « A partir du moment où on est conscient que notre inconscient existe, est-ce que notre inconscient reste inconscient et ne devient pas une partie de notre conscient ? »
Diane Robert, une comédienne qu'on aime pour sa sobriété.
Ce grain de folie est important. Face au personnage de Virginie qui reste dans l'ensemble très sérieux, Diane Robert montre pour la première fois ses réelles qualités de comique et relève considérablement le niveau dans le groupe des filles. Il suffit de comparer avec la troisième colocatrice...
Quelques scènes de salles de bain étiquetées "Miracle de l'amour" pour notre plus grand plaisir.
« Extra Zidga, une série qui ferait passer le Collège des Cœurs Brisés pour le The Wire d'AB »
Nous touchons là un point faible de la série : Virginie Theron. Cette insipide comédienne a pu être vue de temps à autre dans des rôles insignifiants (la Philo selon Philippe ou encore les Années Fac)et dans l'ovni télévisuel Extra Zidga. Cette série ferait (presque) passer le Collège des Cœurs Brisés pour le The Wire d'AB.
Un CV en or donc. Avec sa tête d'extraterrestre, elle fait finalement bien l'affaire pour l'idée de génie de JLA... mettre une aveugle dans la bande. A ce sujet, Patricia Bistchnau, une des scénaristes, témoigne de la difficulté de la mise en pratique de cette fausse bonne idée d'aveugle : « La comédienne aveugle, on avait eu du mal à la caster... C'était une idée de JLA qui voulait apporter quelque chose de différent... On ne peut pas tomber juste à chaque fois ! »
Virginie Theron, une tête à faire de la figuration dans Star Trek.
C'est le moins que l'on puisse effectivement. Virginie Theron n'est pas totalement débutante dans le métier. Mais de là à jouer une aveugle... Le résultat est catastrophique. Elle ralentit l'action, casse le rythme. Pire qu'un italien au foot. L'idée est même venue à certains sitcomologues de réclamer un nouveau montage des Années Bleues pour la virer !
Et bah voilà. Bien fait.
Pourtant, elle est malheureusement au cœur des intrigues de nombreux épisodes. Le fait d'avoir une aveugle étant apparemment considéré comme une mine d'or pour des scénaristes en mal d'imagination. Ainsi avec l'aveugle, toute la panoplie du personnage de sitcom raté y passe : optimisme béat censé provoquer notre admiration, auto-vannes sur son handicap, quiproquos dingues et surtout, de profonds moments d'ennui. Parce qu'une aveugle parle beaucoup, en tout cas une aveugle dans une sitcom. Le sommet du ridicule est atteint lorsque l'aveugle (qui au passage se prénomme Juliette, pour appuyer son côté fleur bleue-romantique, merci bien), se pavane en déclarant avoir passé la nuit avec Brad Pitt. Malgré les ricanements et le scepticisme bien fondé de la bande d'amis criant au cynisme et à la manipulation sur cette pauvre naïve handicapée, il s'avère que Juliette a bien passé la nuit avec la star américaine... no comment.
La fameuse scène avec Brad Pitt. Bah voyons.
Comme toujours à l'instar de Friends, les Années Bleues se déroulent selon une formule bien établie, à savoir un enchevêtrement d'intrigues concernant les six personnages principaux.
Mais c'est l'addition de guests plus ou moins récurrents qui donnent à la sitcom une saveur toute particulière. Cependant, ici point de Sean Penn, Julia Roberts ou Bruce Willis. Mais plutôt Amanda Lear, Jean Sarrus ainsi qu'une tripotée de guests « AB » comme Benoit Solès, Hervé Jouval ou encore Eve Peyrieux.
Le made in France a quand même du bon car ces guests apportent une réelle valeur ajoutée à la série. La légendaire Amanda Lear joue ainsi le rôle de la mère de Sarah. Une apparition courte mais culte, si on aime le théâtre de boulevard et la voix inimitable d'Amanda.
Amandaaaaaa ! Episode "Chatoune" !
L'inénarrable Jean Sarrus, qui avait déjà fait de l'alimentaire dans la sitcom Elisa un Roman Photo, revient ici dans un rôle « Charlot ». On le préfère comme ça. Enfin on pensera à Patrick Zard, connu notamment pour sa participation dans les Sous Doués, qui joue le patron un peu louche de Luc.
« Dans le monde d'AB, une salope reste une salope »
Du côté des guests AB, nous avons quelques anciens de la série qui font une apparition plus ou moins remarquée. Paul le cousin de Luc et Sandra l'ex meilleure amie de Virginie, forme le couple SM par excellence. Ils reviennent dans l'épisode « Un enterrement pour deux ». On apprend que Paul a touché un bel héritage, ce qui lui a permis de « séduire » pour de bon l'ex d'Anthony (et de beaucoup de monde...). Mais Sandra n'a pas changé, et la salope des Années Fac en remet une couche en projetant de coucher avec Luc à l'occasion de son enterrement de vie de jeune fille... pour se raviser et coucher avec Rodrigue. Dans le monde d'AB, une salope reste une salope.
Mais quelle salope !!!
On notera aussi l'étonnante irruption des Jumelles Ever dans le Cyber à l'occasion d'un seul et unique épisode. Coiffées d'odieusesn perruques fluos, elles nous offrent une prestation « musicale » dont elles seules ont le secret. A la fois consternant et pathétique, on notera que pour JLA, les Jumelles n'ont jamais eu d'autres fonctions que de faire la plonge. La vie est cruelle parfois.
Aie aie aie, dernière apparition des Jumelles Ever dans les sitcoms AB...
Plus marquants, les guests récurrents Benoit Solès et Hervé Jouval forment un binôme comique différent mais complémentaire. En effet, ils sont associés au thème majeur de la sitcom : l'homosexualité. Le versant « Cage aux folles » est assuré par Hervé Jouval qui joue le rôle de Berthe, le patron « follasse » du Cyber, à l'instar du rôle de barman de l'excellent Gunther dans Friends. Berthe « super gay » passe ainsi son temps à surjouer et à draguer tous les jolis petits culs qui passent, surtout celui de Rodrigue.
Berthe, un personnage d'homo pas du tout caricatural.
Mais c'est le rôle de Jean-Marc, magistralement interprété par Benoit Solès qui retient notre attention. Le collègue pubard de Luc se révèle dès le premier épisode comme l'élément le plus drôle du casting. Loin de son personnage méchant et gothique de l'Ecole des Passions, Benoit Solès, costard impeccable et cheveux gominés plaqués en arrière, semble prendre son pied à jouer avec Christophe Rippert.
Là on dépasse la simple amitié...
Interrogé par nos soins sur le sujet, le comédien n'a pas oublié ce duo improbable : « Avec les Années Bleues, je garde un vague souvenir parmi tous les guests que j'ai pu faire après sinon que je m'entendais très bien avec Christophe Rippert : nous nous connaissions depuis longtemps car nous avions passé quelques mois ensemble dans un cours de théâtre, avant qu'il ne devienne célèbre avec sa série. Le tournage fut donc des retrouvailles sympathiques. J'ai aussi appris à connaître Anthony qui est un mec adorable. Ça m'amusait beaucoup de jouer ce personnage de gay un peu lourd. Pour moi, c'était plus un Clark Kent qu'une folle ». Plus subtile, l'homosexualité latente de Jean-Marc se dévoile au fur et à mesure de la série. Au départ profondément choqué par le style de vie de Luc, qu'il croit homo puis bisexuel (le fait d'être entouré de mecs comme Anthony ou Rodrigue n'arrangeant pas son cas), Jean-Marc tombe progressivement amoureux de Luc sans que personne n'y fasse la moindre allusion. Cette tension sexuelle est beaucoup plus amusant que les sempiternelles ressuscités de la « Cage aux Folles ». On rit à gorge déployée quand Jean-Marc offre timidement un cadeau à Luc lors de la Saint-Valentin par exemple.
Le rôle inoubliable de Benoit Solès alias Jean-Marc.
Les troubles sexuels de Jean-Marc ne vont pas en s'arrangeant lorsque Sarah s'habille en homme dans l'épisode « Sarabande ». Finalement, la relation avec Sarah s'accélère quand elle décide soudainement de trouver en lui un « reproducteur » pour faire des enfants. Il avoue alors tomber amoureux d'elle, ce qui la contrarie, mais nous n'en saurons jamais plus, dommage.
Le faux couple le plus glam d'AB.
« Poupée gonflable, homosexualité et politique »
On le voit, le thème de l'homosexualité est abordé cette fois-ci directement dans une sitcom AB, sans les tabous habituels, bien que de manière ultra caricaturale. Certes nous avons eu par le passé une figure majeure comme Gérard Vivès des Filles d'à Côté et une moins connue, Omnès dans Elisa un Roman Photo. Mais dans l'ensemble, l'homosexualité est un thème passé sous silence.
Les trois crypto-gays réunis.
Le personnage de Rodrigue cristallise au départ l'attention puisque son travail l'oblige à se confronter à un milieu homosexuel. Pour ne pas « tomber dans son estime », il doit même se dire homosexuel à son patron, quitte à embarquer Anthony et Luc dans son mensonge. On peut alors voir Anthony s'amuser à copier lui aussi Zaza Napoli... ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Anthony s'éclate à (mal) jouer la folle avec le patron homo de Rodrigue.
On verra par la suite une nouvelle scène « homo-follasse » dans l'épisode « Tony et Roro » dans laquelle Anthony joue encore une fois sur ce registre afin de tromper le mari de la femme qu'il a ramené à la maison. C'est mauvais, mais on ne peut pas s'empêcher de se marrer parce que c'est franchement con, et parce que c'est Anthony Dupray, qui comme on le sait tous est loin d'être un pédé dans la vie.
Même une simple partie de billard finit irrémédiablement par dégénérer dans cette série...
Mais là où la série innove et va plus loin, c'est avec le personnage d'Eve Peyrieux, qui répond au doux nom de Sibylle. Et le premier grand rôle pour Eve dans une production AB n'est pas banal. Quand Anthony joue l'entremetteur entre Sibylle et Luc, afin qu'il « oublie Virginie », on est loin de se douter que Sibylle va tomber amoureuse... de Virginie ! C'est la première et a priori la seule lesbienne dans l'univers de JLA ! Luc passera bien la nuit dans son lit avec elle, mais ce sera seulement pour lui parler de Virginie. Sibylle se dit déçue mais avoue être dorénavant « experte en Virginie ». Après une séance chez le psy, elle va avoir une sorte de révélation : oui, elle est amoureuse de Virginie, du moins la « déesse »(sic) qu'elle incarne.
Tout le monde est amoureux de Vivi, même les femmes !
Et si par la suite elle finit quand même par faire l'amour avec Luc et Anthony, c'est bien en pensant à Virginie. Carrément glauques, les scènes avec Eve Peyrieux détonnent. Luc fait à ce sujet une drôle de confession à Sarah :« Au moment de l'extase finale, elle a crié : Virginie » ! C'est d'ailleurs ce qui enverra Luc chez le psy de Sarah.
Luc pète les plombs chez le psy.
Très orientée « cul », la sitcom regorge de vannes et de répliques assez osées pour une production AB. Parfois trash, certaines répliques sont cultes. Le langage est plus grossier aussi, à l'image d'Anthony qui semble avoir l'idée de copier Philippe Vasseur en essayant de placer un maximum de « merde » et « con » dans ses phrases. C'est surtout avec les plans cul d'Anthony qu'on se marre. Lors d'un buffet organisé par Luc, il propose à une fille de lui faire « visiter son lit ». Mais celle-ci refuse car elle dit s'être « bourrée de saucisson à l'ail ». Classe.
Toujours du côté d'Anthony, une énième fille qu'il a ramené à la maison lui explique dans un langage cru qu'elle n'est pas dupe sur ses intentions : « Je sais très bien que tu m'as amené ici pour me culbuter ». Outré, Anthony ne pourra pas coucher avec elle... Ces répliques assez grisantes permettent au final de jouer avec les dialogues codifiés et rigides des sitcoms AB. JLA déconstruit son univers, ridiculise un peu ses personnages et leur fait dire ce qu'on voulait mais n'osait pas imaginer entendre...
Ariane Pappas dans le rôle de la nana qui aime se faire culbuter à domicile !
De même, certains dialogues n'auraient jamais eu leur place dans les productions précédentes. C'est le cas avec des répliques assez inattendues, comme celles en référence à la politique de l'époque. Exemple avec cette réplique de Sarah, qui fait une comparaison qu'on a pas souvent coutume d'entendre chez AB : « Il a la même tête que Chirac qui voit Jospin monter dans les sondages ». Luc va plus loin en se lançant dans des discours sécuritaires déjà à la mode en ce temps : « On ne va pas laisser nos femmes et nos enfants se faire agresser comme ça tout de même (…) quelle époque pourrie nous vivons... remarquez c'est normal, à force de rien faire et de laisser les banlieues pourrir. Et non je ne fais pas le réac mais le citoyen conscient de ses responsabilités c'est tout. Et pourquoi pas me lancer dans la politique, ça pourrait pas être pire que ces irresponsables qui nous gouvernent ».
Allant jusqu'au bout du délire, Luc organise un meeting politique avec des militants appâtés par du pâté et du pinard.
"Votez pour Luc Duval afin de mettre un peu de matière grise au service de la nation !"
Du grand Christophe Rippert et du Thierry Redler dans l'esprit et le texte. Autre domaine mais tout aussi hilarant, la scène de la poupée gonflable, sur laquelle est greffée grossièrement le visage de Virginie s'impose comme une des scènes les plus drôles des sitcoms AB. Luc organise en effet un dîner virtuel avec sa poupée, « un support, l'image virtuelle (sic) de Virginie »alors que le reste de la bande va au Stade de France voir la France gagner la finale de la Coupe du monde. C'est d'ailleurs bien vu de la part de JLA, pourtant peu avare en référence footballistique dans ses œuvres. (7)
Toujours un coup d'avance pour JLA qui avait déjà anticipé le phénomène "Footix".
Malheureusement, il nous reste à aborder le vrai point faible de la série : sa fin, si on peut vraiment parler de fin à propos des Années Bleues. Il est en effet difficile de faire un réel bilan de la série, ni de tirer de conclusions définitives sur la valeur véritable puisque seuls 22 épisodes ont été tournés. On peut parler d'avortement pour les Années Bleues, coupées en plein élan alors que l'histoire battait son plein. Dans les derniers épisodes les événements s'accélèrent : Virginie rencontre un homme, le premier qui lui plaise depuis sa rupture avec Luc. Cet homme, c'est Renaud ou plutôt Eric Dietrich. Lors d'un déjeuner d'affaires, les deux tombent amoureux à base de discussions aussi lamentables que :
« - Renaud : J'en veux beaucoup à Jason Priestley parce qu'il a dit ne pas aimer le cassoulet. Et comme je suis du Sud-Ouest..
- Vivi : Ah mais moi aussi ! Je suis de Toulouse.
- Renaud : Et moi de Montauban.
- Vivi : Oh mais c'est gé-nial. »
Eric Dietrich le nouvel amoureux de Vivi et son horrible pantalon.
Catastrophe pour Luc, parti un peu plus tôt en Angleterre et qui finit par se rendre compte de ce qui se trame : il est en train de perdre Virginie.
Anthony termine mal les Années Bleues en baisant avec l'aveugle.
De son côté, Anthony finit par avoir une relation sexuelle avec l'aveugle... C'est moche mais on ne saura jamais comment il l'aura trompé par la suite. Le plus dommageable se produit lors de l'ultime scène dans laquelle Virginie, surprise par Luc avec son nouveau mec, prononce la dernière phrase : « Luc, faut que je te parle ». Un final horriblement frustrant donc.
« C'était donc véritablement la fin de notre série après six années de tournage. L'ère de l'omniprésence des programmes estampillés AB prenait fin »
Pour Patricia Bistchnau, l'aventure brisée des Années Bleues fait partie du jeu : « Ça s'est arrêté avant qu'on ait le temps de se retourner et de faire une fin. La chaîne n'en a plus voulu, point ! Dans ces cas là, on ne discute pas. On n'est pas les seuls à qui c'est arrivé... Mais c'est mieux quand on vous prévient, comme pour Seconde chance... ils savent... ils peuvent se retourner ».
Pourtant, il est admis que les audiences n'étaient pas si catastrophiques que ça, les Années Bleues souffrant surtout d'une situation inédite pour une sitcom AB : la fin du Club Do. Sans ce support financier et marketing de poids, la sitcom était quasiment vouée à l'échec. Le Groupe, sitcom JLA Productions cette fois-ci et qui sera tournée deux ans plus tard, connaîtra ce même type de problème..
Virginie Theron aurait-elle une petite idée sur les raisons de l'échec de la sitcom ?
Pour Fabien Remblier, il y existe une autre raison à cet échec, qui mérite certainement débat : « Lors de la diffusion des premiers épisodes, le public, qui n'était pas très convaincu par la distribution, les textes ou même certainement l'ensemble, réclamait le retour des deux personnages phares. Jean-Luc dût donc se résoudre à nous réintégrer, Camille et moi-même ».
A posteriori, les absences de Jérôme et Justine ne nous semblent pas si problématique. On le répète, seule l'aveugle mérite le qualificatif de boulet. Mais à l'époque, le public resté fidèle ressentait sûrement le besoin de revoir des têtes connues. JLA, toujours à l'affût, était donc prêt à faire revenir ses vieilles gloires, à l'instar de ce qu'il fait aujourd'hui pour les Mystères de l'Amour, dont les buzz sont souvent à l'origine du retour de tel ou tel comédien.
A quand un retour de Diane Robert dans une production JLA ?
Quoi qu'il en soit, il aurait été curieux de voir ce que Fabien Remblier aurait pu écrire pour ses ex-collègues, sachant le peu d'estime qu'il leur portait : « Qu'importe ce que je pensais de la série. A court de travail et n'étant pas dans les textes, je proposais à Jean-Luc de devenir auteur. Il me savait capable d'écrire pour les sitcoms car trois de mes textes avaient été tournés dans Premiers Baisers et accepta tout en promettant le retour de Jérôme et Justine dans les épisodes qui devaient suivre ».
Mais le projet de Fabien échoue avec la fin de la collaboration entre TF1 et AB. Rideau de fin : « Je n'eus ni le temps de proposer un premier texte, ni le temps d'arriver jusqu'au plateau de tournage. La série, devant son échec en terme d'audience fut supprimée de la grille des programmes de TF1 après la diffusion des douze premiers épisodes, ce qui au fond ne me surpris guère. A lire, les textes n'étaient déjà pas drôle, mais à regarder, c'était encore pire... le couperet tombait. C'était donc véritablement la fin de notre série après six années de tournage. L'ère de l'omniprésence des programmes estampillés AB prenait fin. »
La fin des Années Bleues sera violente pour les comédiens restés fidèles à JLA.
Triste fin que celle de l'histoire de Premiers Baisers. De notre côté, on considère que les Années Bleues, c'est quand même un aboutissement de quelque chose, l’œuvre la plus synthétique de l'esprit AB: amours, potes, humour. Que la sitcom soit une pâle copie de Friends ne doit pas empêcher de la regarder. On l'a vu, la comparaison a ses limites et l'univers AB (re)prend vite le dessus. La sitcom est, malgré ses nombreux défauts, intrinsèquement drôle, ce qui est rare pour être souligné dans une production AB.
Peut être un jour qui sait, JLA réussira à convaincre de nouveau la bande de tourner, comme il a réussi pour les comédiens d'Hélène et les Garçons. Hypothèse bien peu réaliste quand on voit les liens qui unissent ces derniers et ceux de Premiers Baisers qui se sont pour la plupart réorientés professionnellement et qui surtout, se détestent tous cordialement. Comme disait Christophe Rippert, laissez nous rêver...
Notes :
1- Pour plus d'informations, voir l'excellent site Wikiclubdo.
2- C'est AB productions qui ont les premiers acheté les droits de diffusion de Friends. Claude Berda affirme à ce propos que « personne n'y croyait à l'époque ». Encore aujourd'hui, Friendsest multi-diffusée sur les différentes chaînes AB.
3- REMBLIER Fabien, Les Années Sitcom, Mediacom, Paris. 2006.
4- PASTOUREAU Michel, Bleu. Histoire d'une couleur, Seuil. 2002.
5- On pense notamment aux tromperies de Luc avec Clarisse ou Sandra. Voir http://www.sitcomologues.com/f9-les-annees-fac
6- On a pu voir Diane dans quelques épisodes de sitcoms AB : la Philo Selon Philippeou le Miracle de l'Amourpar exemple. Son interview est à lire ici : http://www.citeartistes.com/diane-robert-30052012.htm
7- On a relevé un épisode de Premiers Baisers où Monsieur Girard regarde un match de l'équipe de France et l'épisode des Années Fac « Le match de foot ». On a note d'ailleurs qu'ici Luc est fan de foot, contrairement à son personnage des Années Bleues.
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